jeudi 18 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2403333 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BIROLINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 9, 11, 28 mars et 3 avril 2024,
M. B D, actuellement retenu au centre de rétention administrative n° 3 du Mesnil-Amelot, représenté par Me Birolini, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 mars 2024 par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine l'a placé en rétention administrative ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête n'est pas tardive ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est entachée de l'incompétence de son auteur ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen ;
- elle méconnaît le principe général du droit d'être entendu ;
- elle méconnaît le 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- elle méconnaît le principe général du droit d'être entendu ;
- elle méconnaît l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne l'interdiction de circulation sur le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle méconnaît l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte atteinte au respect de sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire, à son rejet.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La Présidente du Tribunal administratif de Montreuil a désigné Mme Caro, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Caro, qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible de soulever d'office un moyen d'ordre public tiré de ce que les conclusions à fin d'annulation du placement en rétention de M. D sont irrecevables car portées devant une juridiction incompétente pour en connaître,
- les observations de Me Birolini, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,
- et les observations de M. D et de son épouse, Mme C E, présente à l'audience, qui s'en remettent aux écritures de Me Birolini.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D né le 23 septembre 1970 à Madrid (Espagne), de nationalité espagnole, résidant sur le territoire depuis 1974, a fait l'objet d'une interpellation le 7 mars 2024 par les policiers du commissariat de Châtenay-Malabry pour violences sur conjoint en état d'ivresse et a été placé en garde à vue. Au vu de ces éléments, le préfet des Hauts-de-Seine a pris à son encontre un arrêté du 8 mars 2024 le plaçant en rétention administrative et un arrêté du même jour, portant obligation à quitter sans délai le territoire, fixant le pays à destination duquel l'intéressé sera éloigné, prononçant à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de ces décisions.
Sur la décision du 8 mars 2024 plaçant M. D en rétention administrative :
2. Aux termes des dispositions de l'article L. 741-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision de placement en rétention peut la contester devant le juge des libertés et de la détention, dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa notification. Il est statué suivant la procédure prévue aux articles L. 743-3 à L. 743-18. " Aux termes des dispositions de l'article R. 741-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le juge des libertés et de la détention est saisi par l'étranger qui conteste la régularité de la décision de placement en rétention administrative par simple requête, dans les conditions prévues au chapitre III, avant l'expiration du délai mentionné à l'article L. 741-10. La requête est adressée par tout moyen au greffe du tribunal compétent en application de l'article R. 743-1. "
3. En application de ces dispositions, la contestation d'une mesure de placement en rétention ne peut être portée que devant le juge des libertés et de la détention. Par suite, les conclusions présentées à l'encontre de cette décision doivent être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :
4. Aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. () ". Le II de l'article R. 776-2 du code de justice administrative rappelle le délai de recours de 48 heures prévu par les dispositions précitées de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, aux termes de l'article R. 776-5 du même code : " () II. - Les délais de quarante-huit heures mentionnés aux articles R. 776-2 et R. 776-4 () ne sont susceptibles d'aucune prorogation ". Il résulte de ces dispositions que, pour être recevables, ces requêtes doivent être présentées au greffe du tribunal, pour y être enregistrées, dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification de l'arrêté comportant ces décisions. Ce délai de quarante-huit heures ne saurait recevoir aucune prorogation.
5. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 8 mars 2024, le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. D à quitter le territoire français et lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire. Cet arrêté, qui comporte la mention des voies et délais de recours, a été notifié au requérant par voie administrative le 8 mars 2024 à 14h45. Or, M. D a présenté sa requête tendant à l'annulation de la décision le plaçant en rétention administrative au greffe du Tribunal le 9 mars 2024 à 17h50, soit dans le délai de recours susmentionné de 48 heures. Il ressort également des pièces du dossier que M. D, par l'intermédiaire de la CIMADE a introduit un recours le 9 mars 2024, contre l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, devant le juge des libertés et de la détention. Dans ces circonstances, la requête de M. D, introduite le 9 mars 2024, au greffe du Tribunal, qui doit être regardée comme dirigée contre la décision portant obligation de quitter le territoire, est recevable et la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête ne peut être accueillie.
Sur la décision du 8 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire :
6. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
7. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que le préfet des Hauts-de-Seine a édicté à l'encontre de M. D, ressortissant espagnol, une obligation de quitter le territoire français en application des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en se fondant sur le comportement de l'intéressé, estimé de nature à menacer un intérêt fondamental de la société de manière actuelle, réelle et grave, dès lors que le requérant a fait l'objet d'une interpellation et a été placé en garde à vue pour des faits de violences commises par conjoint en état d'ivresse, survenus le 6 mars 2024. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les violences conjugales à l'origine de la garde à vue de l'intéressé, ont donné lieu à la mise en œuvre le 2 avril 2024, d'une mesure d'orientation sanitaire et sociale par le Procureur de la République de Nanterre. En outre, le requérant, entré sur le territoire à l'âge de quatre ans, est présent sur le territoire français depuis cinquante ans, est marié à une ressortissante française depuis plus vingt-cinq ans, a une fille, ressortissante française de 21 ans et travaille, en contrat à durée indéterminée, dans la même société, en qualité de responsable de paie, depuis plus de trente ans. Dans ces conditions, et alors que les faits de violences conjugales reprochés, ne suffisent pas à caractériser une menace grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, le préfet des Hauts-de-Seine, en obligeant le requérant à quitter le territoire français, a méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D est fondé à demander l'annulation de la décision du 8 mars 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français. Par voie de conséquence, il y a lieu d'annuler les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et lui faisant interdiction de circulation sur le territoire français.
En ce qui concerne les frais de l'instance :
9. Dans les circonstances particulières de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. D d'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision de placement en rétention administrative sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : L'arrêté du 8 mars 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a obligé
M. D à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an est annulé.
Article 3 : L'Etat versera à M. D la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 avril 2024.
La magistrate désignée,
N. Caro La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine ou à tout préfet territorialement compétent en ce qui le concerne, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2400333
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026