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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2405660

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2405660

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2405660
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantGAGEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 avril et 12 juin 2024, M. A C, représenté par Me Gagey, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 avril 2024 par lequel le préfet de police l'oblige à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est menacé par des opposants politiques dans son pays d'origine et qu'il lui est donc impossible d'y retourner, qu'il réside en France depuis plus de trois ans, qu'il est intégré professionnellement et socialement dans la société et qu'il a, à ce titre, effectué une demande d'admission exceptionnelle au séjour pour vie privée et familiale ;

- les décisions pourtant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination sont insuffisamment motivées, ont été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu, sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de ces décisions sur sa situation personnelle et ont été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence la décision portant obligation de quitter le territoire français et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence la décision portant obligation de quitter le territoire français et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 juin 2024, le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête comme non fondée.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Baffray, vice-président, dans les fonctions de magistrat désigné chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baffray,

- les observations de Me Gagey pour le requérant.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 23 avril 2024, le préfet de police oblige M. A C, né le 10 mai 1976 à Sylhet, de nationalité bangladaise, à quitter le territoire français sans délai et fixe le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Par un second arrêté du même jour, le préfet de police a également prononcé son interdiction de retourner sur le territoire français pendant vinqt-quatre mois. M. A C doit reardé comme demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Le premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose que " dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Au cas particulier, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A C au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, les arrêtés attaqués visent notamment le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, pour le premier, précise que M. A C est dépourvu de document de voyage et ne peut justifier d'une entrée régulière sur le territoire français, qu'il a été interpellé par les services de polices le 22 avril 2024 pour vente à la sauvette, qu'il n'a jamais sollicité la délivrance d'un titre de séjour, et que s'il déclare être marié avec trois enfants non à charge, il n'en apporte pas la preuve, pour le second, qu'il a fait l'objet d'un obligation de quitter le territoire français prise le même jour, qu'il représente une menace pour l'ordre public en raison de son interpellation pour vente à la sauvette, déclare être entré en France le 1er juin 2021 et qu'il ne démontre pas avoir les liens familiaux intense sur le territoire français et notamment être marié et avoir la charge de trois enfants en France. Les arrêtés attaqués mentionnent ainsi les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'ils comportent, lesquelles sont donc suffisamment motivées.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, que M. A C aurait tenté en vain de porter à la connaissance de l'administration des éléments pertinents relatifs à sa situation, ni, au regard notamment de son audition du 22 avril 2024, qu'il aurait été empêché de s'exprimer avant que ne soit prise la mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu préalablement à toute mesure défavorable, en tant que principe fondamental de l'Union européenne, doit être écarté.

5. En troisième lieu, si M. A C soutient qu'il encourt des risques en cas de retour au Bangladesh, notamment eu égard aux accusations de meurtres dont il a fait l'objet, il ne produit aucune pièce permettant d'établir qu'il serait personnellement exposé à des peines ou à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés, de même que celui tiré d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions contestées sur sa situation personnelle en raison des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine.

6. En quatrième lieu, les décisions attaquées retiennent non seulement que le comportement de M. A C constitue une menace pour l'ordre public, mais aussi que le risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation de quitter le territoire prononcé à son encontre est caractérisé dès lors qu'il s'est maintenu sur le territoire français sans jamais avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour. A ce dernier titre, la circonstance que le requérant disposait d'une attestation de demandeur d'asile valable jusqu'au 1er août 2021 ne saurait s'apparenter à une demande de titre de séjour au sens des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. La situation personnelle et familiale de M. A C, qui n'établit pas disposer de liens personnels et familiaux particulièrement intenses et stables en France, ne peut être regardée comme répondant à des circonstances humanitaires, au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire de deux ans, le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A C aux fins d'annulation ne sont pas fondées et doivent être rejetées, de même, par conséquent, que celles présentées par son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : M. A C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Gagey et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juin 2024.

Le magistrat désigné,

J.-F. BaffrayLa greffière de l'audience,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de police et à tout autre préfet compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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