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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2406085

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2406085

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2406085
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantPIERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 mai 2024, M. A D, représenté par Me Weinberg, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 avril 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de son éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Il soutient que :

L'arrêté attaqué :

- est entaché d'incompétence ;

- est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen ;

- méconnaît le principe du contradictoire garanti à l'article 41-2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- est entaché d'une erreur de droit ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée à la préfète de Val-de-Marne qui n'a pas produit d'observation en défense.

La présidente du tribunal a désigné Mme Nour, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nour,

- les observations de Me Weinberg, représentant le requérant, assisté de M. E, interprète en langue ourdou, qui développe à l'audience de nouveaux moyens, tirés de ce que l'arrêté attaqué est illégal dès lors qu'il n'a pu se présenter à l'entretien avec l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) préalablement à l'édiction de la décision rejetant sa demande d'asile et qu'il n'a pu faire valoir devant l'OFPRA son état de santé, ainsi que de nouvelles conclusions, tendant à ce qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

- et les observations de Me El Assad, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui oppose à l'audience la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant de nationalité pakistanaise né en 1993, demande l'annulation de l'arrêté du 22 avril 2024 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de son éloignement et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

2. Par un arrêté du 25 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, la préfète du Val-de-Marne a donné délégation à M. C, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, pour signer, notamment, les décisions contestées. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'obligation de quitter le territoire français doit en conséquence être écarté.

3. L'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation du requérant, mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est ainsi suffisamment motivé. En outre, il ne ressort d'aucune autre pièce du dossier que la préfète n'aurait pas sérieusement examiné la situation du requérant. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et d'examen doivent être écartés.

4. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".

5. Le droit d'être entendu relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union européenne et implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

6. En l'espèce, il ne ressort d'aucune pièce du dossier et n'est pas même soutenu que M. D aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit prises les décisions en litige. La circonstance, à la supposer établie, que M. D aurait été empêché de présenter ses observations devant l'OFPRA, préalablement à l'édiction de la décision statuant sur sa demande d'asile, est sans incidence. Dans ces conditions, M. D n'est pas fondé à soutenir qu'il a été privé du droit d'être entendu garanti par l'article 41-2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

7. M. D ne peut utilement invoquer l'illégalité de la décision de l'OFPRA faute d'avoir été en mesure de se présenter à l'entretien préalable à l'édiction de la décision statuant sur sa demande d'asile et d'avoir notamment porté à la connaissance de l'OFPRA les éléments concernant son état de santé, dès lors qu'une telle décision peut seulement faire l'objet d'un recours devant la CNDA. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de la décision de l'OFPRA, inopérant, doit être écarté.

8. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit () ".

9. M. D soutient que la préfète du Val-de-Marne n'a pas procédé à la vérification de son droit au séjour avant d'édicter l'obligation de quitter le territoire en litige. Toutefois, il ressort des termes non contestés de la décision attaquée que l'autorité préfectorale a relevé que M. D présentait un comportement constitutif d'une menace pour l'ordre public, qu'il était célibataire, sans charge de famille et qu'il ne disposait pas en France de liens personnels ou familiaux anciens, intenses et stables. Dès lors, la préfète du Val-de-Marne doit être regardée comme ayant vérifié le droit au séjour de M. D avant d'édicter la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit au regard de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / (). ".

11. Eu égard au motifs exposés au point 9, la préfète du Val-de-Marne, en prenant l'arrêté attaqué, n'a pas porté au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a pris cet arrêté et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. M. D ne démontre pas, par les pièces qu'il produit, la réalité de la menace émanant de sa belle-famille dont il ferait l'objet au Pakistan ni qu'il ne pourrait bénéficier d'une prise en charge médicale appropriée à son état de santé dans ce pays. Dans ces conditions, il n'établit pas être exposé à des risques graves pour sa vie ou à un traitement dégradant en cas de retour au Pakistan. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D, sans qu'il soit besoin de statuer sur sa recevabilité, doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I DE :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la préfète du Val-de-Marne.

Jugement rendu en audience publique, le 15 mai 2024.

La magistrate désignée,

C. Nour La greffière,

M. B

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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