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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2401233

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2401233

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2401233
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantCABINET HUG & ABOUKHATER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 26 janvier 2024, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Montreuil, le magistrat désigné du tribunal administratif de Lyon a transmis au tribunal administratif de Montreuil, selon la procédure prévue à l'article R. 776-15 du code de justice administrative, la requête présentée à ce tribunal par M. A B.

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 23 janvier et 7 février 2024, M. A B, représenté par Me Hug, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 janvier 2024 par lequel le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'auteur de l'arrêté contesté ne justifie pas de sa compétence ;

- il est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'erreur de droit et d'un défaut d'examen particulier de sa situation dès lors que le préfet de la Savoie aurait dû attendre la réponse des autorités italiennes sur sa réadmission en Italie avant de prendre à son encontre une telle mesure d'éloignement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation quant à la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi a été prise en méconnaissance du principe du caractère contradictoire de la procédure dès lors qu'il n'a pu présenter utilement ses observations sur une telle mesure ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de la Savoie a produit des pièces, enregistrées le 25 janvier 2024, qui ont été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Bernabeu pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu, au cours de l'audience publique du 9 février 2024 :

-le rapport de M. Bernabeu ;

-les observations de Me Hug, représentant M. B, qui indique que : M. B souhaite être réadmis en Italie, l'arrêté litigieux est entaché d'erreur de droit dès lors que le préfet de la Savoie n'a pas attendu la réponse des autorités italiennes pour l'obliger à quitter le territoire français sans délai, il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle, il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, le requérant justifie de garanties de représentations suffisantes dès lors qu'il est assigné à résidence en France et fait état d'une résidence ancienne sur le territoire français et enfin que l'intéressé a des attaches sur le territoire français ;

- les observations de M. B, qui mentionne avoir des proches amis sur le territoire français.

La clôture de l'instruction a été prononcée, en application des dispositions de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant égyptien né en 1987, est entré en France en 2011, selon ses déclarations. Il est actuellement assigné à résidence dans la commune des Lilas, en Seine-Saint-Denis. Par un arrêté du 21 janvier 2024, le préfet de la Savoie l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

4. En premier lieu, par un arrêté SCPP n° 6-2024 du 15 janvier 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial n° 73-2024-008 du même jour, le préfet de la Savoie a délégué sa signature, dans le cadre de la permanence, à M. C, directeur de cabinet du préfet de la Savoie, à l'effet de signer tous arrêtés et décisions pris en matière de police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".

6. Il ressort de la lecture de l'arrêté litigieux que ce dernier vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 611-1, 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Le préfet fait ensuite état de la situation de M. B, et notamment de ce que la demande d'asile de M. B a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 17 février 2012, décision qui a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 19 octobre suivant. Il relève qu'ayant formulé une seconde demande d'asile, cette dernière a été rejetée par l'OFPRA le 23 octobre 2024, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 11 avril 2016. Il mentionne que l'intéressé est célibataire, sans enfant et est dépourvu de toutes attaches familiales sur le territoire français. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : [] 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du code précité : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : [] 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; [] 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce [] qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale [] ".

8. Il ressort de la lecture de l'arrêté litigieux que ce dernier vise les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. En outre, le préfet de la Savoie relève que l'intéressé, d'une part, a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, ayant indiqué lors de l'audition du 21 janvier 2024 ne pas vouloir retourner en Egypte, d'autre part, s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement, et notamment celles du 21 août 2013, du 19 janvier 2015, du 14 février 2018 et du 4 mai 2021 et, enfin, qu'il ne présente pas de garanties de représentations suffisantes dès lors qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ni disposer de moyens d'existence légaux. Par suite, la décision portant refus de délai de départ volontaire est suffisamment motivée en droit et en fait.

9. En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi, l'arrêté litigieux vise l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état de la nationalité égyptienne du requérant, permettant ainsi d'identifier l'Egypte comme pays d'origine et, partant, de renvoi. En outre, l'arrêté précise que M. B n'établit pas être exposé à des peines ou des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi est suffisamment motivée.

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code précité : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

11. L'arrêté litigieux vise les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état de la situation de M. B, et notamment qu'il a déclaré avoir quitté son pays d'origine en 2011 et être arrivé en France la même année, qu'il est célibataire et sans enfant à charge, qu'il n'est pas dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays d'origine où réside sa famille et où il a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans, qu'il a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement en 2013, 2015, 2018 et 2021, qu'il déclare travailler au " noir " en qualité de menuisier et qu'il ne justifie ni disposer de moyens d'existence légaux ni de la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

12. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

13. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition du 20 janvier 2024 que M. B n'a pas souhaité présenter d'observations tant dans l'hypothèse où serait prise une décision d'éloignement prise à son encontre par la préfecture de la Savoie à destination de son pays d'origine ou d'un pays dont il était légalement admissible que sur sa situation personnelle. Par suite, M. B, qui a été mis à même de présenter ses observations sur la décision fixant le pays de renvoi, n'est pas fondé à soutenir que cette décision aurait été prise en méconnaissance du principe du caractère contradictoire de la procédure.

En ce qui concerne la légalité interne :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

15. M. B soutient que la décision litigieuse méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale dès lors que, présent sur le territoire français depuis 2011, il y travaille en qualité de menuisier et justifie de liens privés particulièrement forts. Si M. B justifie de sa présence sur le territoire français depuis 2012 par les pièces qu'il produit, et notamment des documents administratifs et médicaux, des factures et des quittances de loyers, il ressort toutefois que l'intéressé est célibataire, sans enfant à charge et n'est pas dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans. La circonstance qu'il aurait un ami proche sur le territoire français n'est, pas à elle seule, de nature à lui conférer un droit au séjour. De sorte que M. B ne justifie pas de liens familiaux suffisamment anciens, intenses et stables sur le territoire français. En outre, s'il allègue travailler illégalement en qualité de menuisier, les photos qu'il produit ne permettent pas, à elles seules, d'établir qu'il serait inséré professionnellement au sein de la société française. Dans ces conditions, l'obligation de quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le préfet de la Savoie n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, la mesure d'éloignement prise à l'encontre du requérant n'est pas entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de ce dernier.

17. La circonstance que l'intéressé aurait sollicité une demande de titre de séjour en Italie le 19 janvier 2024 et que les autorités françaises auraient sollicité de celles italiennes sa réadmission est sans incidence sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant, qui justifie de sa présence sur le territoire français depuis 2012, proviendrait d'Italie. Par suite, le moyen d'erreur de droit soulevé ne peut qu'être écarté.

S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

18. M. B soutient, d'une part, que la décision litigieuse ne peut être fondée sur le 4° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a jamais indiqué explicitement son intention de ne pas se conformer à une mesure d'éloignement vers l'Egypte, d'autre part, que la mesure d'éloignement de 2015 a été annulée en 2016 par le tribunal administratif de Melun et que les autres mesures d'éloignement mentionnées ne lui ont pas été notifiées et, enfin, qu'il justifie de garanties de représentations suffisantes dès lors qu'il produit un bail locatif à son nom au Pré-Saint-Gervais en Seine-Saint-Denis.

19. S'il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition du 20 janvier 2024 que M. B n'a pas explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à une éventuelle mesure d'éloignement prise à son encontre et si l'intéressé justifie d'un lieu de résidence effectif et permanent par la production d'un bail locatif du 1er avril 2013 au Pré-Saint-Gervais en Seine-Saint-Denis, il ressort toutefois des pièces du dossier que le requérant s'est soustrait à l'exécution des mesures d'éloignement prises à son encontre, telles que mentionnées au point 8, la dernière en date ayant été prise par le préfet des Hauts-de-Seine le 4 mai 2021 et notifiée le jour même à l'intéressé. Par suite, le préfet de la Savoie pouvait se fonder sur ce seul motif pour refuser à M. B le délai de départ volontaire.

20. Pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 15, la décision refusant le délai de départ volontaire n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

21. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

22. M. B se borne à soutenir que, de confession copte, il est exposé à des persécutions en cas de retour dans son pays d'origine sans toutefois établir en quoi il serait personnellement soumis à des traitements inhumains ou dégradants en Egypte. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

23. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 15, la décision fixant le pays de renvoi n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

24. M. B soutient que la décision litigieuse méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès los qu'il est présent sur le territoire français depuis 2011, qu'il justifie de liens privés particulièrement forts sur le territoire français, que les mesures d'éloignement antérieures ne lui ont pas été notifiées et que son signalement au fichier automatisé des empreintes digitales porte sur des faits dont il conteste la réalité.

25. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressé, qui justifie de sa présence sur le territoire français depuis 2012, est célibataire, sans enfant, et qu'il n'est pas dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où demeure une partie de sa famille. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant s'est soustrait à plusieurs mesures d'éloignement, dont celle du 4 mai 2021 précitée au point 19, qui lui a été notifiée en main propre le jour même. Enfin, si la décision litigieuse a retenu que l'intéressé est signalé au fichier automatisé des empreintes digitales pour des faits de conduite san permis et circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance commis en mars 2021, il ne ressort pas de l'arrêté litigieux que le préfet de la Seine-Saint-Denis ait entendu qualifier ce signalement comme relevant d'un comportement susceptible de menacer l'ordre public. Par suite, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tant sur son principe que sur sa durée et n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code précité.

26. Le moyen d'erreur de fait n'est pas assorti des précisions nécessaires permettant d'en apprécier le bien-fondé.

27. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'arrêté litigieux serait entaché d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de M. B.

28. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigieux. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation et, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction, ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

29. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme demandée au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

DÉCIDE :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Savoie.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

Le magistrat désigné,

S. Bernabeu

La République mande et ordonne au préfet de la Savoie en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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