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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2404434

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2404434

jeudi 26 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2404434
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation11ème chambre
Avocat requérantHERDEIRO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a annulé le refus du préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer une carte de résident de dix ans à un ressortissant égyptien. Le juge a estimé que le préfet avait commis une erreur d'appréciation en considérant que les ressources du requérant étaient insuffisantes, alors que ses revenus déclarés sur les cinq dernières années étaient supérieurs au SMIC. La décision s'appuie sur les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et le préfet est enjoint de délivrer la carte dans un délai de deux mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 avril 2024 et 7 mars 2025, M. B... C..., représenté par Me Herdeiro demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d’annuler la décision du 18 mars 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer un certificat de résident de dix ans ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une carte de résident de dix ans ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme d’un euro au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 426-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et est entachée d’une erreur de fait et d’une erreur manifeste d’appréciation à ce titre.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 février 2025, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que le moyen soulevé par M. C... n’est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Jaur, première conseillère ;
- les observations de Me Herdeiro, représentant M. C..., présent ;
- le préfet de la Seine-Saint-Denis n’était ni présent ni représenté.


Considérant ce qui suit :

M. C..., ressortissant égyptien né le 1er décembre 1991 a sollicité le 5 mars 2024, la délivrance d’une carte de résident d’une durée de dix ans. Par une décision du 18 mars 2024, dont M. C... demande l’annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé de lui délivrer la carte de résident de dix ans demandée.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Aux termes de l’article L. 426-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger qui justifie d’une résidence régulière ininterrompue d’au moins cinq ans en France au titre d’une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d’une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d’une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l’article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d’une durée de dix ans. (…) / Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l’article L. 262-1 du code de l’action sociale et des familles ainsi qu’aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. / (…) ». Aux termes de l’annexe 10 au code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, l’étranger sollicitant la délivrance de la carte de résident prévu par ces dispositions doit notamment produire des justificatifs de ses ressources « qui doivent être suffisantes, stables et régulières sur les 5 dernières années ».

Pour refuser la délivrance d’un certificat de résidence d’une durée de dix ans sollicitée par M. C..., le préfet de la Seine-Saint-Denis s’est fondé sur l’alinéa 2 de l’article L. 426-17 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et plus particulièrement sur l’insuffisance de ressources suffisantes et stables sur la période de référence. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des avis d’imposition produits, que les revenus déclarés par l’intéressé au titre des années précédant sa demande s’élèvent respectivement à 15 600 euros en 2019, 18 500 euros en 2020, 22 044 euros en 2021, 24 800 euros en 2022 et 23 589 euros en 2023. Par suite, il perçoit une rémunération supérieure au salaire minimum de croissance. Dans ces conditions, en refusant de délivrer une carte de résident à M. C... au seul motif qu’il ne justifie pas de ressources suffisantes, le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché sa décision d’une erreur d’appréciation.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur l’autre moyens de la requête, que la décision attaquée doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d’injonction :

Eu égard au motif d’annulation retenu, l’annulation de l’arrêté du préfet de la Seine‑Saint-Denis du 18 mars 2024 implique nécessairement, sous réserve d’un changement dans les circonstances de droit ou de fait, que cette autorité, ou tout autre préfet territorialement compétent, délivre à M. C... une carte de résident dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État (préfet de la Seine-Saint-Denis) le versement à M. C... de la somme d’un euro au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D E C I D E :

Article 1er : L’arrêté du 18 mars 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre préfet territorialement compétent, sous réserve d’un changement dans les circonstances de droit ou de fait, de délivrer à M. C... une carte de résident dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L’État (préfet de la Seine-Saint-Denis) versera à M. C... la somme d’un euro au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2026, à laquelle siégeaient :

M. Israël, président,
Mme Jaur, première conseillère,
Mme Lamlih, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mars 2026.


La rapporteure,



Mme. Jaur
Le président,



M. IsraëlLa greffière,



Mme A...

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution du présent jugement.

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