jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2404571 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre (J.U) |
| Avocat requérant | LANTHEAUME |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 4 avril 2024, le président du tribunal administratif de Paris a transmis le dossier de la requête de M. B A au tribunal administratif de Montreuil.
Par cette requête et des pièces, enregistrées les 12 janvier et 3 octobre 2024, M. A, représenté par Me Silva Machado, demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 11 janvier 2024 par lesquels le préfet de police, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai de départ volontaire, et a fixé le pays de destination, d'autre part, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Il soutient que les décisions attaquées sont entachées d'incompétence, d'une insuffisance de motivation et d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés le 23 mai et 3 juin 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête et fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Toutain, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L. 776-1 et L. 776-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Toutain, magistrat désigné ;
- et les observations de Me Silva Machado, pour M. A, présent, qui persiste dans ses conclusions, par les mêmes moyens, et soutient, en outre, que les décisions attaquées méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'illégalité dès lors que le requérant justifie de son domicile, et que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation ;
- le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant égyptien né le 10 février 1998, demande l'annulation des arrêtés du 11 janvier 2024 par lesquels le préfet de police, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai de départ volontaire, et a fixé le pays de destination, et, d'autre part, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
2. En premier lieu, par un arrêté du 28 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet de police a donné à M. C D, attaché, délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, celles fixant le pays de destination, ainsi que les interdictions de retour sur le territoire, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi, ni même allégué, qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaqués doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les arrêtés attaqués, qui visent les textes dont il est fait application et exposent les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. En l'espèce, M. A soutient qu'il est entré en France en 2011 avec l'un de ses frères pour rejoindre leur père, et qu'il y réside habituellement depuis lors avec ses deux parents, ses deux frères et sa sœur née en France en 2014. Si le requérant justifie ainsi d'une présence ancienne sur le territoire national, dans le cadre de laquelle il a obtenu un titre de séjour valable jusqu'en 2018, ainsi que d'une scolarisation au collège à compter de 2012 puis au lycée à compter de 2014, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à l'exception de l'un de ses frères, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle, aucun des membres de la famille ne justifie d'une situation régulière sur le territoire français. Dans ces conditions, et alors que le requérant, âgé de 25 ans à la date des arrêtés attaqués, est célibataire, sans enfant et ne fait pas état d'autres liens personnels sur le territoire français, il n'est pas fondé à soutenir que ces arrêtés porteraient une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
6. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point précédent, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement sur la situation personnelle du requérant doit également être écarté.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes () ".
8. Si M. A soutient que la décision par laquelle le préfet de police lui a refusé un délai de départ volontaire est entachée d'illégalité dès lors qu'il justifie d'une résidence stable, il ressort toutefois des mentions de la décision attaquée que le préfet s'est fondé, en outre, sur la circonstance que l'intéressé s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement datée du 12 juin 2019 et sur la menace pour l'ordre public que constitue son comportement dans la mesure où il a fait l'objet, entre 2015 et 2016, de plusieurs signalements pour infractions sexuelles puis, le 9 janvier 2024, d'une interpellation pour non justification de son domicile alors qu'il est inscrit au fichier des auteurs d'infractions sexuelles. Ces éléments, qui ne sont pas contestés par le requérant, suffisent à justifier légalement la décision litigieuse. Par suite, le moyen doit être écarté.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
10. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.
11. Pour édicter une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans à l'encontre du requérant, le préfet de police s'est fondé sur la circonstance que M. A, célibataire et sans enfant, s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement datée du 12 juin 2019 et que son comportement présente une menace pour l'ordre public pour les motifs rappelés au point 8, dont la matérialité n'est pas contestée. Si le requérant soutient qu'il justifie d'une présence de près de douze ans et de liens personnels et familiaux en France, il est toutefois constant, comme rappelé au point 5, que l'essentiel des membres de famille de l'intéressé séjournent sur le territoire sans titre de séjour. Ainsi, et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, le préfet, en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour, ne peut être regardé comme ayant commis une erreur d'appréciation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions la requête présentée par M. A doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
E. Toutain La greffière,
S. Desplan
La République mande et ordonne au préfet de police, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026