mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2401730 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre (J.U) |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 février 2024, M. A C, représenté par
Me Carro, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 février 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de douze mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1.000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'erreurs d'appréciation sur sa vie privée et familiale ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale, en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire enregistré le 29 février 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Gauchard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure, alors en vigueur, prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient pas présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant tunisien né le 25 juin 1991 à Jerba (Tunisie), déclare être entré en France en 2017. Il demande l'annulation de l'arrêté du préfet de police du 5 février 2024 le concernant, en tant seulement qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français sans délai, et qu'il lui fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de douze mois.
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français
2. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté litigieux que, pour refuser d'octroyer un délai de départ à M. C le préfet de police a notamment estimé qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. Ainsi, le moyen tiré de ce qu'en portant une telle appréciation l'autorité préfectorale aurait entaché la décision qui fait obligation au requérant de quitter le territoire français d'erreur de fait, doit être écarté comme inopérant.
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. M. C soutient, sans en justifier, qu'il est entré en France en 2017. Il ressort des pièces du dossier qu'il s'est marié le 9 août 2017, en Tunisie, avec une compatriote, Mme D B, en situation irrégulière en France et que de leur union est né, en France, le 17 avril 2020, un enfant, scolarisé en petite section de maternelle pour l'année 2023-2024. Compte tenu du jeune âge de cet enfant, alors que le requérant et son épouse sont tous deux de nationalité tunisienne, nonobstant la circonstance que M. C travaille depuis 2019, rien ne fait obstacle, alors qu'il est constant que le requérant s'est maintenu en France en dépit d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre le 4 juillet 2022, à ce que leur cellule familiale se reconstitue hors de France. Dans ces conditions, au regard des buts en vue desquels elle a été prise, la mesure d'éloignement litigieuse n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté, il en va de même du moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français litigieuse serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur la vie privée et familiale et la vie personnelle du requérant.
S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire
5. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ".
6. Comme indiqué au point 4, il ressort des pièces du dossier que M. C s'est maintenu sur le territoire en dépit d'une précédente mesure d'éloignement prise par un arrêté préfectoral du 4 juillet 2022. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui pouvait légalement fonder sa décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire sur ce seul motif, a entaché cette décision d'une erreur d'appréciation. Le moyen doit donc être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire.
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français
8. Il résulte de ce qui précède que l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. C n'est pas entachée d'illégalité. Ainsi, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la décision qui lui fait interdiction de retour sur le territoire français serait dépourvue de base légale.
9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ".
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur d'appréciation doivent donc être écartés.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 5 février 2024 doivent être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
L. Gauchard La greffière,
D. Bakouma
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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