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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2403224

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2403224

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2403224
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantLA CIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 mars 2024, M. D B, représenté par Me Garcia, demande au tribunal d'annuler les décisions en date du 6 mars 2024 par lesquelles la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé son pays de renvoi, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elles emportent sur sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit ;

- elles ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par l'article 41-2 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elles méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne, qui a produit des pièces mais n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gauchard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure alors en vigueur prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient pas présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 18 octobre 1982 à Zarzis (Tunisie), demande l'annulation des décisions du 6 mars 2024 par lesquelles la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé son pays de renvoi, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

2. Par un arrêté du 4 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, la préfète de l'Essonne a donné délégation à Mme C A, adjointe au chef de bureau de l'éloignement du territoire, signataire des décisions attaquées, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions du bureau auquel elle appartient. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. L'arrêté du 6 mars 2024 vise notamment l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fondement de la mesure d'éloignement litigieuse, l'article L. 612-2 et l'article L. 612-3 du même code, fondements de la décision refusant d'octroyer au requérant un délai de départ volontaire, l'article L. 612-6 du même code, fondement de la décision faisant interdiction au requérant de retourner sur le territoire français, l'article L. 721-3 du même code, fondement de la décision fixant le pays à destination duquel il sera éloigné, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, les décisions attaquées sont suffisamment motivées en droit. La décision obligeant M. B à quitter le territoire français, qui ne doit pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à sa situation personnelle, précise, en fait, que l'intéressé s'est vu refuser le renouvellement de son titre de séjour par décision du préfet de police de Paris en date du 23 août 2019 et qu'il s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour. La décision d'éloignement attaquée indique également que le 6 mars 2024 M. B a été interpellé par les services de gendarmerie de Marolles-en-Hurepoix (91) pour la vérification de son droit à circuler et à séjourner sur le territoire national et placé en retenue administrative, qu'il a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité à une peine de 6 mois d'emprisonnement le 21 novembre 2018 et à une peine de 12 mois d'emprisonnement le 20 juin 2019, que son comportement trouble de façon récurrente l'ordre public puisqu'il a fait l'objet de signalements le 12 janvier 2020 pour conduite d'un véhicule à moteur malgré injonction de restituer le permis de conduire résultant du retrait de la totalité des points, le 8 février 2021 pour détention non autorisée de stupéfiants, transport non autorisé de stupéfiants et conduite d'un véhicule sans permis, le 21 mai 2019 pour violence habituelle suivi d'incapacité n'excédant pas 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, viol commis par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, le 24 juin 2018 pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, et le 19 novembre 2022 pour conduite d'un véhicule à moteur malgré injonction de restituer le permis de conduire résultant du retrait de la totalité des points. La décision d'éloignement litigieuse précise encore que M. B s'est soustrait à l'obligation de quitter le territoire français prise par le préfet de police de Paris le 23 août 2019 et notifiée le 27 août 2019, à l'obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour de 3 ans prise par le préfet de l'Essonne le 9 février 2021 et notifiée le même jour, et à l'obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour de 3 ans prise par le préfet de l'Essonne le 19 novembre 2022 et notifiée le même jour, dont il a fait l'objet. La décision portant obligation de quitter le territoire français comporte ainsi l'énoncé des circonstances de fait qui la fonde. Il en va de même de la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire à M. B, laquelle précise que l'intéressé représente une menace pour l'ordre public, qu'il ne présente pas de garanties suffisantes en ce qu'il se maintient sur le territoire en situation irrégulière, qu'il n'a pas présenté de passeport valide, qu'il a dissimulé des éléments de son identité en utilisant des alias, qu'il ne peut justifier d'un domicile fixe en France, qu'il s'est précédemment soustrait à plusieurs mesures de reconduite à la frontière, et qu'il a déclaré lors de son audition du 6 mars 2024 refuser de quitter le territoire national. S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi du requérant, elle indique la nationalité de l'intéressé et précise, en fait, que ce dernier n'allègue pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Cette décision comporte ainsi l'exposé des circonstances de fait qui la fonde. Il en va de même de la décision prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans, laquelle précise, outre ce qui a été dit précédemment en ce qui concerne la menace à l'ordre public que sa présence en France représente et les mesures d'éloignement auxquelles il s'est soustrait, que l'intéressé ne peut se prévaloir d'aucune circonstance humanitaire particulière. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Essonne se serait abstenu de se livrer à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

5. Le requérant n'assortit le moyen tiré de l'erreur de droit d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.

6. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Le paragraphe 2 de ce même article poursuit en indiquant : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que si ces stipulations ne s'adressent pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union européenne et que le moyen tiré de leur méconnaissance par une autorité d'un Etat membre est ainsi inopérant, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Toutefois, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

7. Si M. B soutient que son droit d'être entendu a été méconnu, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal établi par les services de police le 6 mars 2024, qu'il a été auditionné sur sa situation administrative et personnelle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. B soutient qu'il est entré en France en 2010 muni d'un visa, qu'il a été titulaire d'un titre de séjour de 2014 à 2019, qu'il est père d'un enfant résidant en France à l'égard duquel il dispose d'un droit de visite, et qu'il vit de manière fixe et stable à la même adresse depuis 2021. Toutefois, il n'apporte aucune précision ni aucune pièce au soutien de ses dires. En tout état de cause, et alors qu'il est constant qu'il s'est maintenu en France en dépit de trois précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre le 23 août 2019, le 9 février 2021 et le 19 novembre 2022, M. B n'apporte pas la preuve de l'impossibilité de reconstituer sa cellule familiale hors de France. Dans ces conditions et alors, en outre, que le requérant ne conteste pas avoir fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignements auxquelles il s'est soustraie ni l'appréciation portée par l'autorité préfectorale sur la menace à l'ordre public résultant de sa présence en France, au regard des buts en vue desquels elles ont été prises, les décisions litigieuses n'ont pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté. Il en va de même du moyen tiré de ce que les décisions litigieuses seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elles emportent sur la situation personnelle du requérant.

10. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Le requérant n'assortit le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ce moyen, qui n'est d'ailleurs opérant qu'à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel le requérant sera éloigné, ne peut, dès lors, qu'être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

L. GauchardLa greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2403224

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