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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2404442

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2404442

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2404442
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre (J.U)
Avocat requérantRAJKUMAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 2 avril 2024, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Montreuil le dossier de la requête, enregistrée le 17 janvier 2024, présentée par M. A B.

Par cette requête, M. B, représenté par Me Rajkumar, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 15 janvier 2024 par lesquels par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est considéré à tort en compétence liée pour lui refuser l'octroi du délai de départ de trente jours ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet ne s'est pas prononcé expressément sur chacun des critères de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2024, le préfet de police de Paris conclut au rejet de la requête présentée par M. B.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jimenez, vice-présidente, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 mai 2024 :

- le rapport de Mme Jimenez, magistrate désignée ;

- et les observations de Me Rajkumar, représentant M. B, présent à l'audience, qui maintient ses conclusions par les mêmes moyens.

Le préfet de police de Paris n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant sri-lankais né le 27 septembre 1986, est entré en France pour y solliciter l'asile. Il a déposé une demande en ce sens qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 8 septembre 2015, rejet confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 10 mars 2016. Il a par la suite déposé deux demandes de réexamen les 28 juin 2016 et 6 février 2017 qui ont été rejetées comme irrecevables par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides des 12 juillet 2016 et 11 février 2017, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile les 29 novembre 2016 et 12 mai 2017. Enfin, par des arrêtés du 15 janvier 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décision attaquées :

2. Les arrêtés du 15 janvier 2024 du préfet de police de Paris mentionnent de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et notamment citent la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionnent des éléments de la situation personnelle de M. B et indiquent que les décisions prises ne contreviennent pas aux stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, il ne ressort ni des termes de ces arrêtés, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de police de Paris n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. L'autorité préfectorale n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé ses décisions. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation des arrêtés en litige et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés comme manquant en fait.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

4. M. B ne justifie pas être entré régulièrement en France ni être titulaire d'un titre de séjour ; il entre ainsi dans le champ d'application de la disposition précitée du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. M. B fait valoir qu'il réside en France depuis 2015 et qu'il travaille. Toutefois, il ne produit à l'appui de sa requête aucune pièce justificative de son activité professionnelle. En outre, il ne justifie pas d'attaches familiales sur le territoire français. La seule durée de présence sur le territoire n'induit pas, par elle-même, qu'en prenant cette obligation de quitter le territoire, le préfet de police de Paris a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L.612-2 du code de justice administrative : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public; 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse; 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ".

7. Le préfet de police de Paris pouvait, sans faire une inexacte application de ces dispositions, refuser à M. B un délai de départ volontaire, dès lors que ce dernier a fait l'objet d'un arrêté portant obligation de quitter le territoire français du 14 juin 2017 du préfet d'Indre-et-Loire et qu'il ne s'y est pas conformé. Contrairement à ce qui est soutenu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet de police de Paris s'est abstenu d'exercer son pouvoir d'appréciation ou qu'il s'est estimé en situation de compétence liée pour refuser à l'intéressé un délai de départ volontaire. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité du pays de destination :

8. Le requérant soutient que la décision attaquée méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui énonce que " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ".

9. M. B, qui se borne à faire valoir qu'il est persécuté au Sri Lanka, ne peut être regardé comme apportant des éléments susceptibles d'établir qu'il existerait des motifs sérieux et avérés de croire qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il se trouverait personnellement exposé à un risque de traitements inhumains ou dégradants. Au demeurant, sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 8 septembre 2015, rejet confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 10 mars 2016. Il a par la suite déposé deux demandes de réexamen les 28 juin 2016 et 6 février 2017 qui ont été rejetées comme irrecevables par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides des 12 juillet 2016 et 11 février 2017, confirmées par la Cour nationale du droit d'asile les 29 novembre 2016 et 12 mai 2017. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces textes ne peut donc qu'être écarté.

En ce qui concerne la légalité de la décision portant interdiction de retour :

10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 dudit code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

11. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

12. Il ressort de la décision attaquée qu'après avoir rappelé que M. B a déclaré être entré en France en 2015, le préfet de police de Paris mentionne que l'intéressé est célibataire et sans charge de famille et que ses liens personnels et familiaux avec la France ne sont pas suffisamment forts et qu'il a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français du 14 juin 2017 à laquelle il n'a pas déféré. Eu égard à l'ensemble de ses circonstances, quand bien même l'intéressé ne présente pas une menace pour l'ordre public, le préfet de police de Paris a pu, sans commettre d'erreur de droit ni d'erreur d'appréciation, prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation des arrêtés du 15 janvier 2024 du préfet de police de Paris doivent être rejetées et par voie de conséquence ses conclusions relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

La magistrate désignée,

J. Jimenez Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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