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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2405718

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2405718

mercredi 24 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2405718
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantJACQUEZ DUBOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 avril 2024, complétée par un mémoire enregistré le 13 mai 2024, la société Free Mobile, représentée par Me Martin, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du 22 janvier 2024 par laquelle le maire de la commune de Montfermeil s'est opposé à sa déclaration préalable en vue de l'implantation d'une station relais de téléphonie mobile sur le toit d'un bâtiment situé au 231, avenue Gabriel Péri ;

2°) d'enjoindre à la commune de Montfermeil, à titre principal, de lui délivrer une décision de non opposition dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, que sa demande soit réexaminée dans le même délai ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Montfermeil la somme de 5 000 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la condition d'urgence :

- la décision attaquée a des conséquences directes sur l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire de la commune par le réseau de téléphonie mobile ;

- elle porte atteinte aux engagements de couverture de la société, qui doivent s'entendre comme ceux assurés par les seules stations-relais lui appartenant, auxquels elle a souscrit dans le cadre des cahiers des charges au titre du déploiement des réseaux de téléphonie mobile pour la 4G, la 5G et le THD ;

- la carte de couverture montre que la partie du territoire sur laquelle la station relais doit être implantée n'est pas couverte par son réseau ;

Sur les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- la décision attaquée est illégale, en tant qu'elle est entachée d'une application erronée des dispositions des articles UD10, UD 11.1.1 et UD 11.6.3 du règlement de son plan local d'urbanisme, en estimant que la hauteur totale du bâtiment, comportant les trois antennes, est de 16,60 mètres et dépasse la hauteur maximale autorisée dans cette zone ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à l'impact du projet sur le caractère des lieux avoisinants et le paysage urbain, qui ne présente aucun intérêt particulier.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mai 2024, la commune de Montfermeil, représentée par Me Jacquez Dubois, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de

2 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que la société Free Mobile ne démontre pas la carence en matière de couverture par les réseaux de téléphonie mobile du territoire de la commune concernée ;

- aucun des moyens soulevés n'est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée.

Vu :

- la décision dont il est demandé la suspension ;

- la requête, enregistrée sous le n° 2403871, par laquelle la société Free Mobile demande l'annulation de la décision du 22 janvier 2024 ;

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des postes et des communications électroniques ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Tukov, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 mai 2024, tenue en présence de Mme Le Ber, greffière d'audience :

- le rapport de M. Tukov ;

- les observations de Me Candelier, substituant Me Martin, représentant la société Free Mobile, qui persiste dans ses écritures et précise, en ce qui concerne l'urgence, que les cartes qu'elle produit montrent la subsistance de zones non couvertes à Montfermeil et que l'objectif qui lui est assigné implique la couverture totale de toutes les parties peuplées du territoire national ;

- les observations de Me Jacquez Dubois, représentant la commune de Montfermeil, qui reprend ses écritures et précise en ce qui concerne l'urgence que celle-ci n'est pas présumée et qu'en l'espèce la société Free mobile ne démontre ni l'absence d'atteinte de ses objectifs nationaux ni la nécessité de son antenne pour parfaire le taux de couverture alors que les cartes publiquement accessibles ne montrent aucune zone blanche à Montfermeil.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La société Free Mobile a déposé, le 28 décembre 2023, une déclaration préalable portant sur l'installation d'une station relais de téléphonie mobile sur le toit d'un bâtiment situé au 231, avenue Gabriel Péri, sur le territoire de la commune de Montfermeil. Par un arrêté du 22 janvier 2024, le maire de la commune de Montfermeil s'est opposé à cette déclaration préalable. Par la présente requête, la société Free Mobile demande la suspension de l'exécution de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

3. Il résulte de ces dispositions que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Il résulte de l'instruction que la société Free Mobile a reçu, le 8 décembre 2015, pour utiliser des fréquences afin d'exploiter des réseaux radioélectriques de quatrième génération et à très haut débit puis, le 17 novembre 2020, pour utiliser des fréquences afin d'exploiter un réseau de cinquième génération, des autorisations subordonnées au respect d'un cahier des charges comprenant notamment l'obligation d'établir un réseau respectant un niveau de couverture y défini. Il en résulte en outre que l'implantation d'une antenne relais dans le territoire de la commune de Montfermeil participe à la réalisation de ces objectifs de couverture qui ne sont pas encore atteints. Il résulte par ailleurs de l'instruction, notamment des cartes de couverture produites par la société requérante, plus précises sur ce point que celles dont se prévaut la commune de Montfermeil, que le territoire de la commune n'est que partiellement couvert par le réseau de téléphonie mobile de la société requérante et que les antennes projetées augmenteraient cette couverture. Dans ces conditions, eu égard à l'intérêt public qui s'attache à la couverture du territoire national par le réseau de téléphonie mobile comme à l'intérêt propre de la société qui a pris des engagements à ce titre envers l'État dans son cahier des charges et à l'objet même des travaux projetés, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie.

5. L'article UD 10.3.1 du règlement du PLU de Montfermeil, prévoit que la hauteur maximale des constructions ne peut excéder 12 m à l'acrotère ou 14 mètres au faîtage. L'article UD 10.1.2 du règlement du PLU énonce que " La hauteur des constructions est mesurée à partir du sol naturel avant aménagement jusqu'au point de référence le plus élevé du bâtiment (égout, faîtage), les ouvrages techniques, Cheminées et autres superstructures de faible emprise étant exclus ". Aux termes de l'article UD 10.4, " Ne sont pas soumis à ces règles de hauteur : • Les équipements collectifs d'infrastructure et de superstructure lorsque leurs caractéristiques techniques l'imposent ". Par ailleurs, l'article UD 10.1.1 énonce que " La hauteur des constructions est définie : - soit comme une hauteur totale, ou au faîtage, - soit par référence à l'égout du toit, - soit en nombre de niveaux, Ces différentes variables pouvant être utilisées conjointement ", et l'article10.1.2 que " La hauteur des constructions est mesurée à partir du sol naturel avant aménagement jusqu'au point de référence le plus élevé du bâtiment (égout, faîtage), les ouvrages techniques, cheminées et autres superstructures de faible emprise étant exclus ", l'article 10.3.1que " En zone UD : La hauteur maximale des constructions ne peut excéder 4 niveaux (R+3 soit 12 mètres à l'acrotère* ou R+2+combles sous toiture à pente soit 9m l'égout du toit et 14 mètres au faîtage) ", et l'article UD 10.4 que " - EXEMPTIONS Ne sont pas soumis à ces règles de hauteur : - les équipements collectifs d'infrastructure et de superstructure lorsque leurs caractéristiques techniques l'imposent, - l'aménagement et l'extension mesurée* dans le cadre d'une réhabilitation d'un bâtiment existant, d'une hauteur supérieure à celle autorisée. Dans le ce cas, la hauteur des extensions est limitée à celle du bâtiment existant ".

6. Pour s'opposer à la déclaration préalable déposée par la société Free Mobile, la commune de Montfermeil s'est fondée, en premier lieu, sur la circonstance que la hauteur totale du bâtiment, comportant les trois antennes, est de 16,60 mètres et dépasse la hauteur maximale autorisée dans cette zone, et en second lieu, sur la circonstance que le projet porte atteinte au caractère des lieux avoisinants et au paysage urbain.

7. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de l'application erronée des dispositions des articles UD10, UD 11.1.1 et UD 11.6.3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Montfermeil, et de l'erreur d'appréciation quant à l'atteinte au caractère des lieux avoisinants et au paysage urbain, sont de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.

8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés par la société Free mobile n'apparaît propre, en l'état de l'instruction, à faire naître un doute sérieux sur la légalité de la décision.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la société Free Mobile est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision du 22 janvier 2024 par laquelle le maire de la commune de Montfermeil s'est opposée à sa déclaration préalable en vue de l'implantation d'une station relais de téléphonie mobile sur le toit d'un bâtiment situé au 231, avenue Gabriel Péri.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. L'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement que la commune de Montfermeil réexamine la demande de la société Free Mobile dans un délai qu'il y a lieu de fixer à un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de la commune de Montfermeil une somme de 1 100 euros à verser à la société requérante au titre des frais exposés dans la présente instance. Ces dispositions font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de la société, qui n'est pas partie perdante, une somme au titre des frais exposés par la commune.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 22 janvier 2024 par laquelle le maire de la commune de Montfermeil s'est opposée à sa déclaration préalable en vue de l'implantation d'une station relais de téléphonie mobile sur le toit d'un bâtiment situé au 231, avenue Gabriel Péri, est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Montfermeil de réexaminer la déclaration préalable de la société Free mobile dans un délai d'un mois.

Article 3 : La commune de Montfermeil versera à la société Free Mobile une somme de 1 100 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Free Mobile et à la commune de Montfermeil.

Fait à Montreuil, le 24 juillet 2024.

Le juge des référés,

C. Tukov

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2405718

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