jeudi 27 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2406651 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre (J.U) |
| Avocat requérant | DUBOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n°2406949 du 16 mai 2024, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal administratif de Montreuil le dossier de la requête de M. F B, enregistrée le 13 mai 2024.
Par cette requête et un mémoire, enregistré le 6 février 2025, M. E B, représenté par Me Dubois, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;
- cette mesure d'éloignement a été prise sans que sa situation ait été effectivement examinée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'incompétence de son auteur ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire ;
En ce qui concerne la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est illégale dès lors qu'il n'a jamais troublé l'ordre public, qu'il ne s'est jamais soustrait à une mesure d'éloignement et qu'il justifie de sa vie privée et familiale et sa vie professionnelle en France ;
En ce qui concerne la mesure de signalement dans le système d'information Schengen pour la durée d'interdiction de retour :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 février 2025, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique,
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative, alors en vigueur.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 12 février 2025 à 14h00, en présence de Mme Boudekak-Bouanani, greffière d'audience :
- le rapport de M. D ;
- et les observations de Me Dubois, représentant M. E B.
Le préfet des Hauts-de-Seine n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Connaissance prise de la note en délibéré, enregistrée le 13 février 2025, présentée pour M. E B.
Considérant ce qui suit :
1. M. E B, ressortissant cap-verdien né le 1er juin 1988 à Santiago (Cap Vert), a fait l'objet d'un arrêté du 11 janvier 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler ces décisions.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. E B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Par un arrêté du 4 décembre 2023 n°2023-078, régulièrement publié au recueil des actes administratifs des Hauts-de-Seine le 19 décembre suivant, le préfet des Hauts-de-Seine a donné délégation à Mme A G, attachée, adjointe au chef de bureau des examens spécialisés et de l'éloignement, signataire de l'arrêté contesté, pour signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français assorties ou non d'un délai de départ volontaire et les décisions d'interdiction de retour sur le territoire français, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il n'est pas établi qu'elles n'auraient pas été absentes ou empêchées. Il suit de là que le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.
5. La décision qui fait interdiction à M. E B de retourner sur le territoire français vise notamment les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement desquels elle a été prise ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit. Cette décision, qui ne doit pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de M. E B, précise, en fait, que l'intéressé, qui indique être entré sur le territoire français il y a cinq ans muni d'un visa court séjour à destination du Portugal, se maintient depuis cette date sur le territoire et ce malgré l'expiration de la durée de séjour autorisée par son visa. Elle précise que l'intéressé qui se déclare célibataire, avec trois enfants à charge, à l'entretien et à l'éducation desquels il ne justifie pas pourvoir, n'allègue pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Enfin, elle relève que l'intéressé, qui ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière, ne fait pas non plus état de fortes attaches personnelles sur le territoire, de telle sorte que la mesure d'interdiction de retour sur le territoire porterait une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et à sa vie familiale. La décision litigieuse comporte ainsi l'énoncé des circonstances de fait en considération desquelles elle a été prise. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision portant interdiction de retour doit être écarté.
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Hauts-de-Seine se serait abstenu de se livrer à un examen particulier de la situation personnelle du requérant avant d'édicter à son encontre une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'articles 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
8. M. E B, qui serait entré sur le territoire français dans le courant de l'année 2019, se borne à produire un contrat de travail à durée déterminée, en date du 22 juillet 2019 et au terme incertain, une promesse d'embauche datée du 29 février 2024, postérieure à la date d'édiction de l'arrêté contesté et établie pour les besoins de la présente l'instance, deux avis d'imposition, dont le premier, établi en 2023, est relatif aux revenus de l'année 2021, et le second, établi en 2024, concerne les revenus de l'année 2023, d'ailleurs nuls, et deux attestations émanant de sa mère et de sa sœur. En se bornant à produire de telles pièces le requérant ne justifie dès lors pas résider habituellement en France depuis une quelconque durée ni d'une insertion par le travail. Par ailleurs, aux termes de sa requête introductive d'instance, enregistrée le 13 mai 2024, M. E B fait valoir la présence de sa mère et de sa sœur sur le territoire français, sans mentionner celle d'enfants ou d'une épouse. Entendu le 11 janvier 2024 au commissariat de Colombes, le requérant se présente alors comme " célibataire " et père de trois enfants, âgés de 13, 7 et 7 ans, tous à charge. Enfin, en dernier lieu, dans son mémoire complémentaire, enregistré le 6 février 2025, M. E B déclare résider sur le territoire français accompagné par ses trois enfants et son épouse de nationalité portugaise. En tout état de cause, il ne produit dans la présente instance aucune pièce permettant d'établir l'identité de son épouse, ni d'attester de la présence de cette dernière sur le territoire français ; de même il ne produit aucune pièce d'identité de ses enfants ou de document démontrant un lien de filiation entre tel ou tel enfant et lui. Au demeurant, dans les deux avis d'imposition susmentionnés M. E B se déclare comme célibataire, sans enfant à charge. Enfin, l'attestation établie par la mère du requérant se borne à indiquer qu'il " prend en charge ses besoins " et qu'il s'occupe d'elle quotidiennement sans en apporter la preuve, alors que, comme il a été dit plus avant, le requérant ne justifie pas de ressources professionnelles. Dans ces circonstances, les déclarations contradictoires du requérant quant à sa vie privée et familiale en France et les pièces peu nombreuses et lacunaires qu'il produit ne permettent pas de déterminer la durée depuis laquelle il réside en France ni d'apprécier la réalité ou l'intensité, de ses attaches personnelles et familiales et de son insertion professionnelle, alléguées. Il suit de là qu'au regard des buts en vue desquels elle a été prise, la mesure d'éloignement litigieuse n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. E B. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté. Il en va de même du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation.
9. Il résulte de ce qui précède que l'exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français soulevée par le requérant au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision qui lui refuse un délai de départ doit être écartée.
10. Aux termes de l'articles L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
11. En vertu de l'arrêté en litige, M. E B fait l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire sans délai de départ volontaire. Comme le dispose l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans cette situation, l'autorité administrative est tenue d'assortir la décision portant obligation de quitter le territoire d'une interdiction de retour sur le territoire français, sous réserve que la personne concernée ne justifie pas de circonstances humanitaires particulières, ce qui n'est pas le cas en l'espèce, d'une durée qui ne peut excéder cinq ans. Selon l'article L. 612-10, l'autorité administrative tient compte de différents critères pour fixer la durée de l'interdiction au retour tels que, notamment, la durée de présence sur le territoire français ainsi que la nature et l'ancienneté des liens avec la France, dont le requérant, comme cela a été dit au point 6, n'a pas démontré la réalité, ni l'intensité. Ainsi, la mesure prise par le préfet d'interdiction de retour pour une durée d'un an n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
12. Il résulte de ce qui précède que M. E B n'est, en tout état de cause, pas fondé à exciper de l'illégalité de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de son signalement dans le système d'information Schengen, lequel, au demeurant, ne constitue pas une décision faisant grief.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. E B doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions aux fins d'injonction et de celles présentées au titre des frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. E B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E B est rejeté.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.
Le magistrat désigné,
L. D La greffière,
Y. Boudekak-Bouanani
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2406651
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026