mercredi 12 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2405090 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre (J.U) |
| Avocat requérant | CABINET CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 et 16 avril 2024, M. B A, représenté par Me Radhoini, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) et de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant à l'intéressé un délai de départ volontaire :
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
Sur la décision l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de deux années :
- elle est privée de base légale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Ghazi, première conseillère, dans les fonctions de magistrat désigné chargé du contentieux des mesures d'éloignement.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ghazi,
- les observations de Me Radhoini, représentant M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 12 avril 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé M. B A, de nationalité algérienne, à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux années. M. B A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant à l'intéressé un délai de départ volontaire :
2. En premier lieu, les décisions litigieuses comportent les considérations de droit et de fait qui les fondent. Elles sont, par suite, suffisamment motivées.
3. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis se serait abstenu d'examiner la situation personnelle de M. A.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, le moyen tiré de ce que M. A ne constituerait pas une menace pour l'ordre public est inopérant, cette circonstance ne constituant pas l'un des motifs de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
5. En second lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. Si M. A justifie de résider habituellement sur le territoire français depuis près de trois années à la date de la décision attaquée, il demeure qu'il ne justifie d'aucune attache stable et effective sur le territoire français. S'il se prévaut, à cet égard, de la présence de son épouse, de nationalité française, il n'établit pas l'existence d'une communauté de vie effective à la date de la décision attaquée par la seule production d'une attestation de celle-ci, non étayée et non accompagnée d'un justificatif d'identité, et alors que la décision attaquée mentionne que l'intéressé a été interpellé par les services de police pour des faits de violence sur une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire. Dès lors, M. A n'est pas fondé à soutenir que la présente décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision litigieuse est privée de base légale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement est infondé.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
9. Afin de refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. A, le présent de la Seine-Saint-Denis s'est fondé, d'une part, sur le fait que la présence de celui-ci en France constituait une menace pour l'ordre public et, d'autre part, sur le fait qu'il existait un risque que M. A se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement. D'une part, la seule circonstance que l'intéressé ait été interpellé par les services de police, quelle que soit la nature des faits en cause, ne suffit pas à caractériser une menace pour l'ordre public. Ce motif est donc erroné. D'autre part, afin d'estimer qu'il existait un risque que M. A se soustraie à la présente mesure d'éloignement, le préfet s'est fondé sur les circonstances que celui-ci est entré irrégulièrement en France et n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il ne justifie pas de garanties de représentation suffisantes. Toutefois, M. A établit avoir déposer une demande de titre de séjour le 22 février 2024, soit antérieurement à l'édiction du présent arrêté. Par ailleurs, celui-ci justifie suffisamment détenir une résidence effective et permanente. Toutefois, M. A n'établit pas détenir un document d'identité ou de voyage en cours de validité. Dans la mesure où le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur ce motif, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
10. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision litigieuse est privée de base légale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement est infondé.
Sur la décision l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de deux années :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision litigieuse est privée de base légale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement est infondé.
12. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 6 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation du 12 avril 2024. Les conclusions à fin d'annulation présentées, ainsi que celles relatives aux frais non compris dans les dépens, doivent donc être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Jugement rendu public par mise à disposition au greffe le 12 février 2025.
La magistrate désignée,
A. GhaziLa greffière de l'audience,
T. Mane
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis et à tout autre préfet compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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