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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2405576

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2405576

lundi 14 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2405576
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre (JU)
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2403797 du 24 avril 2024, le président du tribunal administratif de Paris a renvoyé au tribunal administratif de Montreuil la requête de M. D.

Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 16 février et 14 mars 2024 au greffe du tribunal administratif de Paris et le 24 avril 2024 au greffe du tribunal administratif de Montreuil, M. A D, représenté par Me Ferchichi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2024 par lequel le préfet de police de Paris a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) ;

2°) d'enjoindre le préfet de police de Paris, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les articles L. 423-21, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 612-6 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Deniel, pour statuer sur les demandes présentées au titre de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Deniel qui a indiqué, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation de l'information du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, compte tenu de son absence de caractère décisoire en application de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant algérien né le 20 mai 1999 demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 février 2024 par lequel le préfet de police de Paris a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS).

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-01598 du 28 décembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris, le préfet de police a donné délégation à Mme C B, adjointe au chef de la division des reconduites à la frontière, pour signer la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte l'énoncé des dispositions légales dont il a été fait application ainsi que des circonstances de fait au vu desquelles elle a été prise et notamment, la situation personnelle, familiale et administrative du requérant. Contrairement à ce que soutient M. D, le préfet de police n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il entendait se prévaloir mais seulement des faits qu'il jugeait pertinents pour justifier le sens de sa décision. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé.

4. En troisième lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué et des autres pièces du dossier que le préfet s'est livré à un examen circonstancié de la situation du requérant avant l'édiction de la décision en litige.

5. En quatrième lieu, aucune disposition législative, ni règlementaire n'impose au préfet de consulter la commission du titre de séjour avant de prendre une décision d'interdiction de retourner sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté comme inopérant.

6. En quatrième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 423-21, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, soulevés à l'appui de conclusions tendant à l'annulation d'une interdiction de retourner sur

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour " aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Et aux termes de l'article L. 612-10 même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

8. M. D soutient qu'il est entré en France en 2003 à l'âge de quatre ans au bénéfice d'une procédure de regroupement familial, qu'il a été scolarisé de l'année scolaire 2003/2004 à l'année scolaire 2015/2016 durant laquelle il a suivi une préparation au certificat d'aptitude professionnelle en installation sanitaire, que ses parents et sa sœur résident régulièrement sur le territoire, qu'il s'est déjà vu délivrer des documents de circulation pour étranger lorsqu'il était mineur, le premier en date du 8 juillet 2009, valable jusqu'au 7 juillet 2014 et le second en date du 5 juin 2014 valable jusqu'au 10 mai 2017, qu'il réside de manière continue chez ses parents et qu'il ne possède aucune attache familiale en Algérie. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. D est célibataire et sans charge de famille. Il ne se prévaut d'aucune insertion sociale particulière, ni d'aucune perspective d'intégration professionnelle. Il ressort des pièces du dossier qu'il s'est soustrait à une obligation de quitter le territoire prise par le préfet du Val d'Oise le 7 décembre 2022. Par ailleurs, il est connu défavorablement des services de police pour avoir fait l'objet de vingt-six signalements pour " recel de bien provenant d'un vol et conduite d'un véhicule sans permis " le 24 décembre 2023, " transport et acquisition non autorisés de stupéfiants " le 21 septembre 2023, " vol en bande organisée " le 6 décembre 2022, " refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité et conduite d'un véhicule sans permis " le 13 juillet 2022, " recel de bien provenant d'un vol " les 2 juillet 2022, 6 mai 2021, 16 novembre 2020 et 30 septembre 2020, " vol aggravé par deux circonstances sans violence " le 27 juin 2022, " conduite d'un véhicule sans permis, usage illicite de stupéfiants et transport non autorisé de stupéfiants " le 6 avril 2022, " transport non autorisé de stupéfiants " le 14 mars 2021, " conduite d'un véhicule sans permis " le 28 novembre 2020, " recel de bien provenant d'un vol et découverte d'un véhicule volé soumis à immatriculation " le 5 septembre 2020, " vol en réunion sans violence " le 3 juin 2020, " conduite d'un véhicule sans permis " le 17 février 2020 et le 1er mai 2020, " rébellion et remise ou sortie irrégulière de correspondance d'une somme d'argent ou l'objet de détenu " les 5 février et 3 mars 2019, " vol aggravé par deux circonstances sans violence " le 4 janvier 2019 et le 20 octobre 2017, " vol en réunion sans violence " le 30 août 2018, " trafic et revente sans usage de stupéfiants " les 19 avril et 21 mai 2017, " violences volontaires en réunion " le 3 mars 2017 et " recels " le 10 décembre 2015. Il a en outre été interpellé le 15 février 2024 pour des faits de vol simple. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant justifie de telles circonstances qui aurait pu conduire l'autorité administrative à ne pas prononcer d'interdiction de retour sur le territoire français. Compte tenu de ce qui a été dit précédemment, et eu égard à la durée d'un an fixée par le préfet, la décision attaquée ne méconnaît pas les dispositions précitées et ne présente pas un caractère disproportionné.

9. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance " et " il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure, qui dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Compte tenu des éléments exposés au point 8 du présent jugement, et en l'absence d'éléments complémentaires, l'atteinte portée au droit de M. D à son droit au respect de sa vie privée et familiale par la décision en litige n'est pas disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par suite être écarté.

11. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la recevabilité des conclusions dirigées contre le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

12. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (CE) n° 1987/2006 du Parlement européen et du Conseil du 20 décembre 2006 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) () ".

13. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'elle prend à l'égard d'un étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation du signalement aux fins de non admission de l'intéressé dans le système d'information Schengen sont irrecevables et doivent être rejetées.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par

M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 octobre 2024 .

La magistrate désignée,

C. Déniel

Le greffier,

T. Népost

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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