mercredi 5 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2406935 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Pôle Urgences (J.U) |
| Avocat requérant | GAGEY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 mai 2024 et 4 juin 2024, M. E C, représenté par Me Gagey, demande au tribunal :
1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a refusé son admission au séjour au titre de l'asile et a décidé son maintien en rétention administrative ;
3°) d'enjoindre à l'autorité administrative de lui délivrer une attestation de demande d'asile sur le fondement de l'article L 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sous astreinte, jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile et de lui attribuer les droits prévus par la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ce dernier renonçant à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que l'arrêté attaqué :
- est entaché d'une incompétence de son signataire ;
- n'est pas motivé ;
- est intervenu sans examen sérieux de sa situation et en méconnaissance du droit à une procédure contradictoire et du droit d'être entendu ;
- est entaché d'erreur d'appréciation de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article L. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Charageat, premier conseiller, pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article L. 777-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Charageat,
- les observations de Me Gagey, représentant M. C assisté de M. D, interprète en langue arabe, qui soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut de motivation, que le préfet n'a pas correctement examiné la situation du requérant, la date de l'arrêté attaqué étant d'ailleurs antérieure à celle de l'enregistrement de la demande d'asile, ni pris en considération les circonstances nouvelles qui ont pu survenir après l'écoulement du délai de cinq jours suivant le placement en rétention et que le requérant serait exposé à des risques en cas de retour dans son pays d'origine, compte tenu du conflit qui l'oppose à son père et à ses frères ;
- les observations de M. C,
- et les observations de Me Khan, représentant le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui soutient que la demande d'asile est sans fondement, dès lors que le requérant, qui est entré en France en 2022 n'a présenté aucune demande d'asile avant d'être placé en rétention, qu'il a d'ailleurs déclaré lors de son audition qu'il était entré en France pour travailler et qu'il n'apporte aucun élément pour établir qu'il serait exposé aux risques qu'il invoque.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant algérien né le 19 juin 1997 à Alger, a été placé en rétention administrative en vue de l'exécution d'une décision portant obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre par le préfet du Val-d'Oise le 25 juin 2023. Postérieurement à ce placement en rétention, il a présenté une demande d'asile. Estimant que cette demande d'asile avait pour seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement du territoire français dont M. C faisait l'objet, le préfet de la Seine-Saint-Denis a maintenu l'intéressé en rétention, par un arrêté du 24 mai 2024. M. C demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 relatif à l'aide juridique : " L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 80 du même décret : " () l'avocat ou l'officier public ou ministériel commis d'office, désigné d'office, ou désigné sur demande du prévenu ou de la victime est valablement désigné au titre de l'aide juridictionnelle () si la personne pour le compte de laquelle il intervient remplit les conditions d'éligibilité à l'aide. ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-0859 du 22 mars 2024, publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation à M. A B, chef du pôle instruction et mise en œuvre des mesures d'éloignement, signataire de l'arrêté attaqué, pour signer notamment la décision contenue dans cet arrêté en cas d'absence ou d'empêchement des agents le précédant dans l'ordre des délégataires. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige, qui manque en fait, doit être écarté.
4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment les articles L. 754-1 à L. 754-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expose avec une précision suffisante les motifs pour lesquels la mesure en litige a été prononcée, en mentionnant notamment que le requérant a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 25 juin 2023 et que sa demande d'asile présentée après son placement en rétention doit être regardée comme ayant été introduite en vue de faire échec à cette mesure d'éloignement. Par suite, la décision attaquée qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement est suffisamment motivée. Le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit donc être écarté.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation du requérant. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile présentée par M. C a été transmise par le préfet à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 24 mai 2024. Dans ces conditions, la circonstance que le procès-verbal de dépôt d'une demande d'asile par le requérant comporte la date du 25 mai 2024 n'est pas de nature à établir que l'arrêté attaqué aurait été pris avant que cette demande ait été effectivement présentée aux services préfectoraux.
6. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".
7. Si l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne concerne non les États membres, mais uniquement les institutions, les organes et les organismes de l'Union, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union européenne. Toutefois, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. En l'espèce, le requérant se prévaut de la méconnaissance du droit d'être entendu en se bornant à faire valoir que la décision du préfet aurait été différente s'il avait pris connaissance de sa situation et de ses craintes en cas de retour, en invoquant à cet égard de manière vague un conflit qui l'opposerait à son père et à ses frères. Il n'apporte ainsi aucun élément permettant d'établir qu'il aurait disposé d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que cette décision ne soit prise et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à y faire obstacle. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu ainsi que du droit à une procédure contradictoire et, en tout état de cause, de l'article 41 de la charte précitée, doit être écarté.
8. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui déterminent les conditions de délivrance au demandeur d'asile des informations relatives à la procédure de demande d'asile ainsi qu'aux droits et obligations de l'intéressé ne peut être utilement soulevé à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus d'admission au séjour et de maintien en rétention en litige. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été informé le 22 mars 2024, lors de son placement en rétention, de ses droits en matière d'asile conformément à l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 754-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La demande d'asile d'un étranger placé ou maintenu en rétention n'est pas recevable si elle est formulée plus de cinq jours après qu'il s'est vu notifier ses droits en matière d'asile dans les conditions prévues à l'article L. 744-6. Toutefois, cette irrecevabilité n'est pas opposable à l'étranger qui invoque, au soutien de sa demande, des faits survenus après l'expiration de ce délai. () ". Aux termes de l'article L. 754-3 du même code : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () ".
10. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de son interpellation par les services de police pour des faits de violences conjugales, M. C a déclaré, lors de son audition du 22 mars 2024, être entré en France au cours de l'année 2022 dans le but de travailler, sans faire état d'une demande d'asile ni de risques qu'il encourrait en cas de retour en Algérie. Ainsi, sa demande d'asile en date du 24 mai 2024 a été présentée environ deux ans après son entrée sur le territoire national et plus de deux mois après son placement en rétention administrative alors qu'en outre il ne pouvait ignorer qu'il devait retourner dans ce pays compte tenu de la décision portant obligation de quitter le territoire français en date du 25 juin 2023 dont il faisait l'objet. Le requérant n'apporte aucun élément sérieux de nature à justifier qu'il ait attendu un tel délai pour présenter sa demande d'asile. Enfin, s'il soutient que le préfet a omis de prendre en compte les faits nouveaux qui ont pu survenir après l'expiration du délai de cinq jours suivant son placement en rétention, il n'apporte aucun élément permettant d'en établir l'existence. Au regard de ces circonstances, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu estimer, sans commettre d'erreur d'appréciation, que la demande d'asile de M. C a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement du 25 juin 2023. Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas eu pour effet de méconnaître les dispositions de l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoit que le droit du demandeur d'asile de se maintenir sur le territoire français prend fin notamment dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris une décision d'irrecevabilité dans les conditions prévues à l'article L. 753-5. Pour les mêmes motifs la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que doivent être rejetées les conclusions à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Lu en audience publique le 5 juin 2024.
Le magistrat désigné,
D. Charageat
La greffière,
C. Le Ber
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026