mardi 6 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2401498 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Pôle Urgences (J.U) |
| Avocat requérant | MEUROU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 5 février 2024, M. D B, représenté par Me Orum, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la signification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente, avec une astreinte de 150 euros par jour de retard, ainsi que de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Dans le dernier état de ses écritures, il soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son signataire, d'un défaut de motivation, d'une méconnaissance du droit d'être entendu, d'un défaut de base légale, d'une méconnaissance de l'autorité de la chose jugée et d'une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de son caractère disproportionné.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 février 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que les moyens qu'elle comporte ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Doyelle, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
le rapport de M. Doyelle, magistrat désigné,
les observations de Me Orum, avocate, représentant le requérant, présent à l'audience et assisté de Mme A, interprète en langue turque, qui reprend les conclusions et les moyens des écritures, à l'exception des conclusions relatives à l'aide juridictionnelle qui n'est pas demandée et du moyen tiré de l'incompétence de son signataire, compte tenu de la production de l'arrêté de délégation de signature du 22 décembre 2023. Elle fait valoir que le préfet du Val-d'Oise motive identiquement sa nouvelle décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois alors que la précédente décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans a été annulée par un jugement du tribunal du 23 janvier 2024, compte tenu de l'absence de suites données aux signalements de l'intéressé mentionnés au fichier automatisé des empreintes digitales, de sa durée de présence cumulée sur le territoire français et de ses efforts d'intégration professionnelle. Elle ajoute que M. B ne constitue pas une menace pour l'ordre public, que les précédentes obligations de quitter le territoire français dont il a fait l'objet sont anciennes, qu'il travaille et qu'il a une sœur en situation régulière sur le territoire français. M. B précise qu'il vit en France depuis quinze ans, qu'il travaille dans le secteur de la restauration et qu'il ne veut pas retourner en Turquie.
Le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent, ni représenté à l'audience.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant turc né en 1985, a fait l'objet d'un arrêté du préfet du Val-d'Oise du 10 janvier 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un jugement n° 2400474 du 23 janvier 2024, le tribunal administratif de Montreuil a annulé la décision d'interdiction de retour sur le territoire français en tant qu'elle a fixé la durée de l'interdiction à trois ans. Par un arrêté du 1er février 2024, le préfet du Val-d'Oise a prononcé à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois. Le requérant demande au tribunal l'annulation de cette décision préfectorale.
2. En premier lieu, le requérant invoque le droit d'être entendu comme partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Au cas particulier, le préfet du Val-d'Oise produit le procès-verbal d'audition de M. B du 10 janvier 2024 au cours de laquelle ont notamment été évoquées l'irrégularité de sa situation administrative et la notification éventuelle d'une mesure d'éloignement et d'une interdiction de retour sur le territoire français. À cet égard, le préfet n'avait pas à indiquer à M. B qu'il pouvait, le cas échéant, faire l'objet d'une nouvelle décision d'interdiction de retour sur le territoire français en cas d'annulation de la décision initiale et n'avait pas à requérir derechef les observations de l'intéressé. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ce principe général du droit de l'Union doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " Aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "
4. Il ressort de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans les cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
5. D'une part, il ressort de la décision attaquée que le préfet du Val-d'Oise, qui n'est pas tenu de se prononcer sur chacun des critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais seulement sur ceux qu'il entend retenir, a considéré que le comportement de M. B constitue une menace pour l'ordre public étant donné qu'il est connu au fichier automatisé des empreintes digitales pour cinq troubles à l'ordre public, qu'il est séparé de son épouse et sans charge de famille et qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement en date du 15 janvier 2018. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.
6. D'autre part, il ne ressort pas des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'autorité préfectorale ne pourrait pas édicter une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français postérieurement à une décision d'obligation de quitter le territoire français sans délai, qu'en tout état de cause la décision attaquée fait suite à l'annulation contentieuse d'une précédente décision d'interdiction de retour qui était concomitante à la mesure d'éloignement. Par ailleurs, le requérant ne saurait sérieusement arguer que la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle se fonde la décision attaquée n'est pas opposable dans la mesure où cette décision et la preuve de sa notification ne sont pas produites à l'instance, alors que l'existence de cette mesure d'éloignement, dont le requérant a lui-même demandé l'annulation devant le tribunal administratif de Montreuil comme en atteste le jugement du 23 janvier 2024 qu'il produit, n'est pas contestable. Dès lors, le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.
7. Enfin, le requérant fait valoir qu'il est parfaitement intégré socialement et professionnellement en France, qu'il vit dans ce pays depuis quinze ans, qu'il travaille notamment dans le secteur de la restauration, que sa sœur réside en situation régulière sur le territoire français, que la décision d'éloignement sur laquelle se fonde le préfet est ancienne, alors que sa notification n'est en outre pas justifiée, et que le préfet ne saurait non plus retenir à nouveau l'existence d'une menace pour l'ordre public à la suite du jugement du 23 janvier 2024 qui a écarté ce motif, sans méconnaître l'autorité de la chose jugée. Il ressort tout d'abord des pièces du dossier que M. B est célibataire et sans personne à charge, que sa mère réside en Turquie, qu'à supposer que sa sœur soit en situation régulière sur le territoire français, il n'établit pas l'intensité ou l'indispensabilité de leurs liens personnels, qu'il ne justifie pas de sa résidence habituelle et continue sur le territoire français depuis quinze ans et qu'en dépit d'une telle durée alléguée, il ne fait pas état d'une maîtrise de la langue française. Il ressort ensuite des pièces du dossier que M. C a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement en date des 8 mars 2010 et 15 janvier 2018 qu'il n'a pas exécutées, qu'à cet égard, il ne saurait sérieusement remettre en cause la notification de la seconde mesure d'éloignement dès lors qu'il a contesté cette décision devant le tribunal administratif de Melun dans le cadre d'un recours rejeté par un jugement n° 1800417 du 19 février 2018 que le préfet produit à l'instance. Enfin, si le préfet du Val-d'Oise fait valoir que M. C est défavorablement connu des services de police en raison de plusieurs signalisations au fichier automatisé des empreintes digitales, il n'apporte aucune précision quant aux éventuelles suites pénales qui auraient été données, de telle sorte que la menace pour l'ordre public n'est pas suffisamment établie. Il ressort cependant des pièces du dossier qu'en l'absence de circonstances humanitaires faisant obstacle à une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, le préfet du Val-d'Oise aurait pris la même décision pour une durée d'un an, qui ne constitue pas la durée maximale et qui n'est pas disproportionnée, en se fondant uniquement sur l'existence des précédentes mesures d'éloignement non exécutées et sur la situation personnelle et familiale de M. C précédemment mentionnée. Dans ces conditions, le requérant ne saurait se prévaloir de l'autorité de la chose jugée qui s'attacherait à ce que le préfet ne pouvait pas prendre la même décision d'interdiction de retour sur le territoire français en se fondant de nouveau sur l'existence d'une menace pour l'ordre public, dans la mesure où la décision attaquée qui n'est au demeurant pas la même que celle qui a été annulée est, en tout état de cause, fondée en l'absence même d'existence d'une telle menace. Dès lors, les moyens tirés d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance de l'autorité de la chose jugée doivent être écartés.
8. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Il s'ensuit que ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction sous astreinte et relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Val-d'Oise.
Jugement rendu en audience publique, le 6 février 2024.
Le magistrat désigné,
G. DoyelleLa greffière,
C. Sghair
La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026