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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2315630

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2315630

mercredi 2 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2315630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantTORDO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 décembre 2023, M. C D représenté par Me Tordo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de trente jours sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'une incompétence du signataire ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation et d'examen ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire garanti par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles méconnaissent l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi sont illégales par voie d'exception ;

- elles méconnaissent l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles 1er et 4 et le paragraphe 2 de l'article 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ainsi que l'article 5 de la directive 2008/115/CE du parlement européen et du conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

Par un mémoire en défense enregistré le 21 mai 2024 le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Lamlih.

Les parties n'étaient pas présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant béninois, né le 10 mai 1991 à Cotonou (Bénin), soutient être entré en France en 2018 et y résider depuis lors. Il a sollicité le 8 novembre 2022 son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 13 décembre 2023, dont M. D demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-2662 du 11 septembre 2023, régulièrement publié le même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme A B, sous-préfète du Raincy, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer les décisions contenues dans cet arrêté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi visent notamment les articles L. 425-9, L. 611-1 et L. 723-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elles mentionnent également différents éléments de la situation personnelle de M. D, notamment qu'il ressort de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 2 février 2023 que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, que son état de santé lui permet de voyager sans risque, que le requérant, ressortissant béninois, est célibataire et père d'un enfant mineur résidant au Bénin et qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine et sont ainsi suffisamment motivées. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. D avant de prendre les décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

6. Il résulte des dispositions du titre Ier du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français, refus d'accorder un délai de départ volontaire et fixation du pays de destination. Dès lors, le requérant ne peut utilement invoquer les dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration à l'encontre de l'arrêté litigieux. En tout état de cause, M. D n'établit pas avoir sollicité en vain un entretien auprès des services de la préfecture ni avoir été empêché de présenter spontanément des observations. Il ne pouvait, par ailleurs, ignorer que sa demande de titre de séjour pouvait faire l'objet d'un refus et qu'il serait dès lors susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré la méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. / Chaque année, un rapport présente au Parlement l'activité réalisée au titre du présent article par le service médical de l'office ainsi que les données générales en matière de santé publique recueillies dans ce cadre.".

8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant souffre d'une hépatite B chronique. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à M. D à raison de son état de santé, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 2 février 2023 qui a estimé que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Pour contester cet avis, le requérant ne peut utilement se prévaloir du coût excessif du traitement dans son pays d'origine. En outre, les pièces médicales produites par le requérant, qui ne font pas état des conséquences que pourrait entrainer un défaut de prise en charge médicale, ne remettent pas en cause l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur lequel s'est fondé le préfet de la Seine-Saint-Denis pour refuser le séjour. Dans ces conditions, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. D, le préfet de la Seine-Saint-Denis a fait une exacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. / () ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 1er de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " La dignité humaine est inviolable. Elle doit être respectée et protégée ". Aux termes de l'article 4 de la même charte : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " () / 2. Nul ne peut être éloigné, expulsé ou extradé vers un État où il existe un risque sérieux qu'il soit soumis à la peine de mort, à la torture ou à d'autres peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

10. Il résulte de ce qui a été dit au point 8 que M. D n'établit pas que le défaut de soin entraînerait pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité en cas de retour dans son pays d'origine. Dès lors, le requérant, qui ne saurait utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 de la directive 2008/115/CE du Parlement et du Conseil du 16 décembre 2008 qui a été transposé dans le droit national par la loi du 16 juin 2011 relative à l'immigration, n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni que la décision fixant le pays de renvoi méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les articles 1, 4 et 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'union européenne ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En dernier lieu, il résulte de tout ce qui précède que la décision portant refus de titre de séjour n'est pas illégale. Le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français et celle fixant le pays de destination sont illégales par voie d'exception doit donc être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gauchard, président,

M. Guiral, premier conseiller,

Mme Lamlih, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.

La rapporteure,

D. Lamlih

Le président,

L. Gauchard La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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