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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2403289

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2403289

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2403289
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantDJOSSOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 8 mars et 17 avril 2024, Mme B D, représentée par Me Djossou, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, fixe le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et lui interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de douze mois ;

3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'arrêté du 15 février 2024 dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) ;

3°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le somme de 1500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il a été signé par une autorité incompétente, est insuffisamment motivé, est entaché d'un vice de procédure résultant de la méconnaissance de son droit d'être entendu, est entaché d'un vice de forme, n'a pas été notifié dans une langue qu'elle comprend, est entaché d'une erreur de droit résultant de la méconnaissance de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entaché d'une erreur de fait, a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle et professionnelle ;

- son recours contre la décision de rejet de sa demande de réexamen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) est toujours pendant devant la CNDA.

Par un mémoire en défense enregistré le 15 mars 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Baffray, vice-président, dans les fonctions de magistrat désigné chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baffray a été lu au cours de l'audience publique à l'issue de laquelle la clôture de l'instruction a été prononcée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante congolaise, née le 3 septembre 1981 à Basankusu, a déposé une demande de réexamen de sa demande d'asile le 29 décembre 2023 auprès de l'OFPRA, qui a rejeté sa demande par une décision d'irrecevabilité du 4 janvier 2024, notifiée le 16 janvier 2024. Par un arrêté du 15 février 2024, dont elle demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis oblige Mme D à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixe le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C A, cheffe du bureau de l'asile de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, bénéficiant d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Saint-Denis en vertu d'un arrêté n° 2023-3625 du 27 novembre 2023, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture du 28 novembre 2023. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles pertinents du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise que Mme D se maintient irrégulièrement sur le territoire français depuis le rejet de sa demande de réexamen de sa demande d'asile par une décision d'irrecevabilité de l'OFPRA notifiée le 16 janvier 2024, qu'elle a été invitée à indiquer si elle estimait pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre que l'asile et qu'elle ne justifie pas d'une situation personnelle et familiale en France à laquelle cette décision porterait atteinte. L'arrêté attaqué, qui n'est entaché d'aucun vice de forme, mentionne ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte, lesquelles sont donc suffisamment motivées. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, que Mme D aurait tenté en vain de porter à la connaissance de l'administration des éléments pertinents relatifs à sa situation, ni qu'elle aurait été empêchée de s'exprimer avant que ne soit prise la mesure d'éloignement. Si la requérante soutient qu'elle ne s'est pas vue notifier l'arrêté dans une langue qu'elle comprend, une telle circonstance est sans incidence sur la légalité de l'arrêté. Le moyen tiré du vice de procédure doit, dès lors, être écarté.

6. En quatrième lieu, si Mme D soutient qu'elle craint de subir des persécutions en cas de retour en République démocratique du Congo (RDC), les pièces qu'elle produit, notamment ses certificats médicaux et les témoignages de ses proches résidant en RDC, ne permettent pas de tenir pour établie la réalité des risques de peines ou de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés par la requérante de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui n'est opérant qu'à l'égard de la décision fixant le pays de son renvoi d'office, et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des mesures contestées sur sa situation personnelle ne peuvent qu'être écartés.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. () ". Selon l'article D. 431-7 de ce même code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois. ".

8. Il résulte de ces dispositions que la circonstance que l'administration aurait manqué à son obligation d'inviter Mme D à éventuellement présenter une demande de titre de séjour pour un autre motif que l'asile est sans incidence sur la légalité de l'arrêté contesté, dès lors que la méconnaissance de cette obligation n'a d'autre effet que de rendre inopposable aux demandeurs d'asile, non régulièrement informés, le délai pour demander un titre de séjour sur un autre fondement. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions susmentionnées ne peut qu'être écarté.

9. En dernier lieu, si la requérante soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait, elle n'apporte aucune précision permettant d'apprécier le bien-fondé de ce moyen, qui devra être écarté pour ce motif.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation d'injonction de la requête ne sont pas fondées et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français :

11. La circonstance que Mme D a introduit un recours devant la CNDA, qui est toujours pendant, contre la décision de l'OFPRA rejetant sa demande de réexamen de sa demande d'asile comme irrecevable ne fait pas obstacle à ce qu'une mesure d'éloignement soit prise à son encontre, dès lors que son droit de se maintenir sur le territoire avait pris fin en application des dispositions de l'article L. 542-2, 1° b) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De plus, eu égard à ce qui a été dit au point 6, la requérante ne peut être regardée comme présentant des éléments sérieux de nature à justifier la suspension, dans les conditions prévues à l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'exécution de la décision l'obligeant à quitter le territoire français jusqu'à l'intervention de la décision statuant sur son recours par la CNDA.

12. Dès lors, les conclusions de la requérante à fin de suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français doivent aussi être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

13. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante en l'instance, la somme que le conseil de Mme D demande à leur titre.

DÉCIDE :

Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à Me Djossou et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

Le magistrat désigné,

J.-F. BaffrayLa greffière de l'audience,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis et à tout autre préfet compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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