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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2406848

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2406848

mercredi 29 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2406848
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantBENHAMOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 18 mai 2024, le vice-président du tribunal administratif de Melun a renvoyé le dossier de la requête de M. B au tribunal administratif de Montreuil en application des dispositions de l'article R. 351-3 du code de justice administrative.

Par une requête sommaire et un mémoire complémentaire, enregistrés les 5 et 17 mai 2024, M. A B, représenté par Me Benhamou, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mai 2024 par lequel le préfet du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre audit préfet de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;

4°) et de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'ensemble de ses attaches se situent sur le territoire français ;

Sur la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'erreur de fait ;

Sur la décision l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de trois années :

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale.

Un mémoire en production de pièces a été enregistré le 28 mai 2024 pour le compte du préfet du Val-de-Marne.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968,

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Ghazi, première conseillère, dans les fonctions de magistrat désigné chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ghazi,

- les observations de Me Benhamou, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,

- les observations de M. B,

- et les observations de Me Jacquar, représentant le préfet du Val-de-Marne, qui sollicite, à titre subsidiaire, une substitution de motifs s'agissant de l'obligation de quitter le territoire français : celle-ci pourrait être fondée sur la circonstance que l'intéressé s'est maintenu sur le territoire français de manière irrégulière sans solliciter la délivrance d'un titre de séjour. La décision portant refus de délai de départ volontaire pourrait, quant à elle, être fondée sur le risque de fuite. Pour le surplus, il est soutenu que les moyens soulevés ne sont pas fondés et il est conclu au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 3 mai 2024, le préfet du Val-de-Marne a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le sol français pour une durée de trois années. Par la présente requête, M. B sollicite l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, les décisions litigieuses comportent les considérations de fait et de droit qui les fondent. Elles sont, par suite, suffisamment motivées.

3. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que les décisions contestées méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est trop imprécis pour en apprécier le bien-fondé.

4. En troisième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. En l'espèce, il est constant que l'intéressé réside habituellement sur le territoire français depuis le 23 septembre 2006, soit depuis l'âge de trois ans. Par un jugement du 14 mars 2008, l'autorité parentale le concernant a été confiée à sa grand-mère. Par ailleurs, M. B a été scolarisé sur le territoire français de l'année 2006 à l'année 2021 et sa sœur est titulaire de la nationalité française. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que M. B ne justifie d'aucune insertion, tant sociale que professionnelle, sur le sol français et a fait l'objet de deux condamnations pénales récentes pour des faits de vol en 2021 et 2023. Enfin, s'il allègue être dépourvu de toute attache en Algérie, il n'établit notamment pas ne plus entretenir de liens avec ses parents. A cet égard, au cours d'une audition le 27 novembre 2023 au centre pénitentiaire de Fresnes, celui-ci a mentionné que ses parents, ses deux frères et ses sœurs résidaient en Algérie et, dans la rubrique " famille en France " : " personne ". Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la présente décision porte une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il ne ressort ni de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet du Val-de-Marne se serait abstenu de procéder à un examen particulier de sa situation personnelle. Le moyen manque donc en fait.

7. En second lieu, si M. B soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'ensemble de ses attaches se situent sur le territoire français, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 5 du présent jugement, le moyen est infondé.

Sur la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. Si M. B soutient que la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'erreur de fait, le moyen est trop imprécis pour en apprécier le bien-fondé.

Sur la décision l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de trois années :

9. M. B soutient que la décision l'interdisant de retour sur le territoire français pour une durée de trois années porte une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 5 du présent jugement, ce moyen doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du 3 mai 2024. Les conclusions à fin d'annulation présentées par le requérant ainsi que, par voie de conséquence, celles relatives à l'injonction et aux frais non compris dans les dépens doivent être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-de-Marne.

Jugement rendu en audience publique le 29 mai 2024.

La magistrate désignée,

A. Ghazi

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2406848

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