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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2400508

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2400508

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2400508
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre (J.U)
Avocat requérantCABINET MINIER-MAUGENDRE ET ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Myara, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 avril 2024 :

- le rapport de M. Myara ;

- les observations de Me Souron-Cosson, représentant M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 19 mars 1980 demande l'annulation de l'arrêté du 12 janvier 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ".

3. L'arrêté en litige comporte une signature non assortie des mentions des prénom, nom et qualité du signataire lisibles. Toutefois, comme l'indique en défense le préfet de la Seine-Saint-Denis, il ressort des mentions du courrier de notification comportant la même signature que l'arrêté attaqué a été signé par M. C, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement, bénéficiant d'une délégation de signature en date du 27 novembre 2023. Compte tenu de ces mentions concordantes, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. L'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B en indiquant notamment qu'il ne justifie pas de la régularité de son entrée sur le territoire, qu'il n'est titulaire d'un titre de séjour et que sa demande de titre de séjour a été rejetée par un arrêté du 16 février 2023, qu'il a été interpellé pour des faits de refus par le conducteur d'obtempérer à une sommation de s'arrêter et que son comportement constitue ainsi une menace pour l'ordre public. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet au requérant d'en apprécier le bien-fondé. En outre, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis

n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle du requérant, l'autorité préfectorale n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels il a fondé sa décision. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

5. M. B se borne à soutenir que l'arrêté litigieux aurait été pris en méconnaissance du droit d'être entendu sans préciser en quoi il aurait été privé de la possibilité d'apporter des éléments qui puissent influer sur le sens des décisions prises. En tout état de cause, il ressort du procès-verbal d'audition établi le 12 janvier 2024, qu'il était assisté par un avocat et qu'il a été mis en mesure de présenter ses observations de manière utile et effective avant que ne soit adoptée la mesure prononcée à son encontre. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance du droit d'être entendu et du principe du contradictoire ne peuvent qu'être écartés.

6. M. B qui allègue sans l'établir de son entrée régulière sur le territoire ne produit à l'appui de sa requête aucun document de nature à établir qu'il a fixé en France le centre stable de sa vie privée, professionnelle et familiale. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de ce qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant le bénéfice d'un délai de départ volontaire, par voie d'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Selon l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

9. En troisième lieu, l'arrêté, qui vise l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur les dispositions du 3° duquel est notamment fondé le refus de délai de départ volontaire et mentionne les circonstances pour lesquelles M. B entre dans leurs prévisions, est suffisamment motivé au regard des exigences de l'article L. 613-2 du même code. Le moyen tiré d'une insuffisante motivation du refus de délai de départ volontaire doit donc être écarté.

10. Pour les seuls motifs exposés au point 4, l'obligation de quitter le territoire français pouvait n'être assortie d'aucun délai de départ volontaire, en application des dispositions précitées des 5° de l'article L. 612-3. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le risque de fuite n'est pas caractérisé. Il suit de là que le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu légalement refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, et il ne ressort pas davantage des pièces du dossier qu'il aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de celle-ci.

11. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que les moyens tirés de la méconnaissance du droit d'être entendu et du principe du contradictoire ne peuvent qu'être écartés.

12. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation ni qu'elle méconnaîtrait davantage les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code précité : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

14. Le requérant établit qu'il réside en France depuis près de cinq années à la date de la décision attaquée, il justifie d'une insertion professionnelle, de la présence de sa femme enceinte et de leurs quatre enfants scolarisés. Il est dans ces conditions fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation.

15. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens, qu'il y a lieu seulement d'annuler la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

16. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. B implique seulement que l'administration efface le signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.

17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme demandée par B, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E

Article 1er : La décision du préfet de la Seine-Saint-Denis du 12 janvier 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. B dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 12 janvier 2024 ci-dessus annulée.

Article 3 : Le surplus de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.

Le magistrat désigné,

A. Myara Le greffier,

L. Dionisi

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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