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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2403867

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2403867

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2403867
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre (J.U)
Avocat requérantCASAGRANDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés respectivement les 21 mars et 29 mai 2024, M. B A, représenté par Me Casagrande, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ainsi que la décision du même jour par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois ;

3°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine d'examiner son droit au séjour sur le territoire français et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

4°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de procéder à l'effacement de son inscription au sein du système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil, sur le fondement combiné des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à défaut à verser au requérant en cas de non-admission à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant des moyens communs à l'ensemble des décisions :

- elles sont entachées d'incompétence ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît son droit à être entendu, garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du CESEDA tel que modifié par l'article 37 de la loi n°2024-42 du 26 janvier 2024 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elles est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il présente des garanties de représentation.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation.

La requête et le mémoire complémentaire ont été communiqués au préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Myara, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 mai 2024 :

- le rapport de M. Myara ;

- les observations de Me Casagrande, représentant M. A, présent.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1998, demande l'annulation de l'arrêté du 19 mars 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné ainsi que la décision du même jour par laquelle le préfet susmentionné a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de douze mois.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que : " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Aux termes de l'article 61 du décret susvisé du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence (). / L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle () sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Dans la présente affaire, eu égard à l'urgence, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français est le préfet de département et, à Paris, le préfet de police ".

5. Le préfet territorialement compétent pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français est celui qui constate l'irrégularité de la situation au regard du séjour de l'étranger concerné, que cette mesure soit liée à une décision refusant à ce dernier un titre de séjour ou son renouvellement, au refus de reconnaissance de la qualité de réfugié ou du bénéfice de la protection subsidiaire, ou encore au fait que l'étranger se trouve dans un autre des cas énumérés à l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Tel est, en toute hypothèse, le cas du préfet du département où se trouve le lieu de résidence ou de domiciliation de l'étranger. En outre, si l'irrégularité de sa situation a été constatée dans un autre département, le préfet de ce département est également compétent.

6. Le requérant soutient que le préfet des Hauts-de-Seine ne justifie pas de sa compétence territoriale pour édicter l'arrêté attaqué. Or, il ne ressort ni des mentions de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le requérant réside ou soit domicilié dans le département des Hauts-de-Seine ou que l'irrégularité de sa situation a été constatée dans ce département. Dans ces conditions, et notamment en l'absence du procès-verbal de son interpellation, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine, qui n'a pas produit de mémoire en défense, était compétent pour édicter l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence entachant la légalité de l'arrêté attaqué doit être accueilli.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision de l'arrêté du 19 mars 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions par lesquelles cette autorité lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

8. Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou à tout préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de M. A dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder à l'effacement de son inscription au sein du système d'information Schengen.

Sur les frais liés au litige :

9. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. En application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros à verser à Me Casagrande, conseil du requérant, sous réserve, d'une part, de l'admission définitive de ce dernier à l'aide juridictionnelle et, d'autre part, de la renonciation de son conseil à percevoir la part contributive de l'Etat. Dans le cas contraire, l'Etat versera directement au requérant la somme de 900 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M.A est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'arrêté du 19 mars 2024 du préfet des Hauts-de-Seine est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de

M. A dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera à Me Casagrande une somme de 900 euros sous réserve, d'une part, de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et, d'autre part, de la renonciation de son conseil à percevoir la part contributive de l'Etat. Dans le cas contraire, l'Etat versera directement au requérant la somme de 900 euros.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet des Hauts-de Seine et à Me Casagrande.

Copie en sera délivrée au préfet de la Seine-Saint-Denis

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

Le magistrat désigné,

A. Myara Le greffier,

L. Dionisi

La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine ou à tout préfet territorialement compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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