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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2404252

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2404252

jeudi 1 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2404252
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantGAGEY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a examiné la requête de M. C, ressortissant tunisien, contestant l'arrêté du préfet de l'Essonne du 27 mars 2024 refusant le renouvellement de son titre de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et d'une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a rejeté les moyens soulevés, notamment ceux tirés du défaut de motivation, du défaut d'examen sérieux, de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, et de la méconnaissance des articles L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. La solution retenue est le rejet de la requête, confirmant la légalité de la décision préfectorale fondée sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 29 mars, 14 avril, 15 avril et 4 juin 2024, M. B C, retenu au centre de rétention n° 3 du Mesnil-Amelot, représenté par Me Gagey, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2024 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé le renouvellement de son titre de séjour, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, au regard des dispositions du 1° de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a méconnu les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision de refus de délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle a méconnu les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation ;

- elle a méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par mémoire en défense enregistré le 10 juin 2024, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Par un jugement du 15 avril 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montreuil a rejeté les conclusions de la requête présentées à l'encontre des décisions du 27 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Par décision du 11 juin 2024, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à

M. C.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Delamarre a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, de nationalité tunisienne, né le 3 octobre 1986 à Tunis, est entré en France le 6 mai 2021 avec un visa de long séjour valable du 30 avril 2021 au 30 avril 2022. Il a sollicité, le 10 juin 2022, le renouvellement de son titre de séjour. Ainsi, il s'est vu délivrer des récépissés valables du 10 juin au 9 décembre 2022, puis du 3 janvier au 19 septembre 2023. Par un arrêté du 27 mars 2024, le préfet de l'Essonne a refusé le renouvellement de son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un jugement du 15 avril 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Montreuil a rejeté les conclusions de la requête présentées à l'encontre des décisions du 27 mars 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. La formation collégiale reste saisie des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour, des conclusions à fin d'injonction qui s'y rattachent et des conclusions relatives aux frais de l'instance.

2. En premier lieu, la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation de M. C.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui sollicite la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au motif qu'il est parent d'un enfant français doit justifier, outre de sa contribution effective à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, de celle de l'autre parent, de nationalité française, lorsque la filiation à l'égard de celui-ci a été établie par reconnaissance en application de l'article 316 du code civil. Le premier alinéa de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que cette condition de contribution de l'autre parent doit être regardée comme remplie dès lors qu'est rapportée la preuve de sa contribution effective ou qu'est produite une décision de justice relative à celle-ci.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C a eu, avec une ressortissante française, deux filles jumelles nées en Tunisie le 25 novembre 2018, dont il est constant qu'elles sont de nationalité française. Mais le requérant ne produit que quelques relevés bancaires et des fiches d'inscription scolaire. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir qu'en estimant qu'il ne rapportait pas la preuve de cette contribution, le préfet aurait entaché sa décision de refus de titre de séjour d'une erreur d'appréciation. Dès lors, la décision attaquée ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Il est constant que M. C réside en France depuis son entrée le 26 mai 2021. Il ressort des pièces du dossier que M. C a eu, avec une ressortissante française, deux filles jumelles nées en Tunisie le 25 novembre 2018, dont il est constant qu'elles sont de nationalité française. En se bornant à produire quelques relevés bancaires et des fiches d'inscription scolaire, le requérant ne justifie pas contribuer à leur entretien et à leur éducation. Par ailleurs, M. C a fait l'objet de signalements au fichier du traitement des antécédents judiciaires (TAJ), le 12 octobre 2021 pour des faits d'extorsion par violence et de violence avec usage ou menace d'une arme sans incapacité, puis les 21 septembre 2022, 11 décembre 2022, 6 mai 2023, 1er juillet 2023 et 27 juillet 2023, pour menaces de mort, violence sans incapacité et harcèlement sur une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié par un pacte civil de solidarité. M. C a été condamné le 30 octobre 2023 à une peine de sept mois d'emprisonnement assortie d'une interdiction de paraître dans certains lieux, d'entrer en relation notamment la victime de l'infraction pendant trois ans, et de détenir ou de porter une arme soumise à autorisation pendant trois ans, pour menace de mort réitérée commise sur personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. Dans ces conditions, eu égard à la nature, à la gravité et au caractère récent de l'ensemble de ces faits, son comportement doit être regardé comme représentant une menace pour l'ordre public, quand bien même des signalements n'ont pas l'objet de poursuites pénales. Enfin, l'intéressé ne justifie d'aucune intégration socio-professionnelle sur le sol français. Dès lors, eu égard à la durée et aux conditions de séjour de M. C en France, le préfet de l'Essonne n'a pas porté une atteinte excessive à son droit de mener une vie privée et familiale normale. Par suite, la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste quant à l'appréciation des conséquences sur la situation personnelle du requérant.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles () L. 423-7 () à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour, lorsqu'il envisage de refuser un titre mentionné à l'article L. 432-13, que du cas des étrangers qui remplissent effectivement l'ensemble des conditions de procédure et de fond auxquelles est subordonnée la délivrance d'un tel titre, et non de celui de tous les étrangers qui se prévalent des articles auxquels les dispositions de l'article L. 432-13, citées ci-dessus, renvoient.

10. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit au point 6 que le requérant ne remplissait pas les conditions d'une admission au séjour de plein droit sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C à l'encontre de la décision du préfet de l'Essonne lui refusant un titre de séjour doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Gagey et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 25 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Delamarre, présidente,

M. Israël, premier conseiller,

Mme Caldoncelli Vidal, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er août 2024.

La présidente-rapporteure,

Mme Delamarre

L'assesseur le plus ancien

M. IsraëlLa greffière,

Mme A

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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