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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2404150

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2404150

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2404150
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantMEUROU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 mars et 14 mai 2024, M. D C, représenté par Me Meurou, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'oblige à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation administrative dans un délai de quinze jours à compter de la signification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente, sous astreinte de 150 euros par jours de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de mettre en œuvre sans délai la procédure d'effacement de son signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente, est insuffisamment motivée, est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, a été prise en méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et du principe de bonne administration, a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 6-5° de l'Accord Franco-Algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire a été signée par une autorité incompétente, est insuffisamment motivée et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, a été signée par une autorité incompétente, est insuffisamment motivée, et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 mai 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;

- l'accord franco-algérien du 28 décembre 1968 modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Baffray, vice-président, dans les fonctions de magistrat désigné chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baffray a été lu au cours de l'audience publique à l'issue de laquelle la clôture de l'instruction a été prononcée.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 26 mars 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis oblige M. C, né le 1er décembre 1982 à Alger, de nationalité algérienne, à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et prononce à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois. M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. A B, attaché d'administration de l'Etat, chef du pôle instruction et mise en œuvre des mesures d'éloignement de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, bénéficiant d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Saint-Denis en vertu d'un arrêté n° 2023-3625 du 27 novembre 2023, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture du 28 novembre 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

4. En second lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les considérations de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions qu'il comporte, lesquelles sont donc suffisamment motivées.

Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, M. C ne précise pas en quoi il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration des informations avant que ne soit pris l'arrêté attaqué et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, il n'apparaît pas qu'il ait été privé d'une garantie de procédure et le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu avant l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, la motivation de l'arrêté en cause, décrite au point 4, atteste d'un examen particulier de la situation de l'intéressé, qui n'est dès lors pas fondé à soutenir que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de celle-ci.

7. En troisième lieu, si M. C soutient que la décision attaquée méconnaitrait les stipulations du 5° de l'article 6 de l'Accord Franco-Algérien visé ci-dessus et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle, il n'apporte aucun élément permettant d'apprécier le bien-fondé de ces moyens, qui ne peuvent donc qu'être écartés.

Sur le moyen propre au refus d'accorder un délai de départ volontaire :

8. Il ressort de l'arrêté attaqué que la présence en France de l'intéressé, qui s'est par ailleurs déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement prononcée le 14 mai 2019 et qui ne présente pas de garanties suffisantes permettant de lui accorder un délai de départ volontaire, constitue un trouble à l'ordre public, ce qu'il ne dément pas sérieusement. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de renvoi :

9. En premier lieu, M. C n'étant pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est illégale, le moyen tiré de ce que la décision portant fixation du pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de son illégalité ne peut qu'être écarté.

10. En second lieu, M. C, qui se borne à soutenir qu'il serait exposé à des traitement inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, ne produit aucune pièce permettant d'apprécier le bien-fondé de ses allégations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

Sur les moyens propres à l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, M. C n'étant pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est illégale, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de son illégalité ne peut qu'être écarté.

12. En second lieu, M. C, qui n'apporte aucun élément sur sa situation personnelle au soutien de sa requête, il ne ressort nullement des pièces du dossier que l'interdiction de retour sur le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 février 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : M. C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Meurou et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le magistrat désigné,

J.-F. BaffrayLa greffière de l'audience,

M. E

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis et à tout autre préfet compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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