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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2407023

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2407023

mercredi 13 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2407023
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre (J.U)
Avocat requérantMAGDELAINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 26 mai 2024 et le 21 octobre 2024, M. A C, représenté par Me Magdelaine, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire sans délai et lui a interdit de retourner sur le territoire pour une durée de deux ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer à ce titre un récépissé de titre de séjour, sous une astreinte de 150 euros par jour de retard, au titre des dispositions de l'article

L. 911-3 du code de justice administrative ;

4°) d'enjoindre au préfet de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système informatique Schengen effectué en application de la décision portant interdiction de retour sur le territoire national compte tenu de l'annulation de cette décision ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, au bénéfice de son conseil, sous réserve que l'aide juridictionnelle soit accordée au requérant et que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et, dans l'hypothèse où l'aide juridictionnelle ne lui serait pas accordée, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, au bénéfice du requérant.

Il soutient que :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen ;

- elle sont entachées d'une méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne en ce qu'elles méconnaissent le droit du requérant d'être entendu ;

- elles sont entachées d'une erreur de fait et d'une erreur de droit ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-6 et de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

Le préfet de la Seine-Saint-Denis, dans un mémoire enregistré le 22 octobre 2024, conclut au rejet de la requête.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- Le rapport de Mme D,

- Les observations de Me Jean représentant M. C ;

- Les observations de M. C assisté de M. B, interprète.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant malien né le 5 mai 1996, demande l'annulation de l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions :

3. En premier lieu, les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elles sont, en conséquence, suffisamment motivées.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, et notamment pas de l'arrêté attaqué, que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. C. Dès lors, le moyen tiré d'un tel manque d'examen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas par elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union relatif au respect des droits de la défense imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été auditionné par les services de police le 24 mai 2024, ayant ainsi été mis à même de formuler ses observations et de porter à la connaissance de l'administration, avant que ne soit prise la décision contestée, l'ensemble des informations pertinentes relatives à sa situation personnelle. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance du principe fondamental du droit d'être entendu tel qu'il est énoncé au 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

7. En quatrième lieu si M. C soutient que les décisions sont entachées d'une erreur de droit, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en appréciation le bien fondé.

8. En cinquième lieu, si M. C entend faire valoir que les décisions sont entachées d'une erreur de fait en ce qu'il ne comprend pas les faits d'exhibitionnisme qui lui sont reprochés, il ressort des pièces du dossier produites par le requérant lui-même qu'il a été convoqué le 11 juin 2024 pour une composition pénale parce qu'il est impliqué dans une affaire d'exhibition sexuelle. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit donc être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Si le requérant soutient qu'il est inséré professionnellement et socialement, il ressort des pièces du dossier qu'il est entré en France en 2018 et qu'il ne justifie d'aucun revenu professionnel pour les années 2018 à 2022. De même, s'il se prévaut d'un contrat de travail à durée indéterminé conclu en mai 2022, il n'apporte aucun élément de nature à établit qu'il a sollicité une régularisation. M. C qui ne conteste pas s'être maintenu irrégulièrement depuis la décision du 11 février 2020 par laquelle la Cour nationale du droit d'asile a rejeté sa demande est célibataire et sans charge de famille et ne justifie pas d'une insertion sociale particulière. Dans ces circonstances, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 1° ; Le comportement de l'étranger constitue une menace à l'ordre public 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

12. Si le requérant soutient qu'il ne peut être regardé comme présentant un risque de se soustraire à l'obligation de quitter le territoire, il ressort des pièces du dossier qu'il est dépourvu de document de voyage en cours de validité, qu'il n'a pas déclaré de lieu de résidence effective ou permanente, qu'il a fait l'objet d'une composition pénale et qu'il a déclaré vouloir rester en France. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

14. En premier lieu, l'arrêté litigieux relève que l'ensemble de la situation du requérant a été examiné pour fixer la durée de l'interdiction de retour et que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français de vingt-quatre mois ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au regard de sa vie privée et familiale dès lors qu'il ne justifie pas de l'ancienneté de liens personnels et familiaux en France et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le moyen tiré de de la méconnaissance des dispositions des article L. 612-6 et l'article L. 612-10 doit être écarté.

15. En second lieu, en fixant la durée de cette interdiction de retour sur le territoire français à un an, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation eu égard à des considérations exposées au point précédent.

16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête aux fins d'annulation, ainsi que par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et celles présentées au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Magdelaine, et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2024

La magistrate désignée, La greffière,

A-L. D E. KANGOU

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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