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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2404178

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2404178

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2404178
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantGUILMOTO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2402527 du 28 mars 2024, la première vice-présidente du tribunal administratif de Versailles a transmis au tribunal administratif de Montreuil la requête, enregistrée le 26 mars 2024, présentée par M. D E, représenté par Me Guilmoto.

Par cette requête, M. E demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 mars 2024 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou de réexaminer sa situation dans le délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente et est insuffisamment motivé ;

- la décision de refus de titre de séjour a été pris en méconnaissances des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de renvoi a été pris en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Baffray, vice-président, dans les fonctions de magistrat désigné chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baffray,

- les observations de Me Guilmoto pour le requérant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant sri lankais, né le 24 avril 1997 à Colombo, a déposé une demande d'asile le 26 août 2022, qui a été rejetée en dernier lieu par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 4 septembre 2023, notifiée le 29 septembre 2023. Par un arrêté du 7 mars 2024, dont il demande l'annulation, le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme B A, adjointe au chef de bureau de l'asile de la préfecture des Yvelines, bénéficiant d'une délégation de signature du préfet des Yvelines en vertu d'un arrêté n°78-2024-03-04-00007 du 4 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué vise notamment le 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et précise que M. E, célibataire et sans enfant, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 19 juillet 2022 et qu'il s'y maintient irrégulièrement depuis la notification du rejet de sa demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile le 29 septembre 2023. L'arrêté mentionne ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions qu'il comporte, lesquelles sont donc suffisamment motivées.

Sur les moyens propres au refus de titre de séjour :

4. M. E soutient qu'il est entré en France le 19 juillet 2022 afin de rejoindre ses deux parents et ses deux sœurs, tous titulaires de titres de séjour sur le territoire français, et qu'il travaille à plein temps selon un contrat à durée indéterminée, depuis le 23 octobre 2023, pour participer à l'entretien de sa famille. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a résidé dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 25 ans et a vécu seul au Sri Lanka pendant trois ans après le départ de sa famille en France. Dans ces conditions, son arrivée en France et son insertion professionnelle sur le territoire français, trop récentes, ne permettent pas de considérer que la décision du préfet de lui refuser de l'octroi d'un titre de séjour porterait une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou aurait été pris en violation des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En second lieu, il ressort des pièces du dossier et de ce qui a été dit au point précédent que l'insertion professionnelle de M. E demeurait, à la date d'édiction de l'arrêté litigieux, insuffisamment ancienne pour justifier, au regard également de l'ensemble de sa situation, une admission exceptionnelle au séjour au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions n'est donc, en tout état de cause, pas fondé.

Sur les moyens propres à l'obligation de quitter le territoire français :

6. M. E n'étant pas fondé à soutenir que le refus de sa demande de titre de séjour est illégal, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de son illégalité ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que le requérant n'est pas non plus fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Sur le moyen propre à la décision fixant le pays de renvoi :

8. M. E, qui se borne à soutenir qu'il serait exposé à des risques pour sa sécurité dans son pays d'origine en raison de son militantisme politique et de ses activités sociales en faveur de la cause tamoule, n'apporte aucun élément permettant d'établir qu'il serait exposé personnellement à des peines ou à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour au Sri Lanka. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. E n'est pas fondée et doit être rejetée en toutes ses conclusions.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au préfet des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

Le magistrat désigné,

J.-F. BaffrayLa greffière de l'audience,

M. C

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines et à tout autre préfet compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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