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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2403231

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2403231

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2403231
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre (JU)
Avocat requérantHASSAINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 mars 2024 au tribunal administratif de céans, M. B D, représenté par Me G, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé l'admission au séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour ou, à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, la demande d'asile de son épouse étant toujours en cours d'examen par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) ;

- elles ont été prises en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 juin 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. F, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue en présence de Mme Espeisses, greffière d'audience :

- le rapport de M. F ;

- et les observations de M. G, représentant M. D, qui a repris les écritures de la requête ;

- M. D n'étant pas présent ;

- et le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D, de nationalité turque, est né le 20 mars 1983 à Igdir (Turquie, région de l'Anatolie orientale) et est entré sur le territoire français irrégulièrement selon ses déclarations en 2020. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) en date du 27 août 2021, notifiée le 13 septembre 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) en date du 7 février 2022, notifiée le 14 février 2022. Ses deux demandes de réexamen de sa demande d'asile ont fait l'objet de deux décisions d'irrecevabilité de l'OFPRA en date des 23 mai 2022 et 26 mars 2024, notifiées le 13 juin 2022 et 10 avril 2024, confirmée pour la première par la CNDA par une décision du 9 novembre 2022, notifiée le 30 décembre 2022. Par un arrêté du 28 février 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a refusé l'admission au séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-0402 du 12 février 2024 , régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné à Mme E C, attachée d'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, les décisions refusant son admission au séjour au titre de l'asile, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays à destination duquel il sera éloigné et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an mentionnent les dispositions applicables dont notamment les articles L. 611-1 4°, L. 721-4, L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les rejets par l'OFPRA et la CNDA de sa demande d'asile. Les décisions contestées mentionnent les considérations de droit et de fait et sont ainsi suffisamment motivées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : "Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance " et " il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure, qui dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. D soutient que l'arrêté du 28 février 2024 lui refusant l'admission au séjour au titre de l'asile, l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, au motif, principalement, que la demande d'asile de son épouse est toujours en cours d'examen par l'OFPRA. Toutefois, si le requérant justifie de l'introduction d'une demande d'asile par son épouse Mme A D, enregistrée le 30 décembre 2022 par l'OFPRA sous le n° 22-12-10331, il n'établit pas que cette demande d'asile serait toujours en cours d'examen à la date de l'arrêté attaqué par la seule production de la copie d'une attestation de demande d'asile en procédure normale qui aurait été délivrée par la préfecture des Hauts-de-Seine le 26 octobre 2023 mais dont l'alignement des paragraphes présente des anomalies et qui, par suite, en l'absence de production de l'original à l'audience, ne présente pas suffisamment de garanties d'authenticité. Par ailleurs, M. D, qui ne fait état d'aucune démarche d'insertion professionnelle et n'établit pas être totalement dépourvu d'attaches familiales dans le pays dont il est ressortissant, ne justifie pas d'une insertion particulière dans la société française. Ainsi, l'arrêté contesté ne porte pas, en l'espèce, une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

6. En quatrième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 "

7. D'une part, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale est inopérant à l'encontre des décisions lui refusant l'admission au séjour au titre de l'asile, l'obligeant à quitter le territoire français avec délai départ volontaire de trente jours et l'interdisant de retour sur le territoire français qui ne sont pas des décisions qui fixent le pays de destination.

8. D'autre part, M. D soutient qu'il encourt des risques de persécutions en cas de retour dans son pays d'origine compte tenu des opinions politiques favorables à la cause kurde qui lui sont imputées par les autorités turques. A cet égard, le requérant indique qu'il a quitté son pays d'origine afin de fuir les persécutions subies en Turquie. En l'espèce, M. D produit dans le cadre de la présente instance deux documents présentés comme l'arrêt de la 2ème chambre pénale de la cour d'appel d'Erzurum en date du 15 mai 2023 et un arrêt de la 3ème chambre pénale de la Cour de cassation en date du 19 janvier 2024 selon lesquels il ferait l'objet de poursuites judiciaires en Turquie au motif d'appartenance au parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) et aurait été condamné pour ce motif à une peine de 5 ans et 3 mois d'emprisonnement. Toutefois, alors que l'OFPRA a statué sur sa seconde demande de réexamen de demande d'asile le 26 mars 2024, soit postérieurement à la date de ces deux documents, le requérant ne produit au soutien de sa requête aucun élément de nature à circonstancier ses craintes ni aucun document nouveau qui tendrait à apporter la preuve d'autres faits que ceux qui étaient allégués devant l'office français de protection des réfugiés et des apatrides et la Cour nationale du droit d'asile et de nature à justifier une appréciation différente de celle déjà portée sur les conséquences qu'aurait pour sa situation personnelle le retour en Turquie. Ainsi, il ne démontre pas qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique dans le cas d'un retour dans son pays d'origine. Par suite, les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 28 février 2024. Dès lors, ses conclusions en annulation doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024 .

Le magistrat désigné,

Signé

J-C. FLa greffière,

Signé

A. Espeisses

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tout préfet territorialement compétent en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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