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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2406097

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2406097

mercredi 13 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2406097
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre (J.U)
Avocat requérantNAMIGOHAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 6 mai 2024 et le 23 octobre 2024, M. B A représenté par Me Namigohar, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français ;

3°) d'enjoindre au préfet de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement du requérant dans le système d'information Schengen, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

4°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation administrative dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente, sous une astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

-L'intégralité des pièces ayant permis au préfet de prendre l'ensemble des décisions contestées doivent être communiquées par cette autorité en application de l'alinéa 3 du III de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la recevabilité :

-la requête n'est pas tardive dès lors que la notification de la décision attaquée est irrégulière.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

-elle est fondée sur une décision de refus de titre de séjour elle-même illégale ;

-elle est entachée d'incompétence ;

-elle est entachée d'un défaut de motivation et d'absence d'examen réel et sérieux ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle méconnait les stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

-elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

-elle est entachée d'incompétence ;

-elle est entachée d'un défaut de motivation ;

-le risque de fuite n'est pas établi en méconnaissance de l'alinéa 2 du II de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

-elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

-elle est entachée d'incompétence ;

-elle méconnaît l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

-elle est illégale par exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

-elle est entachée d'incompétence ;

-elle est entachée d'un défaut de motivation suffisante ;

-elle est entaché d'un vice de procédure privant l'intéressé d'une garantie ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de la Seine-Saint-Denis, dans un mémoire enregistré le 22 octobre 2024, conclut au rejet de la requête en ce qu'elle serait irrecevable.

Vu :

-l'arrêté attaqué ;

-les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

-le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code des relations entre le public et l'administration ;

-le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné Mme Renault, première conseillère, dans les fonctions de magistrate désignée, chargée du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Mme Renault a lu son rapport au cours de l'audience publique du 25 octobre 2024.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en 1987 à Tizi Ouzou (Algérie), entré sur le territoire en 2016 selon ses allégations, demande l'annulation de l'arrêté du 6 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pendant une durée de vingt-quatre mois sur le territoire français.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Seine-Saint-Denis :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure ". Aux termes de la première phrase du II de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification par voie administrative d'une obligation de quitter sans délai le territoire français fait courir un délai de quarante-huit heures pour contester cette obligation et les décisions relatives au séjour, à la suppression du délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément ".

3. Il ressort des pièces du dossier qu'un arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 11 octobre 2023, portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et interdisant à l'intéressé le retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois, a été notifié à M. A le 12 octobre 2023 à 00h10 par voie administrative, et que ce dernier a introduit sa requête le 6 mai 2024. Si le requérant soutient qu'il n'a pas été mis en mesure de comprendre la mesure de cette décision administrative qu'il a néanmoins signée, et d'exercer ses droits, il ne produit aucun élément de nature justifier ses allégations. Dans ces conditions, dès lors que l'intéressé n'a pas contesté la légalité de cet arrêté dans le délai de recours contentieux de quarante-huit heures mentionnées au point 2, alors que les voies et délais de recours étaient mentionnées en annexe à l'arrêté en cause, la requête doit être regardée comme irrecevable en raison de sa tardiveté.

4. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, sans qu'il y ait lieu, compte tenu du motif de rejet de ces conclusions, d'admettre provisoirement l'intéressé au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions présentées par le requérant :

5. Dès lors que les conclusions à fin d'annulation du requérant sont rejetées, les conclusions de la requête à fin d'injonction doivent, par voie de conséquence, être rejetées. Doivent également être rejetées les conclusions formées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Namigohar et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2024.

La magistrate désignée,

Th. Renault

La greffière,

E. KangouLa République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, ou à tout autre autorité territorialement compétente en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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