mardi 16 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2402331 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | EVREUX |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2401157 du 19 février 2024, la présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Montreuil la requête, enregistrée le 10 février 2024, présentée par M. A D, représenté par Me Evreux.
Par cette requête et un mémoire enregistré le 2 avril 2024, M. D, représenté par Me Evreux, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 28 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Essonne l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français présente une signature fac-similée d'une autorité incompétente, est insuffisamment motivée, est entachée d'erreurs matérielles et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, est illégale dès lors qu'il n'est pas établi que la décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) lui ait été régulièrement notifiée, méconnaît l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, enfin, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- la décision portant fixation du pays de renvoi a été signée par une autorité incompétente, méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 mars 2024, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête comme non fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
-le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Baffray, vice-président, dans les fonctions de magistrat désigné chargé du contentieux des mesures d'éloignement.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Baffray,
- les observations de Me Evreux pour le requérant.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant congolais, né le 11 octobre 1992 à Kinshasa, a déposé une demande d'asile le 3 janvier 2020 qui a été rejetée en dernier lieu le 15 juin 2022 par la CNDA. Par un arrêté du 28 janvier 2024, dont M. D demande l'annulation, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.
Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
3. En premier lieu, M. D ne peut utilement soutenir que l'ampliation de l'arrêté attaqué qui lui a été remise comporte une signature fac-similée. Par ailleurs, il ressort de l'arrêté n° 2023-PREF-DCPPAT-BCA-033 du 17 février 2023, produit en défense et régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture de l'Essonne, que M. Olivier Delcayrou, secrétaire général de la préfecture de l'Essonne, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer les décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Dès lors, les moyens tirés d'un défaut de signature de cette arrêté et d'incompétence de son auteur doivent être écartés.
4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles pertinents du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que M. D, célibataire et sans charge de famille, se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis le rejet de sa demande d'asile le 9 septembre 2021, qu'il s'est fait interpellé le 27 janvier 2024 pour détention non autorisé de stupéfiants, qu'il déclare travailler illégalement sur le territoire, qu'il déclare vivre maritalement mais ne justifie ni de la régularité du séjour de sa compagne ni d'une communauté de vie et que, dès lors, la cellule familiale peut être reconstituée dans le pays d'origine sans porter une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué mentionne ainsi les considérations de droit et de fait circonstanciés et appropriés aux cas de l'intéressé qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte, lesquelles sont donc suffisamment motivées. Par ailleurs, bien que l'arrêté mentionne que M. D est né le 11 octobre 1993 tandis qu'il a toujours déclaré être né le 11 octobre 1992, cette motivation révèle un examen individuel de sa situation personnelle et une vérification d'un éventuel droit au séjour, conformément aux dispositions du 1er alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée des étrangers et du droit d'asile dans sa version entrée en vigueur à la date de l'arrêté litigieux.
5. En troisième lieu, aux termes du second alinéa de l'article R. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci ".
6. Il ressort de la fiche Telemofrpa produite par le préfet de l'Essonne que la décision de la CNDA rejetant la demande d'asile de M. D a été lue en audience publique le 15 juin 2022 et il apparaît ainsi qu'il ne pouvait plus se prévaloir d'un droit au maintien sur le territoire français après cette date à défaut d'avoir sollicité et obtenu de titre de séjour sur un autre fondement que l'asile. Les circonstances que l'arrêté préfectoral attaqué mentionne que sa demande d'asile a été définitivement rejetée le 9 septembre 2021, alors que cela correspond à la date de son recours contre la décision de l'OFPRA, et qu'il n'est pas avéré que la notification de la décision de la CNDA comportait une traduction en Lingala sont à elles-seules sans incidence sur la légalité des décisions contestées et le droit au séjour en France de M. D.
7. En quatrième lieu, si M. D, qui se prévaut du fait qu'il ne parle que le Lingala, soutient qu'il réside en France depuis cinq ans et qu'il a développé à ce titre un réseau amical et social fort, qu'il vit en concubinage avec une ressortissante portugaise francophone et parfaitement intégrée en France, qu'il a rencontrée en 2021 et " l'héberge depuis 2022 ", qu'ils ont pour projet de conclure un pacte civil de solidarité contrarié par une prétendue impossibilité d'obtenir un certificat de naissance auprès des autorités congolaise et que son retour dans son pays d'origine entrainerait une séparation du couple dès lors que sa concubine est mère de quatre enfants scolarisés en France, auxquels il est attaché et qui ne peuvent déménager en République Démocratique du Congo au risque de perturber leur bon développement, il ne produit pas de pièce au soutien de ses déclarations permettant d'apprécier l'ancienneté et la stabilité de sa communauté de vie avec cette ressortissante de l'Union européenne et ne fournit que trois attestations de compatriotes congolais pour témoigner de ses autres liens personnels en France. Ces éléments, même en tenant compte de l'attestation de la directrice de l'école maternelle publique Anatole France d'Epinay-sur-Seine selon laquelle M. D est régulièrement présent pour déposer ou récupérer un des enfants de Mme B, ne caractérise pas des attaches suffisamment intenses et stables en ou avec la France pour considérer que les décisions contestées porteraient, au regard des buts en vue desquelles elles ont été prises, une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que les mesures litigieuse méconnaitraient l'intérêt supérieur des enfants de sa concubine tel que protégé par le stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, ou qu'elles résulteraient d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
8. En dernier lieu, ni les certificats médicaux datés de 2021 selon lesquels il souffrait alors d'un syndrome dépressif et présentait des cicatrices à la hanche et aux jambes, ni aucune pièce du dossier ne permet de tenir pour établi qu'il pourrait être personnellement exposé à des peines ou à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, contrairement à ce qu'on déjà estimé l'OFPRA puis la CNDA. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. D aux fins d'annulation et d'injonction ne sont pas fondées et doivent être rejetées, de même, par conséquent, que celles présentées par son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DÉCIDE :
Article 1er : M. D est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D, à Me Evreux et au préfet de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.
Le magistrat désigné,
J.-F. BaffrayLa greffière de l'audience,
D. Coulibaly
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne et à tout autre préfet compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026