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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2314889

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2314889

lundi 12 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2314889
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantBILICI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 décembre 2023, M. B D, représenté par Me Bilici, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'oblige à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation personnelle dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que son droit d'être entendu a été méconnu ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il dispose de solides garanties de représentation ;

- la décision portant fixation du pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il dispose de solides garanties de représentation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 janvier 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Baffray, vice-président, dans les fonctions de magistrat désigné chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus à l'audience publique :

- le rapport de M. Baffray ;

- les observations de Me Bilici, pour le requérant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant moldave, déclare être entré en France au cours du mois d'octobre 2023 muni de son passeport moldave en cours de validité. Par un arrêté du 12 décembre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'oblige à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. L'arrêté attaqué a été signé par M. A C, chef du pôle instruction et mise œuvre des mesures d'éloignement, lequel était compétent pour signer les décisions contenues dans cet arrêté, en vertu d'une délégation de signature consentie par le préfet de la Seine-Saint-Denis aux termes de l'arrêté n° 2023-3625 en date du 27 novembre 2023 régulièrement publié. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision en litige vise les textes dont il est fait application, notamment les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier celles de l'article L. 611-1 dudit code, et expose de manière suffisante les éléments de fait propres à la situation personnelle du requérant, notamment qu'il n'a pas été en mesure de présenter de document transfrontière lors de son interpellation, qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il ne justifie pas de liens personnels et familiaux intenses, anciens et suffisamment stables en France. Dès lors, la décision attaquée comporte un exposé suffisant des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et le moyen tiré de son insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision en litige ni de tout autre élément versé au dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. D avant de l'obliger à quitter le territoire français.

5. En troisième lieu, le droit d'être entendu, lequel relève des droits de la défense qui figurent au nombre des droits fondamentaux faisant partie intégrante de l'ordre juridique de l'Union européenne et consacrés à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

6. En l'espèce, il ressort du procès-verbal d'audition établi le 11 décembre 2023 et versé au dossier que M. D a été entendu par les services de police dans les suites de son interpellation, préalablement à l'édiction de la décision attaquée et qu'il a pu notamment, dans ce cadre, s'exprimer sur sa situation administrative en France et la perspective d'une mesure d'éloignement à son encontre. Par ailleurs, il ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la décision attaquée et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à celle-ci. Par suite, et sans que la circonstance selon laquelle il a été auditionné sans avocat ait une incidence sur la régularité de la procédure suivie, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de son droit à être entendu garanti par les principes généraux du droit de l'Union européenne doit être écarté.

7. En quatrième lieu, si M. D soutient que la décision en litige serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il n'apporte aucun élément permettant d'apprécier le bien-fondé de son moyen.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. D n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale. Dès lors, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre le refus de lui octroyer un délai de départ volontaire.

9. En second lieu, si M. D soutient que ce refus serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il dispose de solides garanties de représentation, il n'apporte toutefois à l'appui de son moyen aucun élément permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de renvoi :

10. Si M. D soutient que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il dispose de solides garanties de représentation, il n'apporte à l'appui de son moyen aucun élément permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. D n'établit pas que la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale. Dès lors, il n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

12. En second lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, inopérant à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, ne peut qu'être écarté. En tout état de cause, le requérant ne produit aucun élément permettant d'établir qu'il risquerait d'être personnellement soumis à des mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de M. D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles de son avocate tendant à l'application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Bilici et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2024.

Le magistrat désigné,La greffière,

J.-F. BaffrayD. Coulibaly

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout autre préfet compétent en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement. 1

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