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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2400146

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2400146

vendredi 5 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2400146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Traoré, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour portant à titre principal la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, la mention " salarié ", à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

L'arrêté attaqué :

- est entaché d'incompétence ;

- est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen ;

- est illégal dès lors que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- il remplit les conditions pour obtenir une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-l'arrêté méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

-il remplit les conditions pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour pluriannuel ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 11 mars 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 2 avril 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Nour a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de nationalité sierra-léonaise né en 1986, a sollicité le 10 mai 2021 le renouvellement d'un titre de séjour, sur le fondement des articles L. 421-1, L. 423-23, L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 15 novembre 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé le renouvellement d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, par arrêté n°2023-0527 du 8 mars 2023, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du 9 mars 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. Mame Abdoulaye Seck, secrétaire général de la sous-préfecture du Raincy et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer notamment les décisions contenues dans cet arrêté en cas d'absence ou d'empêchement du préfet. Le requérant n'établit pas que celui-ci n'aurait été ni absent, ni empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contenues dans cet arrêté, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de faits propres à la situation personnelle de M. B. Cet arrêté comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permettant au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. En outre, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était pas tenu de mentionner dans les décisions contestées l'ensemble des éléments de fait relatifs à la situation de l'intéressé. Enfin, il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. B. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

4. En troisième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué, non contestés, que M. B a été placé sous contrôle judiciaire, puis, par jugement du tribunal judiciaire de Bobigny, a été condamné le 21 avril 2022 à deux mois d'emprisonnement avec sursis et 1 000 euros de dommages et intérêts en faveur de la victime, pour des faits de violences avec interruption totale de travail de dix jours par personne étant ou ayant été conjoint, concubin, ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Contrairement à ce que soutient le requérant, ces faits, eu égard à leur nature et à leur gravité, révèlent un comportement constitutif d'une menace à l'ordre public.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. B, présent en France depuis plus de dix ans, est marié à une ressortissante canadienne domiciliée au Canada. Si le requérant fait valoir la présence de sa fille en France née en 2012, il n'établit pas contribuer effectivement à son entretien et à son éducation par les pièces qu'il produit, consistant seulement en deux certificats de scolarité de l'enfant au titre des années 2016-2017 et 2019-2020 et deux attestations de la mère de celle-ci, établies en 2019 et 2023, tandis qu'il est également le père d'un autre enfant résidant en Sierra Leone. Ainsi, sa situation familiale ne permet pas de le regarder comme disposant de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B a exercé une activité professionnelle à temps partiel et de manière discontinue de 2017 à 2022, puis dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée depuis mars 2022. Eu égard à ces éléments, M. B ne démontre pas exercer une activité professionnelle stable suffisamment ancienne de nature à justifier son admission au séjour au regard de motifs exceptionnels. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Aux termes du premier paragraphe de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

9. Eu égard à la situation personnelle et familiale de M. B telle qu'exposée aux points 6 et 7, et à supposer même que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet de la Seine-Saint-Denis, en prenant l'arrêté en litige, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au but poursuivi par cet acte et ne porte pas atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant. Par suite, les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant n'ont pas été méconnues.

10. En sixième lieu, aux termes de L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté attaqué : " A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié détaché ICT ", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte () ".

11. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'établit pas continuer à remplir les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour, de sorte que ce moyen ne peut qu'être écarté.

12. En dernière lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2024.

La rapporteure,

C. Nour

La présidente,

J. Jimenez

Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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