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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2315407

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2315407

lundi 4 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2315407
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantDODIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 décembre 2023 et 26 janvier 2024, M. A E, représenté par Me Dodier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 août 2023, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

2°) d'enjoindre à cette même autorité de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 20 euros par jour de retard, ou, à défaut de procéder à un nouvel examen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de ce même jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son avocat de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 avril 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'elle est irrecevable pour tardiveté.

Par une décision du 14 novembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bobigny a admis le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 15 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 mai suivant.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. L'hôte, rapporteur ;

- et les observations de M. E, requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant malien né le 5 septembre 2001, a sollicité le 21 avril 2023 son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté en date du 16 août 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance de ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

I- Sur les conclusions aux fins d'annulation :

I.A. En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à l'effet de signer les décisions prises en matière de police des étrangers, dans les limites de l'arrondissement du Raincy, à M. D C, sous-préfet du Raincy, par un arrêté n°2022-0219 du 7 février 2022, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives du même jour. Par suite, dès lors que la commune de Neuilly-Plaisance, où réside le requérant, est située dans l'arrondissement du Raincy, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de la lecture de l'arrêté attaqué, qui comporte des éléments détaillés sur la situation du requérant, qu'il serait entaché d'un défaut d'examen de sa situation particulière.

4. En troisième et dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est assorti d'aucune précision qui permettrait d'en apprécier la portée.

I.B. En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

5. En premier lieu, M. E fait valoir que la décision attaquée est entachée d'erreurs de fait en ce qu'elle mentionne qu'il n'a pas obtenu son CAP (certificat d'aptitude professionnelle) d'ébénisterie et qu'il ne justifie pas d'une inscription en établissement scolaire ou en centre de formation. Or, d'une part, en se bornant à produire une convention pour une formation en milieu professionnel conclue entre son lycée professionnel et une entreprise de boulangerie pour un stage couvrant la période du 22 mars au 21 avril 2023 ainsi qu'une attestation de la mission locale de Rosny-sous-Bois en date du 6 juin 2023 certifiant que l'intéressé doit commencer le dispositif " Contrat Engagement Jeune " le 12 juin suivant et que cette mission locale doit rechercher un employeur afin que le requérant puisse entrer en apprentissage en septembre 2023, ce dernier ne justifie ni d'une inscription dans un établissement scolaire ni d'une inscription en centre de formation à la date de la décision attaquée, voire après. D'autre part, si le requérant justifie de l'obtention de son CAP d'ébénisterie en juillet 2022, cette erreur de fait demeure toutefois sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, dès lors qu'il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il ne l'avait pas commise.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

7. M. E fait valoir qu'il est entré en France en novembre 2017 et qu'en dépit de ses difficultés de compréhension de la langue française à son arrivée il a fait preuve d'une réelle intégration dans la société française, comme en atteste son parcours scolaire qui lui a permis d'obtenir un CAP d'ébénisterie en juillet 2022. Il ajoute qu'il a découvert les métiers de la boulangerie lors de stages professionnels et qu'il souhaite se réorienter dans cette branche professionnelle au moyen d'un contrat d'apprentissage professionnel. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. E, qui a d'abord été inscrit en CAP d'agent de propreté et d'hygiène pour l'année scolaire 2019/2020, a ensuite été inscrit en CAP d'ébénisterie pour les années scolaires 2020/2021 ainsi que 2021/2022, puis en bac professionnel pour l'année scolaire 2022/2023. Les bulletins scolaires pour les années 2020/2021 et 2021/2022 qu'il produit comportent des remarques de ses professeurs soulignant de façon fréquente son manque d'investissement et le requérant n'a pas poursuivi son bac professionnel. Par ailleurs, il ne justifie, contrairement à ce qu'il soutient, d'aucun contrat d'apprentissage à la date de la décision attaquée, voire après. Dès lors, nonobstant la circonstance que l'intéressé ait obtenu un CAP, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions susmentionnées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en rejetant sa demande d'admission exceptionnelle au séjour.

8. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

9. M. E fait valoir qu'il est arrivé en France en 2017 et que son frère y réside de façon régulière. Toutefois, l'intéressé, célibataire et sans enfant à charge, n'établit pas, ni du reste ne soutient, qu'il n'a plus aucun lien avec ses parents et les trois membres de sa fratrie qui résident au Mali, selon les énonciations de l'arrêté attaqué, non contestées sur ce point. Par ailleurs, s'il soutient que son frère réside régulièrement en France, non seulement il ne l'établit pas mais en outre il n'établit pas, ni du reste ne soutient que sa présence à ses côtés serait indispensable. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, la décision contestée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Elle n'a donc pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

I.C. En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. Pour les motifs exposés ci-dessus, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement prise à son encontre aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 août 2023, par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné.

II- Sur les conclusions aux fins d'injonction :

12. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de son article L. 911-2 : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision intervienne dans un délai déterminé. ". Enfin, aux termes de son article L. 911-3 : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ".

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

III- Sur les frais liés au litige :

14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ". Aux termes du second alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 : " L'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle peut demander au juge de condamner, dans les conditions prévues à l'article 75, la partie tenue aux dépens ou qui perd son procès et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à une somme au titre des frais que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Il peut, en cas de condamnation, renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et poursuivre le recouvrement à son profit de la somme allouée par le juge ".

15. Les dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que le conseil de M. E demande au titre de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Me Dodier et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Romnicianu, président,

- M. L'hôte, premier conseiller,

- Mme Boucetta, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 04 novembre 2024.

Le rapporteur,Le président,F. L'hôteM. RomnicianuLe greffier,Y. El Mamouni

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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