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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2405085

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2405085

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2405085
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantGARCIA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2401858 du 2 avril 2024, le vice-président désigné par la présidente du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Montreuil le dossier de la requête présentée par Mme J B A, enregistrée le 8 février 2024 au greffe du tribunal administratif de Melun.

Par cette requête, Mme J B A, représentée par Me B, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 7 février 2024 par lesquelles le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé son pays de destination, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de prendre toute mesure propre à mettre fin à son signalement dans le système d'information Schengen dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre fin aux mesures de surveillance dont elle fait l'objet en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles méconnaissent le droit à être entendu, les droits de la défense et le caractère contradictoire de la procédure préalable à l'adoption d'une décision administrative ;

- son droit d'être entendu a été mis en œuvre de manière déloyale ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tirée de la violation des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'absence de menace actuelle à l'ordre public ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle méconnaît la directive 2008/115/CE du 17 décembre 2008 en ce qui concerne le risque de fuite ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français qui est elle-même illégale

- elle est insuffisamment motivée et méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale.

Par un mémoire enregistré le 13 mai 2024, le préfet de police conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gauchard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure, alors en vigueur, prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties, régulièrement convoquées, n'étaient pas présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante Colombienne, née le 22 avril 1999 à Tulua (Colombie), demande l'annulation des décisions du 7 février 2024 par lesquelles le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé son pays de destination, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

En ce qui concerne les moyens communs à toutes les décisions :

2. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Le paragraphe 2 de ce même article poursuit en indiquant : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que si ces stipulations ne s'adressent pas aux Etats membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union européenne et que le moyen tiré de leur méconnaissance par une autorité d'un Etat membre est ainsi inopérant, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Toutefois, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

3. Si Mme B A soutient que son droit d'être entendue a été méconnu, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal établi par les services de police le 7 février 2024, qu'elle a été auditionnée sur sa situation administrative et personnelle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

4. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les services préfectoraux auraient fait preuve de déloyauté dans la mise en œuvre du droit d'être entendue de Mme B A. Par suite, le moyen tiré ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Par un arrêté n° 2024-00102 du 26 janvier 2024 régulièrement publié le même jour, le préfet de police a donné à M. C D, attaché principal d'administration de l'Etat, signataire des décisions litigieuses, délégation pour signer lesdites décisions, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

6. L'arrêté attaqué vise notamment le 1°) de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fondement de la mesure d'éloignement litigieuse, ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit. Cette décision précise, en fait, que Mme B A ne peut justifier d'un titre de séjour, qu'elle est dépourvue de document de voyage, qu'elle ne peut justifier être entrée régulièrement sur le territoire français, et que la mesure d'éloignement ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale alors que l'intéressée déclare être célibataire sans enfant à charge en France La décision attaquée contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de police se serait abstenu de se livrer à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante.

8. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Mme B A soutient que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Elle soutient que tous les membres de sa famille bénéficient du statut de réfugié politique et séjournent à ce titre de manière régulière en France. Toutefois, la requérante se borne à verser au dossier les attestations de décision favorable sur une demande de renouvellement de titre de séjour et les titres de séjour portant la mention " bénéficiaire de la protection subsidiaire " délivrés à des personnes portant le même patronyme qu'elle ou un patronyme proche, en l'espèce, Mme H B A et à Mme E A G, ainsi que le passeport français de Mme I B A épouse F, sans justifier de l'existence de liens familiaux avec ces personnes. Dans ces conditions, Mme B A, qui ne conteste pas les termes de la décision litigieuse selon lesquels elle est célibataire sans charge de famille en France, n'est pas fondée à soutenir qu'au regard des buts en vue desquels elle a été prise, la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français aurait porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de la requérante. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Il en est de même du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

10. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté du 4 février 2024 que, pour refuser d'octroyer un délai de départ à Mme B A le préfet de police a notamment estimé qu'elle constitue par son comportement une menace pour l'ordre public, dès lors qu'elle a été interpellée pour des faits de violence sur un fonctionnaire de police nationale suivies d'ITT n'excédant pas 8 jours. Ainsi, le moyen tiré de ce que l'autorité préfectorale aurait entaché la décision qui fait obligation à la requérante de quitter le territoire français d'une erreur d'appréciation sur l'actualité de la menace à l'ordre public que constitue son comportement, est, en tant qu'il est soulevé à l'encontre de cette mesure d'éloignement, inopérant. Il doit, comme tel, être écarté.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme B A n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

12. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

13. Mme B A ne peut se prévaloir de la directive n° 2008/115/CE du

16 décembre 2008 dès lors qu'elle a fait l'objet d'une transposition en droit interne par la loi n° 2011-672 du 16 juin 2011. En tout état de cause, le préfet s'est fondé sur la circonstance qu'il existe un risque que Mme B A se soustraie à la mesure d'éloignement litigieuse dès lors que, ne pouvant présenter un documents d'identité ou de voyage en cours de validité et ne justifiant pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale, elle ne présente pas de garanties de représentation. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

14. Si Mme B A soutient que la décision litigieuse est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, elle n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Il doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

15. L'arrêté attaqué vise notamment les articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fondements de la décision prononçant à l'encontre de Mme B A une interdiction de retour sur le territoire français, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit. Cette décision précise, en fait, que Mme B A représente une menace pour l'ordre public dès lors que son comportement a été signalé par les services de police le 5 février 2024 pour violences sur un fonctionnaire de la police nationale suivies d'ITT n'excédant pas 8 jours. La décision litigieuse indique également que la requérante allègue être entrée sur le territoire en août 2011 et qu'elle ne peut se prévaloir de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France, dès lors qu'elle se déclare célibataire et sans enfant à charge. La décision attaquée contient ainsi l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

16. Pour les mêmes motifs que ceux invoqués au point 9, Mme B A n'est pas fondée à soutenir que la décision lui prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale.

17. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme J B A et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024

Le magistrat désigné,

L. Gauchard La greffière,

S. Jarrin

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2405085

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