mercredi 22 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2315092 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre (J.U) |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 15 décembre 2023, enregistrée le 18 décembre 2023, le président du tribunal administratif de Paris, a transmis au tribunal administratif de Montreuil la requête, enregistrée le 16 octobre 2023, présentée par M. C A B.
Par cette requête et un mémoire complémentaire enregistré le 22 avril 2024, M. A B, représenté par Me Gagey, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler les arrêtés du 14 octobre 2023 par lequel le préfet de police, d'une part, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays de destination d'autre part l'a interdit de retour sur le territoire français ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué méconnait l'accord franco-algérien ;
- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi sont entachées d'un défaut de motivation ;
- elles méconnaissent le droit d'être entendu ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen ;
- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale par voie d'exception ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnait les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie d'exception et est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un vice de forme et méconnait l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 janvier 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lamlih, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lamlih ;
- les observations de Me Gagey, représentant M. A B reprenant les conclusions et moyens de ses écritures, en faisant notamment valoir que l'interdiction de retour sur le territoire français n'est pas motivée, elle est illisible sur la vie privée et familiale, elle ne précise pas de limitation dans la durée et est entachée d'une erreur de droit.
Le préfet de police n'était pas présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 17 mars 1987, demande l'annulation de les arrêtés du 14 octobre 2023 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et l'a interdiction de retour sur le territoire français.
Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant un délai de départ volontaire et fixant le pays de renvoi arrêté mentionnent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent et est, ainsi, suffisamment motivées.
5. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union.
6. Si le requérant soutient que l'arrêté contesté aurait été pris en méconnaissance de son droit d'être entendu, il ressort cependant des procès-verbaux produits à l'instance qu'il a été entendu avant l'édiction des décisions attaquées et qu'il a pu, à cette occasion, faire état de sa situation personnelle.
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes mêmes de l'arrêté attaqué, qui font état d'éléments de fait propres à la situation de l'intéressé, que le préfet n'aurait pas procédé, ainsi qu'il y était tenu, à l'examen particulier de la situation de l'intéressé. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination seraient entachées d'illégalité, faute d'avoir été précédé d'un examen particulier de l'affaire.
8. En l'espèce, le requérant soutient être entré en France en 2020 sans toutefois l'établir. S'il se prévaut d'une présence en France depuis lors, il ne le justifie pas non plus. En outre, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué non contestés que M. A B est célibataire sans charge de famille et qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre. L'intéressé ne justifie par ailleurs d'aucune intégration socio-professionnelle. Dans ces conditions, et alors que M. A B ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-trois ans, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination n'ont pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Elles n'ont donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, ces décisions litigieuses ne sont pas entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision refusant un délai de départ volontaire est illégale par voie d'exception doit être écarté.
10. Ainsi qu'il a été dit au point précédent, M. A B, qui ne justifie pas d'un séjour régulier en France, a déjà fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision refusant un délai de départ volontaire méconnait les articles
L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
11. Il ressort de l'arrêté du 14 octobre 2023 portant interdiction de retour sur le territoire français, versé aux débats par les parties, que la durée mentionnée est illisible et est en conséquence, ainsi que le soutient le requérant, entachée d'un vice de forme.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B est, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, uniquement fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
13. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. A B implique seulement que l'administration efface le signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de police de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.
14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme demandée par A B, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E
Article 1er : M. A B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du préfet de police du 14 octobre 2023 portant interdiction de retour sur le territoire français est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A B dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 14 octobre 2023 ci-dessus annulée.
Article 4 : Le surplus de la requête de M. A B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, à Me Me Gagey, et au préfet police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.
La magistrate désignée,
D. Lamlih La greffière,
S. Lopes-Gomes
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026