lundi 15 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2400584 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BOUNDAOUI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 janvier 2024, M. B, représenté par Me Boundaoui, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 mai 2023 par lequel le préfet de Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans ;
2°) d'enjoindre, à titre principal, au préfet de Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de résident mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; subsidiairement de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, sous une astreinte fixée à 100 euros par jour de retard.
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 392 euros sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elles méconnaissent les dispositions de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 613-2 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
- elle est entachée d'une erreur de faits en ce qu'elle méconnaît les dispositions de l'article L 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas présenté de mémoire en défense.
Par une décision du 4 juillet 2023, le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à M. B.
Par un courrier du 7 mai 2024, le Tribunal a informé les parties que le tribunal était susceptible de relever d'office le moye n tiré de ce que s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français, le préfet a méconnu les dispositions du 2° de l'article L 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables.
Des observations en réponse au moyen d'ordre public ont été produites pour M. B le 21 mai 2024 et communiquées le 27 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Myara, président-rapporteur ;
- les observations de M. B, présent à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant malien, né le 18 mai 1981, a sollicité le 3 octobre 2022 une carte de séjour temporaire au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 11 mai 2023, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance du titre sollicité et a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application tel que l'article L. 423-23. Il mentionne la date présumée d'arrivée en France du requérant, la présence sur le territoire de son fils, de sa mère et de sa fratrie ainsi, que les condamnations dont il a fait l'objet constituent une menace à l'ordre public. Ainsi, l'arrêté qui indique qu'il ne remplit pas les conditions de délivrance d'un titre de séjour et qui fait référence de manière précise et circonstanciée à sa situation personnelle, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il contient. Cette motivation révèle également que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de M. B. Dès lors, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de cet arrêté, du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doivent, par suite, être écartés.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du même code : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 412-5 du code précité, dans sa version applicable au litige : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ".
4. M. B fait valoir, sans que cela soit contesté en défense, qu'il est arrivé en France à l'âge de 8 mois à la suite d'un regroupement familial, qu'il vit depuis sur le territoire avec sa mère et sa fratrie en Ile-de-France, que ses deux frères et sa sœur sont nés en France et sont de nationalité française, qu'il ne dispose plus d'aucune attache dans son pays d'origine, et que son fils âgé de 10 ans vit à Rennes avec sa mère. Il est toutefois constant que le requérant a été condamné à 13 reprises pour des faits commis entre 1999 et 2021, dont 8 fois pour des vols aggravés. Dès lors que l'intéressé, âgé de 42 ans à la date de la décision attaquée, a commis des infractions pénales pendant 22 ans, constitue une menace pour l'ordre public, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation et sans porter à son droit au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis que le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 et l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent, par suite, être écartés.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixan t le pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ". Aux termes de l'article L. 611-3 du même code, dans sa version applicable au litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans () ".
6. En l'espèce il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France à l'âge de 8 mois dans le cadre d'une procédure de regroupement familial, et qu'il réside depuis 40 ans de manière habituelle et continue sur le territoire aux côtés de l'ensemble de sa famille, ainsi que de son fils âgé de 10 ans qui est de nationalité française. Le requérant fait également valoir que, n'étant jamais retourné dans son pays d'origine, il n'en parle plus la langue et n'y possède aucune attache familiale, éléments sur la base desquels, le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a, par un jugement n° 0602326 du 17 mars 2006, ainsi que par un jugement n° 0506978 du 9 juillet 2009, prononcé l'annulation de la mesure d'éloignement prise à son encontre le 12 mars 2006 et du refus de titre de séjour en date du 22 juin 2005. Dès lors que M. B établit l'ancienneté, l'intensité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France, il est fondé à soutenir que le préfet de Seine-Saint-Denis a entaché d'illégalité les décisions attaquées.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler l'arrêté du 11 mai 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis en tant qu'il fait obligation à M. B de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, en tant qu'il a fixé le pays à destination duquel il devait être éloigné et qu'il lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant deux ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
9. Le présent jugement n'implique pas nécessairement que le préfet de la Seine-Saint-Denis délivre un titre de séjour. Il implique en revanche que le préfet délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas, dans un délai de quatre mois, et prenne toute mesure pour mettre fin au signalement du requérant dans le système d'information Schengen.
Sur les frais liés à l'instance :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 11 mai 2023 est annulé en tant qu'il prononce à l'encontre de M. B une obligation de quitter le territoire français, fixe le pays à destination duquel il devait être éloigné et interdit son retour sur le territoire français pendant deux ans.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas, dans un délai de quatre mois et de procéder à l'effacement de l'inscription de M. B au sein du système d'information Schengen.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de Seine-Saint-Denis et à Me Boundaoui.
Délibéré après l'audience du 3 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Myara, président-rapporteur,
M. Laforêt, premier conseiller,
Mme Hardy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juillet 2024.
Le président-rapporteur,
A. Myara
L'assesseur le plus ancien
E. LaforêtLe greffier,
L. Dionisi
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou au préfet territorialement compétent en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026