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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2401723

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2401723

vendredi 16 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2401723
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantSILVA MACHADO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2400439 du 6 février 2024, enregistrée le 8 février 2024, le vice-président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Montreuil la requête, enregistrée le 11 janvier 2024, présentée par M. B C.

Par cette requête, et un mémoire enregistré le 9 février 2024, M. B C, actuellement retenu au centre de rétention n°3 du Mesnil Amelot, représenté par Me Silva Machado demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 janvier 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination du pays dont il a la nationalité et portant une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'auteur de cette décision n'a pas justifié de sa compétence ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation ;

- l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu, en particulier le droit à être entendu et le caractère contradictoire de la procédure préalable ;

- l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu ;

- l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant a été méconnu ;

- l'article 20 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne a été méconnu ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant refus de départ volontaire :

- la préfète a méconnu les articles 612-2 et 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il ne présente pas de risque de fuite ;

- la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de base légale de par l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;

-elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne qui n'a pas produit.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 20 novembre 1989 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Iss, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-5 et L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Iss,

- les observations de Me Silva Machado, représentant M. B C, assisté de M. A, interprète en langue portugaise,

- les observations de M. B C,

- les observations de Me Jacquard, représentant la préfète du Val-de-Marne.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

1. M. B C, ressortissant cap-verdien, né le 26 février 1978 au Cap Vert, actuellement retenu au centre de rétention du Mesnil Amelot 3 a fait l'objet d'un arrêté du 8 janvier 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination du pays dont il a la nationalité et portant une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Le requérant demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité de l'arrêté attaqué :

2. Selon les mentions de l'arrêté attaqué, la préfète du Val-de-Marne a considéré que sur le fondement du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le comportement de M. B C constituait une menace pour l'ordre public et indique que M. B C est célibataire, sans charge de famille. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B C, par les pièces qu'il produit, établit être le conjoint de Mme H F D, ainsi que le père de Mmes G B F née en 2012 et Leyana, Diana B F, née le 10 février 2022, toutes trois de nationalité espagnole. M. B C justifie donc à la date de la décision attaquée être d'une part conjoint d'une ressortissante de l'Union européenne et d'autre part le père de deux ressortissantes de l'Union européenne résidant en France à la date de la décision attaquée. Enfin, la notice de renseignements du 20 mars 2023 de l'établissement pénitentiaire de Fresnes produite en défense indique bien que M. a déclaré que sa famille en France comprenait " sa femme " avec qui il indique être en concubinage, et ses enfants. Eu égard à ces éléments, la préfète du Val-de-Marne a donc entaché l'arrêté attaqué d'un défaut d'examen sérieux de la situation de M. B C.

3. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que B C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 janvier 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français à destination du pays dont il a la nationalité et portant une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Sur les conclusions tendant au prononcé d'une injonction et d'une astreinte :

4. En application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. Dans ces conditions, le présent jugement implique d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne ou à tout préfet territorialement compétent de munir M. B C d'une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois à compter de la date de sa notification. Il n'y a, en revanche, pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais du procès

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement à M. B C de la somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 janvier 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne a obligé M. B C à quitter sans délai le territoire français à destination du pays dont il a la nationalité et portant une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. B C dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera à M. B C une somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5: Le présent jugement sera notifié à M. E B C et à la préfète du Val-de-Marne.

Lu en audience publique le 16 février 2024.

Le magistrat désigné,

A. Iss La greffière,

C. Goossens

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne ou au préfet territorialement compétent en ce qui la ou le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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