mardi 24 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2401735 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre (J.U) |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 février 2024, M. E D, représenté par Me Castejon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 février 2024 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans lui octroyer de délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1.500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entaché d'un défaut d'examen ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;
- elle est entachée d'incompétence ;
- elle méconnaît les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation sur sa situation personnelle.
Par un mémoire enregistré le 28 février 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Gauchard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure, alors en vigueur, prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 10 septembre 2024 à 10h00, en présence de Mme Bakouma, greffière d'audience :
- le rapport de M. Gauchard ;
- les observations de M. D, assisté par M. C interprète en langue tamoul qui reprend les conclusions et moyens de ses écritures.
Le préfet de police n'était pas présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée après que la partie présente a formulé ses observations orales en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ou Kodeeswaran, selon le passeport produit à l'instance, ressortissant srilankais né le 17 avril 1995 à Trincomalee (Sri Lanka), déclare être entré en France en mars 2017. Par deux arrêtés du 5 février 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi, lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de douze mois.
2. Par un arrêté n° 2023-01598 du 28 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné à Mme B A, adjointe au chef de la division des reconduites à la frontière, signataire des décisions contestées, délégation pour ce faire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.
3. La décision portant obligation de quitter le territoire français, vise notamment le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, fondement de la mesure d'éloignement litigieuse, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit. Cette décision, qui ne doit pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de M. D, précise, en fait, que la demande d'asile de M. D a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) par une décision du 22 novembre 2017, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) par une décision du 5 juillet 2018, que ses deux demandes de réexamen de 2019 et 2021 ont été jugées irrecevables par l'OFPRA, ce qu'a confirmé la CNDA, et que l'ensemble de ces décisions lui ont été notifiées. La décision attaquée indique également qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale dès lors qu'il est célibataire et sans charge de famille en France. La décision obligeant M. D à quitter le territoire français comporte ainsi l'énoncé des circonstances de fait qui la fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Il en va de même de la décision qui fait interdiction au requérant de retourner sur le territoire français, laquelle, d'une part, vise notamment les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, fondement de la mesure d'interdiction litigieuse, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est dès lors suffisamment motivée en droit. D'autre part, cette décision précise, en fait, que M. D ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France, en ce qu'il se déclare célibataire et sans enfant à charge, et qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement en date du 1er juillet 2020, prise par le préfet de la Seine-Saint-Denis, à laquelle il s'est soustrait et est ainsi suffisamment motivée en fait.
4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police se serait abstenu de se livrer à un examen particulier de la situation personnelle de M. D. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux, soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français et de l'interdiction de retourner sur ce territoire doit être écarté.
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. M. D se borne à indiquer, sans autre précision, qu'il résiderait en France depuis 2017, qu'il y travaillerait depuis une année et qu'il ne serait pas en mesure de retourner vivre dans son pays d'origine. En tout état de cause, même à les supposer établies, ces seules allégations ne sont pas de nature à faire considérer qu'au regard des buts en vue desquels elle a été prise la mesure d'éloignement litigieuse porterait une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, le moyen tiré de leur méconnaissance, ainsi que celui tiré de l'erreur d'appréciation de la situation personnelle du requérant, soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français et de l'interdiction de retourner sur ce territoire doivent être écartés.
7. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation des autres décisions litigieuses.
8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du dernier alinéa de l'article L.721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".
9. Pour demander l'annulation de la décision fixant son pays de renvoi, M. D fait valoir, à l'appui d'un article émanant de l'organisation non gouvernementale Amnesty International et d'un article de presse, que le contexte politique et économique du Sri Lanka ne permet pas son renvoi dans ce pays. Il fait également valoir que, selon la CNDA, " depuis l'élection de Gotabaya RAJAPAKSA en novembre 2019, le simple fait d'être tamoul peut entraîner des violences et des persécutions de la part d'acteurs privés comme des forces de sécurité, sans lien direct avec une activité politique ". Toutefois, le requérant se borne ainsi à faire état de la situation générale au Sri Lanka, et ce faisant, n'expose pas les conséquences du contexte décrit sur sa situation personnelle, ni n'établit aucun risque pesant sur lui. Il en résulte que M. D n'est pas fondé à soutenir qu'en fixant le Sri Lanka, pays dont il a la nationalité, comme pays de renvoi, le préfet de police a méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions relatives aux frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.
Le magistrat désigné,
L. Gauchard La greffière,
D. Bakouma
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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