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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2314869

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2314869

lundi 12 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2314869
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires enregistrés les 13 et 21 décembre 2023 et le 23 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Le Mignot, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 décembre 2023 par lequel le préfet de police l'oblige à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de police, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que son droit d'être entendu a été méconnu ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

en ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant au risque qu'il prenne la fuite ;

en ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

en ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article R. 613-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces mêmes dispositions ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces mêmes dispositions ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit d'être entendu ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 janvier 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive n°2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Baffray, vice-président, dans les fonctions de magistrat désigné chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus à l'audience publique :

- le rapport de M. Baffray ;

- les observations de Me Le Mignot pour le requérant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 1er décembre 1988, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français au cours de l'année 2018. Le 10 décembre 2023, il a été interpellé par les services de police pour des faits de vente de cigarettes à la sauvette et détention de tabac manufacturé. Par un arrêté du 11 décembre 2023, notifié le même jour, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier et notamment du jugement en assistance éducative du 25 octobre 2022 du juge des enfants du tribunal judiciaire de Bobigny produit à l'instance, que M. B, entré en France en 2018, est le père de deux enfants français nés en octobre 2020 et en octobre 2021 de son union avec une ressortissante française. Si ce même document révèle que le requérant est séparé de la mère de ses enfants et qu'il n'a pas la charge effective de ses enfants, ces deniers ayant été placés, sur décision judiciaire, auprès des services de l'aide sociale à l'enfance suite à des conflits au sein du couple, il en ressort toutefois que M. B, contrairement à la mère de ses enfants, n'a manqué aucune visite parentale et qu'il s'est montré investi, attentif et impliqué auprès de ses enfants à l'occasion de ces visites de sorte à ce que le juge constate les " véritables capacités parentales " du requérant, bien que le placement des enfants auprès de l'aide sociale à l'enfance reste nécessaire. Ces éléments, en outre corroborés par le rapport du service de l'aide sociale à l'enfance du département de la Seine-Saint-Denis en date du 20 décembre 2022 versé à l'instance qui révèle que la disponibilité et l'investissement de M. B auprès de ses enfants a permis d'aboutir à " une relation de qualité " avec eux, sont également confirmés par un jugement du même juge des enfants près le tribunal judiciaire de Bobigny en date du 20 octobre 2023 versé au dossier. Enfin, il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet de précédentes mesures d'éloignement prises par le préfet de police les 20 avril 2022 et 19 mars 2023, lesquelles ont été annulées, par des jugements, devenus définitifs, du tribunal administratif de Montreuil en date du 30 novembre 2022 et 30 mai 2023 au motif que ces mesures ont été prises en méconnaissance de l'intérêt supérieur des enfants du requérant et que le préfet de police a commis une erreur manifeste d'appréciation en les prenant. Par ailleurs, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni de tout autre élément versé au dossier que le préfet de police aurait pris en compte cet élément avant de prendre la décision en litige. Dès lors, dans les circonstances particulières de l'espèce et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le comportement du requérant constituerait une menace à l'ordre public du seul fait qu'il a été signalé le 10 décembre 2023 pour vente de cigarettes à la sauvette et détention de tabac manufacturé, M. B est fondé à soutenir que le préfet de police, en l'obligeant à quitter le territoire français, a commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

3. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 11 décembre 2023 par laquelle le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, privées de base légale.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet compétent procède au réexamen de la situation de M. B au regard des motifs retenus par le tribunal. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de police ou à tout autre préfet compétent d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

5. L'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français implique aussi nécessairement l'effacement sans délai du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Par suite, il y a également lieu d'enjoindre au préfet de police ou à tout autre préfet compétent de procéder à cet effacement dès la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

6. M. B n'ayant pas même sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle, aucune disposition légale ni aucun principe ne prévoit que son conseil puisse obtenir l'application en sa faveur des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dès lors, les conclusions de la requête tendant à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser Me Le Mignot en application de cet article ne peuvent qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : L'arrêté du 11 décembre 2023 du préfet de police est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police ou à tout autre préfet compétent de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police ou à tout préfet compétent de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non-admission de M. B dans le système d'information Schengen dès la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.

Le magistrat désigné,La greffière,

J.-F. BaffrayD. Coulibaly

La République mande et ordonne au préfet de police ou à tout autre préfet compétent en ce qui les concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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