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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2404374

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2404374

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2404374
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantCHARTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 29 mars 2024, le président du tribunal administratif de Paris a transmis, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la requête de M. C A.

Par cette requête et un mémoire, enregistrés les 6 janvier et 9 juin 2024, M. A, représenté par Me Chartier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les arrêtés du 5 janvier 2024 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de 24 mois ;

3°) d'enjoindre à toute autorité administrative compétente de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros HT à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle ou, dans le cas où sa demande d'aide juridictionnelle serait rejetée, de lui verser directement la même somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français, la décision de refus de délai de départ volontaire et la décision fixant le pays de destination ne sont pas motivées et sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent le principe général du droit d'être entendu ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procèdent d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision de refus de délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter sans délai le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen personnelle de sa situation ;

- elle méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 avril 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête au motif que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 10 juin 2024, après avoir présenté son rapport, le magistrat a entendu les observations de Me Chartier, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête et le mémoire, par les mêmes moyens.

M. A n'était pas présent.

Le préfet de police n'était ni présent ni représenté.

En application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, la clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 14 août 2000, demande l'annulation des arrêtés du 5 janvier 2024 par lesquels le préfet de police l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il serait éloigné et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pour une durée de 24 mois.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus :

3. L'arrêté attaqué comporte, pour chacune des décisions contestées, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour obliger le requérant à quitter le territoire français, lui refuser un délai de départ volontaire et fixer le pays à destination duquel il serait éloigné. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions doit dès lors être écarté.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation personnelle du requérant.

5. M. A a été entendu le 5 janvier 2024 par les services de police sur sa situation administrative, en particulier sur ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français. Il n'est ni établi ni même allégué que le requérant aurait été empêché de formuler à cette occasion les observations qu'il jugeait utiles. En tout état de cause, M. A, qui n'était pas présent à l'audience, ne fait pas état d'informations pertinentes qui, si elles avaient été portées à la connaissance de l'administration, auraient été de nature à influer sur le sens de l'arrêté contesté. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit donc être écarté.

6. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

7. Il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité de l'obligation qui est faite au requérant de quitter le territoire français, soulevée par celui-ci à l'encontre de la décision qui lui refuse l'octroi d'un délai de départ volontaire, ne peut qu'être écartée.

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ". M. A ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français ni n'a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Il ressort en outre des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, prise le 7 janvier 2023 par le préfet du Bas-Rhin et notifié le jour même par voie administrative, à l'exécution de laquelle il s'est soustrait. Enfin, le requérant ne justifie pas être en possession d'un document de voyage en cours de validité. Il entre dès lors dans les cas visés aux 1°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans lesquels le risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière. Si M. A, qui ne se prévaut d'aucune circonstance particulière, soutient que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était seulement fondé sur les autres motifs qui justifient légalement à eux seuls la décision de refus de délai de départ volontaire.

9. Il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité de l'obligation qui est faite au requérant de quitter sans délai le territoire français, soulevée par celui-ci à l'encontre de la décision qui lui interdit de retourner en France pendant 24 mois, ne peut qu'être écartée.

10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 précité. Le juge de l'excès de pouvoir exerce un contrôle normal sur les motifs de nature à justifier l'interdiction de retour, tant dans son principe que dans sa durée. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences d'une mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés à l'article L. 612-10 du même code, il lui incombe seulement de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

11. M. A, qui n'était pas présent à l'audience, ne fait état d'aucune circonstance humanitaire susceptible de faire obstacle à l'édiction de l'interdiction de retour litigieuse. Il ne justifie d'aucune insertion sociale sur le territoire français ni n'établit y avoir noué des liens personnels. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 8, il a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, et alors même que les faits de recel qui ont justifié son interpellation ne permettraient pas de faire regarder son comportement comme constituant une menace pour l'ordre public, le préfet de police, qui aurait pris la même décision s'il n'avait pas retenu ce motif, a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, interdire à l'intéressé de retourner sur le territoire français et fixer à 24 mois la durée de cette mesure.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation des arrêtés du 5 janvier 2024 doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Chartier et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.

Le magistrat désigné,

S. B

La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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