mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2403491 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre (J.U) |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 mars 2024, M. D A, représenté par Me Kwemo, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
2°) d'annuler les décisions en date du 12 mars 2024 par lesquelles le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé son pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de police, sur le fondement de l'article L.911-2 du code de justice administrative, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer, durant cet examen, une autorisation provisoire de séjour et de travail ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseilen application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont attachées d'incompétence ;
- elles insuffisamment motivées ;
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français qui elle-même illégale ;
- la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnaît les articles L. 612-2 et
L. 612-3 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français et sur une décision lui refuse un délai de départ qui sont elles-mêmes illégales ;
- la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article
L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mars 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du
18 juin 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Gauchard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure alors en vigueur prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient pas présentes, ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien né le 12 août 1987 à Bingerville (Côte d'Ivoire), demande l'annulation des décisions du 12 mars 2024, par lesquelles le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.
2. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Bobigny du 18 juin 2024. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
3. Par un arrêté n° 2023-01598 du 28 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris le même jour, le préfet de police a donné à Mme C B, adjointe au chef de la division des reconduites à la frontière, signataire des décisions contestées, délégation pour signer de telles décisions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.
4. Les décisions du 12 mars 2024 visent notamment le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fondement de la mesure d'éloignement litigieuse, l'article L. 612-2 du même code, fondement du refus d'octroi au requérant d'un délai de départ volontaire, les articles L. 612-6 et suivants du même code, fondements de l'interdiction de retour sur le territoire français, l'article L. 721-3 du même code, fondement de la fixation du pays de renvoi, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, les décisions attaquées sont suffisamment motivées en droit. La décision obligeant M. A à quitter le territoire français, qui ne doit pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à sa situation personnelle, précise, en fait, que la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été refusé par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides par décision du 31 octobre 2013, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 16 avril 2014. Elle précise que l'intéressé, s'il déclare vivre en concubinage, n'en justifie pas et indique que dans ces conditions, la mesure ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. La décision portant obligation de quitter le territoire français comporte ainsi l'énoncé des circonstances de fait qui la fonde. Il en va de même de la décision refusant d'octroyer un délai de départ volontaire à M. A, laquelle précise que l'intéressé a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français, qu'il s'est soustrait à l'exécution de deux précédentes mesures d'éloignement, et qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes dans la mesure où il ne peut présenter de documents d'identité ou de voyage en cours de validité et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale. S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi du requérant, elle précise, en fait, après avoir rappelé la nationalité de l'intéressé qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne des droits de l'homme en cas de retour dans son pays d'origine ou dans son pays de résidence habituelle où il est effectivement admissible. Cette décision comporte ainsi l'exposé des circonstances de fait qui la fonde. Il en va de même de la décision prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux mois, laquelle précise que l'intéressé allègue être entré sur le territoire en 2012 sans en apporter la preuve, qu'il ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France dès lors qu'il se déclare en concubinage sans en apporter la preuve, et qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement en date du 5 janvier 2017 prise par le préfet de la Seine-Saint-Denis à laquelle il s'est soustrait. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. M. A soutient qu'il vit en France depuis 2012 et que, dès lors, la mesure d'éloignement dont il fait l'objet entraîne des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle. Toutefois, et alors qu'il est constant qu'il s'est maintenu en France en dépit de deux précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre le 30 mai 2014 et le 5 janvier 2017, les pièces qu'il verse au dossier, insuffisamment probantes, ne justifient pas de son insertion sociale et professionnelle sur le territoire français. Par ailleurs, s'il ressort des pièces du dossier que M. A était convoqué le
13 août 2024 à la préfecture de Seine-Saint-Denis afin de déposer les pièces justificatives relatives à sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, cette circonstance est, en tout état de cause, postérieure à l'édiction des décisions litigieuses et le requérant , qui n'a pas produit de pièces postérieurement à cette date et n'était pas présent ni représenté lors de l'audience, ne justifie pas être titulaire d'un récépissé lui permettant de séjourner régulièrement en France durant l'examen de son dossier. Dans ces conditions, au regard des buts en vue desquels elle a été prise, la décision obligeant M. A à quitter le territoire français n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté. Il en va de même du moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elles emportent sur la situation personnelle du requérant.
7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision refusant de lui octroyer un délai de départ volontaire et de celle lui faisant interdiction de retourner en France.
8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article
L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles
L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et
L. 751-5. ".
9. Si M. A soutient que le risque de fuite n'est pas établi dès lors qu'il présente des garanties de représentation suffisantes, il ressort des termes, non contestés, de l'arrêté attaqué, qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement prise par le préfet de la Seine-Saint-Denis le 5 janvier 2017. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement prise par le préfet de police le 30 mai 2014. Ainsi, le préfet de police pouvait légalement considérer que le risque de fuite était caractérisé, sans méconnaitre les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision refusant de lui accorder un délai de départ au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen doit donc être écarté.
11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ".
12. M. A, qui ne justifie pas de circonstances humanitaires particulières en se bornant à faire valoir la durée, alléguée, de son séjour en France, n'est pas fondé à soutenir que la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit donc être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024
Le magistrat désigné,
L. Gauchard La greffière,
S. Jarrin
La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2403491
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026