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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2315580

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2315580

mardi 31 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2315580
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantSCALBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés sous le numéro 2315580, le 29 décembre 2023 et le 10 janvier 2024, Mme D A, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée.

Elle soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 16 mai 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

II - Par une requête, enregistrée sous le numéro 2405348, le 19 avril 2024, Mme D A, représentée par Me Scalbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée :

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle méconnait les articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie d'exception ;

- elle est entachée d'une incompétence de son signataire ;

- elle méconnait le 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie d'exception ;

- elle est entachée d'une incompétence de son signataire ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lamlih ;

- les observations de Me Massart, substituant Me Scalbert représentant Mme A.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était pas présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante guinéenne, née le 1er juin 1994, soutient être entrée en France le 2 décembre 2018 et y résider depuis lors. Elle a sollicité le 22 juin 2022 son admission au séjour en se prévalant de sa qualité de parent d'un enfant français. Par un arrêté du 20 octobre 2023, dont Mme A demande, par les requêtes n° 2315580 et n° 2405348 susvisées l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée d'office.

2. Les requêtes n° 2315580 et n° 2405348 visées ci-dessus sont dirigées contre la même décision. Elles concernent une même requérante et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2003-2213du 23 août 2023, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture le même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à Mme B C, adjointe au chef du bureau du séjour, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer notamment les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi en cas d'absence ou d'empêchement des agents la précédant dans l'ordre des délégataires. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au motif qu'il est parent d'un enfant français doit justifier, outre de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, de celle de l'autre parent, de nationalité française, lorsque la filiation à l'égard de celui-ci a été établie par reconnaissance en application de l'article 316 du code civil. Le premier alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que cette condition de contribution de l'autre parent doit être regardée comme remplie dès lors qu'est rapportée la preuve de sa contribution effective ou qu'est produite une décision de justice relative à celle-ci.

6. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à la requérante, en qualité de parent d'un enfant de nationalité française, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé notamment sur la circonstance que Mme A ne justifie pas que le père de son enfant, né le 6 octobre 2021, contribue effectivement à son entretien et à son éducation. Il ressort des pièces du dossier que l'enfant de Mme A a été reconnu par un ressortissant français, de manière anticipée, le 18 mars 2021. Il ressort également des pièces du dossier que la requérante ne réside pas avec le père de cet enfant. Pour justifier de ce que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, Mme A produit uniquement huit justificatifs de transfert de sommes d'argent effectués entre le 3 juin 2022 et le 8 décembre 2023 d'un montant allant de 100 à 215 euros, un ticket de caisse en date du 18 novembre 2023 d'achat de vêtements d'un montant de 327,50 euros, deux photographies, non datées, présentant l'enfant avec un homme, et une attestation du 14 avril 2024, peu circonstanciée et postérieure à la date de la décision attaquée. Ces seuls éléments ne permettent pas d'établir que le père de l'enfant contribue effectivement à son entretien et à son éducation depuis sa naissance ou depuis moins de deux ans. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Saint-Denis en refusant de délivrer un titre de séjour sur ce seul motif n'a pas fait une inexacte application des articles L. 423-7 et

L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cité au point 4. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles

L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 2° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer la carte de résident prévue aux articles L. 423-11, L. 423-12, L. 424-1, L. 424-3, L. 424-13, L. 424-21, L. 425-3, L. 426-1, L. 426-2, L. 426-3, L. 426-6, L. 426-7 ou L. 426-10 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / 3° Lorsqu'elle envisage de retirer le titre de séjour dans le cas prévu à l'article L. 423-19 ; / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".

8. La requérante soutient que la commission du titre de séjour aurait dû être saisie dès lors qu'elle remplit les conditions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 6, la requérante ne peut pas prétendre à un titre de séjour sur ce fondement. Dès lors, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était pas tenu de saisir la commission du titre de séjour avant de lui refuser la délivrance de ce titre de séjour. Le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté

9. En quatrième lieu il résulte de tout ce qui précède que la décision portant refus de séjour n'est pas illégale. Par suite le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie d'exception doit également être écarté

10. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnait pas les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est pas non plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

12. Mme A soutient être présente en France depuis cinq ans sans toutefois l'établir. En outre, ainsi qu'il a été dit au point 6, elle n'établit pas que le père de son enfant contribue effectivement à son entretien et à son éducation. Mme A ne démontre pas non plus ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine où elle a vécu, à tout le moins, jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. En l'espèce, rien ne fait obstacle à ce que la requérante retourne dans son pays d'origine avec son enfant. Dans ces conditions, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Dans ces conditions, les moyens tirés de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, ainsi que pour les mêmes motifs, celui tiré de ce que cette décision méconnait le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie d'exception doit être écarté.

14. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, Mme A n'assortit son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen ainsi que, pour les mêmes motifs, celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent donc être écartés.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation des requêtes

n°s 2315580 et n° 2405348 susvisés de Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles au titre des frais d'instance présentées dans la requête n° 2405348 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°s 2315580 et 2405348 de Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 11 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

M. Guiral, premier conseiller,

Mme Lamlih, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 décembre 2024.

La rapporteure,

D. Lamlih

Le président,

L. Gauchard La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2315580 et 2405348

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