lundi 6 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2405498 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Pôle Urgences (J.U) |
| Avocat requérant | PIERRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 avril 2024, et deux mémoires, enregistrés les 30 avril 2024 et 5 mai 2024, M. H B G C, actuellement retenu au centre de rétention administrative n°3 du Mesnil-Amelot (77990), représenté par Me Pierre, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2024 par lequel le préfet du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de circuler sur le territoire français pendant une durée de deux ans en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen pour la durée de l'interdiction de circulation ;
3°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de lui délivrer une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate, Me Pierre, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux et personnalisé de sa situation ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- il est entaché d'une erreur de droit ;
- il est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière, en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- il méconnaît l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière faute de respect du principe du contradictoire prévu aux articles L. 5 du code de justice administrative et 24 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec l'administration ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a inexactement apprécié l'existence d'une atteinte à un intérêt fondamental pour la nation dès lors que s'il a été interpellé pour des faits de violence sur conjoint, il s'agit d'un fait isolé, alors qu'il n'avait précédemment jamais fait l'objet de poursuites judiciaires depuis son arrivée en France en 2010 et qu'il n'a pas été encore jugé ni condamné, de sorte qu'il est présumé innocent ;
Sur les moyens propres à la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- elle méconnaît les dispositions du 1° du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le simple placement en garde à vue pour une infraction ne peut justifier une menace à l'ordre public de nature à justifier le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de ses décisions sur sa situation personnelle ;
Sur les moyens propres à la décision fixant le pays de renvoi ;
- le préfet n'a pas précisé le pays de renvoi dans sa décision ;
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur les moyens propres à la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est insuffisamment motivée dès lors que le préfet ne l'a pas justifiée au regard des critères mentionnés au III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;
La requête a été communiquée au préfet du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, le 29 avril 2024, des pièces au dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Lacaze, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 mai 2024 :
- le rapport de M. Lacaze,
- les observations orales de Me Gouira et Me Pierre, avocates, représentant M. B G C, qui concluent aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ; elles soutiennent en outre que la mesure portant obligation de quitter le territoire français n'est pas fondée dès lors que la seule circonstance qu'il a fait l'objet d'une garde à vue pour des faits de violences conjugales ne peut caractériser l'existence d'une menace pour un intérêt fondamental de la société française, alors qu'il n'avait jamais fait précédemment l'objet de poursuites judiciaires, que le procureur n'a pas décidé d'un déferrement en comparution immédiate mais l'a convoqué pour une audience au tribunal correctionnel en novembre 2024, ce qui démontre l'absence de danger immédiat que représenterait sa présence en France, et que son épouse est venue lui rendre visite au centre de rétention administrative ; le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle ; la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il séjourne et travaille régulièrement en France depuis 14 ans, ayant exercé un emploi en contrat à durée indéterminée puis des missions d'intérim, aucune autorisation de travail n'étant nécessaire dès lors qu'il est ressortissant d'un pays de l'Union européenne, qu'il loue un logement depuis 2013, et justifie d'une vie maritale avec son épouse avec laquelle il entretient une relation depuis 29 ans, dont 20 années de mariage, sa présence auprès de cette dernière étant indispensable dès lors qu'elle est malade et doit subir prochainement une opération et qu'il subvient à ses besoins, alors qu'il est isolé au Portugal, ses parents étant décédés et ses trois filles vivant au Cap-Vert ; que la décision portant interdiction de circulation méconnaît également les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès eu égard à ses attaches privées et familiales en France ;
- les observations orales de M. B G C, assisté de M. A, interprète en langue portugaise, qui confirme les moyens énoncés dans sa requête et ceux exposés oralement par son avocat, répond aux questions posées par le tribunal dans le cadre de l'instruction et déclare qu'il ne se souvient pas des faits reprochés compte tenu de son état d'ivresse, qu'il doit continuer à travailler pour subvenir aux besoins de sa famille et qu'il lui a été précisé en préfecture qu'il n'avait pas à solliciter de titre de séjour ou de travail pour exercer une activité professionnelle ;
- les observations orales de Me Kerkeny, avocat, représentant le préfet du Val-de-Marne qui conclut au rejet de la requête, soutient que les moyens invoqués par M. B G C ne sont pas fondés et fait valoir que les violences conjugales ayant donné lieu à l'interpellation de l'intéressé ont été perpétrées dans un contexte d'ivresse, ce qui constitue une circonstance aggravante, alors qu'il avait déjà commis des faits similaires en 2018, qu'il se trouve en situation irrégulière dès lors qu'il n'a pas sollicité d'autorisation de travail pour exercer son emploi ni n'a tenté de régulariser sa situation, ce qui justifiait qu'on lui refusât un délai de départ volontaire, et que le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas fondé dès lors qu'exception faite de son épouse, il n'a pas de famille en France, ses trois filles vivant toujours au Cap-Vert.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B G C, ressortissant portugais, né le 6 novembre 1972 à Praia (Cap-Vert) demande l'annulation de l'arrêté du 20 avril 2024 par lequel le préfet du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans.
Sur l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B G C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
3. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Or, par un arrêté n° 2023/00432 du 3 février 2023, régulièrement publié le même jour au recueil spécial des actes administratifs du département du Val-de-Marne, la préfète de ce département a donné délégation de signature à Mme E D, sous-préfète chargée de mission, secrétaire générale adjointe et signataire de l'arrêté contesté, aux fins de signer toutes décisions relevant de ses compétences départementales et des attributions de l'Etat dans l'arrondissement de Créteil, à l'exception de décisions au nombre desquelles ne figurent pas les décisions litigieuses. Si l'arrêté contesté vise également un premier arrêté n° 2022/02671 du 25 juillet 2022 portant délégation de signature au profit de Mme F et qui ne cite aucunement Mme D comme bénéficiaire d'une sous-délégation de Mme F en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, cette circonstance, qui relève d'une erreur de plume, ne fait pas obstacle à la compétence entière de Mme D au titre du second arrêté de délégation de signature du 3 février 2023. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, et d'une part, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". D'autre part, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français () ". En vertu de l'article L. 251-4 du même code : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".
5. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, ainsi que les articles L. 251-1 (2°), L. 251-3 et L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il décrit en outre la situation personnelle et familiale de M. B G C et mentionne avec suffisamment de précisions, les raisons pour lesquelles le préfet du Val-de-Marne a estimé que le comportement du requérant constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'arrêté attaqué indique également les raisons pour lesquelles M. B G C doit être obligé de quitter le territoire français sans délai et interdit de circuler sur le territoire français pour une durée de deux ans. Il comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et révèle que le préfet des Hauts-de-Seine a examiné la situation du requérant de manière approfondie. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté. Alors que le préfet n'est pas tenu de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de l'étranger auquel il fait obligation de quitter le territoire français, cet arrêté comporte ainsi l'ensemble des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et qui sont suffisamment développées pour mettre l'intéressé en mesure d'en discuter utilement les motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de ces décisions doit être écarté.
6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni de la motivation de l'arrêté attaqué, telle qu'elle a été exposée au point précédent, que le préfet ne se serait pas livré à un examen de la situation personnelle de M. B G C.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Aux termes de l'article 51 de la Charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union (). ".
8. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ni sur chacune des décisions qui l'assortissent dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Il ressort des pièces du dossier que M. B G C a été entendu à plusieurs reprises par les services de police tout au long des procédures dont il a fait l'objet et notamment lors de l'audition du 20 avril 2024 à 14h30 par les forces de police alors qu'il était encore placé en garde à vue. Il résulte du procès-verbal de cette audition, signé par lui sans réserve, que l'intéressé a été entendue sur sa situation familiale, les conditions de son entrée ainsi que sa situation administrative en France et les perspectives de son éloignement. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ni qu'il ait été empêché de s'exprimer avant que ne soit pris l'arrêté litigieux. Il n'est par ailleurs ni établi, ni même allégué, que M. B G C aurait disposé d'autres informations pertinentes à cet égard qui auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Dès lors, l'intéressé ne saurait être regardé comme ayant été privé du droit d'être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment énoncé au paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Par suite, le moyen doit être écarté.
9. En cinquième lieu, M. B G C soutient que l'arrêté en litige est entaché d'erreur de droit sans préciser les dispositions législatives ou réglementaires qui auraient été méconnues. Faute de précision permettant au juge d'apprécier la réalité et le bien-fondé du moyen ainsi invoqué, celui-ci ne peut qu'être écarté.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire, refus d'un délai de départ volontaire et interdiction de circulation sur le territoire français, qui n'ont pas pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel M. B G C pourra être éloigné d'office, lequel est déterminé par une décision distincte. En outre, le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir qu'il serait exposé à des risques de la nature de ceux qui sont prohibés par les stipulations citées ci-dessus, dans le cas où il retournerait dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :
12. En premier lieu, il résulte de l'ensemble des dispositions des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises les décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français, des décisions par lesquelles l'administration octroie ou refuse un délai de départ volontaire, fixe le pays à destination duquel il sera reconduit et lui interdit la circulation sur le territoire français. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code et prévoient notamment la mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable à leur édiction, ne peuvent être utilement invoquées par le requérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français. En outre, M. B G C ne peut davantage utilement invoquer l'article L. 5 du code de justice administrative, qui concerne la procédure juridictionnelle.
13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; / () ".
14. Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence d'un citoyen de l'Union européenne sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de la situation individuelle de l'intéressé, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
15. Pour faire obligation à M. B G C de quitter le territoire français, le préfet du Val-de-Marne s'est fondé sur le 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité au motif que l'intéressé a été interpellé pour des faits de violences conjugales en état d'ivresse, faits constitutifs, aux termes de l'arrêté attaqué, d'une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française.
16. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que l'intéressé a été interpellé le 19 avril 2024 puis placé en garde à vue pour ces faits de violences sur sa conjointe, lesquels ont conduit à une incapacité totale de travail de six jours pour la victime selon le certificat médical versé à la procédure par le préfet, les coups portés par M. B G C sur son épouse ayant entraîné une contusion de la face externe de l'extrémité supérieur du bras droit. Il résulte la procédure policière que des faits similaires de violences conjugales se seraient déjà produits au sein du ménage, Mme B G ayant fait état au cours de son audition d'un coup porté à son visage par son époux à l'aide d'une bouteille de vin pleine dans le cadre d'une dispute survenue en 2018, alors qu'il se trouvait déjà sous l'empire d'un état alcoolique. L'intéressée a précisé que son conjoint l'aurait séquestrée dans leur logement à l'issue de ces faits afin de l'empêcher de se rendre à l'hôpital. Ses déclarations sont corroborées par une photographie ainsi que le rapport du médecin de l'unité médico-judiciaire faisant apparaître que Mme B G présente une cicatrice de plaie au niveau de l'arcade sourcilière droite. Si le requérant se prévaut de la présence en France de sa compagne, cette dernière a fait part de son intention de porter plainte contre lui pour ces faits de violences conjugales et d'introduire une procédure de divorce. Par ailleurs, il est constant que le requérant n'est pas dépourvu d'attaches familiales hors de France et notamment au Cap-Vert, où résident ses trois enfants. Dans ces conditions, et alors même que le requérant n'est convoqué que le 22 novembre 2024 par le tribunal judiciaire de Créteil pour les faits nouveaux de violences conjugales, et en dépit des circonstances tirées de ce que l'intéressé résiderait en France depuis 2010 et qu'il serait inséré professionnellement, c'est à bon droit que le préfet a estimé, eu égard en particulier au caractère répété des agissements reprochés, qu'il résultait de l'ensemble de ces éléments que la présence de M. B G C constitue une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
17. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
18. M. B G C déclare être entré en France au cours de l'année 2010 et y demeurer de manière ininterrompue depuis lors. En admettant même que les pièces versées aux débats par le requérant, peu diversifiées et constituées essentiellement de fiches de paie attestant de l'exercice discontinu de missions d'intérim ainsi que d'avis d'imposition mentionnant une imposition nulle pour la période antérieure à 2020, sans mention des revenus éventuellement déclarés, permettent d'établir l'ancienneté et de la continuité alléguées de sa présence sur le territoire national, ces éléments sont insuffisants, à eux seuls pour démontrer qu'il y aurait fixé le centre de ses intérêts privés. En outre, il est constant que les trois filles de M. B G résident au Cap-Vert, où l'intéressé n'est donc pas isolé, et qu'il n'a aucune famille en France hormis son épouse, dont la régularité du séjour ne ressort pas des pièces du dossier ni n'est même alléguée. A cet égard, comme cela a été exposé précédemment, le requérant a été placé en garde à vue pour des faits de violences conjugales commises sur conjoint et sous l'empire d'un état alcoolique ayant entraîné une incapacité totale de travail de six jours, faits pour lesquels il est prochainement convoqué devant un tribunal. Si M. B G C justifie d'une insertion professionnelle notable en France, l'intéressé ayant essentiellement exercé des missions d'intérim depuis 2011 en qualité de coffreur-boiseur, cette circonstance ne permet pas de considérer qu'il aurait noué en France des liens à la fois suffisamment anciens, intenses et pérennes et doit être mise en perspective avec la menace à l'ordre public que constitue sa présence en France. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Val-de-Marne, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, il n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences que comporte son arrêté sur la situation de M. B G C.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
19. En premier lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ".
20. D'une part, la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. B G C, ressortissant de l'Union européenne, étant fondée sur les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le requérant ne peut se prévaloir utilement de la méconnaissance des dispositions du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, abrogées depuis le 1er mai 2021 et désormais reprises aux articles L. 612-2 et L. 612-3 du même code.
21. D'autre part, et en tout état de cause, il résulte de ce qui a été exposé précédemment que M. B G C a fait l'objet d'une interpellation pour violences conjugales et que son épouse a indiqué au cours de la procédure que l'intéressé s'était précédemment rendu coupable de faits similaires. Le requérant, interrogé à la barre, n'a pas sérieusement contesté les faits reprochés, faisant état d'une amnésie liée à sa consommation d'alcool. Eu égard à la gravité de cette infraction, à sa répétition et au risque de récidive de M. B G, les époux partageant le même logement, le préfet du Val-de-Marne a pu à bon droit estimer qu'il y a urgence à l'éloigner du territoire français et qu'il n'y avait en conséquence pas lieu de lui accorder un délai de départ volontaire. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.
22. En second lieu, il résulte notamment de ce qui a été précédemment exposé, notamment aux points 16 et 18, que le préfet n'a pas, compte tenu de la situation personnelle de l'intéressé, commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant d'accorder à M. B G C un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision fixant le pays de renvoi :
23. En premier lieu, l'arrêté en litige, qui fait état de la nationalité portugaise de M. B G C, mentionne que l'obligation de quitter le territoire français se fera " à destination du pays dont a la nationalité, ou dans tout pays où il est légalement admissible ". Le requérant n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que cette décision serait insuffisamment motivée et qu'elle ne préciserait pas le pays à destination duquel il pourra être reconduit.
24. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 16 et 18 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français pour une durée de deux ans :
25. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour et des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Aux termes de l'article L. 251-6 du même code : " Le sixième alinéa de l'article L. 251-1 et les articles L. 251-3, L. 251-7 et L. 261-1 sont applicables à l'interdiction de circulation sur le territoire français. ".
26. D'une part, dès lors que la décision portant interdiction de circuler sur le territoire français prise à l'encontre de M. B G C, ressortissant de l'Union européenne, est fondée sur les dispositions de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dispositions abrogées et notamment reprises, depuis le 1er mai 2021, aux articles L. 613-2 et L. 612-10 de ce code, est inopérant.
27. D'autre part, compte tenu de ce qui vient d'être dit sur la situation personnelle et familiale de M. B G C, ainsi que sur la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire français, le requérant n'est fondé à soutenir, ni que le préfet du Val-de-Marne a commis une erreur manifeste d'appréciation en lui interdisant de circuler sur le territoire français pour une durée deux ans, la durée maximale possible étant de trois ans, ni que cette mesure porterait une atteinte disproportionnée à son droit à la libre circulation en qualité de ressortissant communautaire ou plus globalement à sa situation personnelle.
28. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B G C à fin d'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans, ainsi que, par voie de conséquence, celles, y afférentes, à fin d'injonction et d'astreinte et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. B G C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B G C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H B G C et au préfet du Val-de-Marne.
Jugement rendu en audience publique, le 6 mai 2024.
Le magistrat désigné,
L. LacazeLa greffière,
C. Goossens
La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
N°2405498
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026