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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2407107

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2407107

mercredi 5 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2407107
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantTHOMINETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 mai 2024 et 4 juin 2024, M. A B, représenté par Me Thominette, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a assigné à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ce dernier renonçant à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- il n'a pas bénéficié du droit d'être entendu avant l'édiction de l'arrêté en litige ;

- le préfet ne justifie pas de l'existence de perspectives raisonnables d'éloignement ;

- les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ont été méconnus ;

- il ne peut être éloigné tant que la Cour nationale du droit d'asile n'a pas statué sur sa demande d'asile.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Charageat, premier conseiller, pour statuer sur les litiges mentionnés aux articles L. 776-1 et L. 776-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Charageat,

- les observations de Me Thominette, représentant M. B, qui soutient que le principe du contradictoire a été méconnu, le préfet n'ayant produit aucun procès-verbal d'audition qui ferait apparaître que le requérant a été informé qu'il ferait l'objet d'une mesure d'éloignement, qu'il n'existe aucune perspective d'éloignement, compte tenu de la crise humanitaire et du climat de violence à Haïti, de l'absence de liaison aérienne vers ce pays et de l'absence de réponse du consulat, que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales a été méconnu et qu'il en est de même de l'article 8 de cette convention dès lors que le requérant est présent depuis l'âge de six ans en France, où il a effectué toute sa scolarité ;

- et les observations de Me Khan, représentant le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui soutient que le requérant ne justifie pas des atteintes qu'il invoque ni qu'il possèderait des attaches suffisantes en France.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant haïtien né le 1er septembre 1998 à Aquin, a fait l'objet, par un arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 17 mai 2024, d'une mesure d'assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours dans la commune de Noisy-le-Grand aux fins d'exécution d'une obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 25 février 2024. M. B demande l'annulation de l'arrêté du 17 mai 2024.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 relatif à l'aide juridique : " L'admission provisoire est accordée par la juridiction compétente ou son président () ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre M. B, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile () qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 541-3 du même code : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 753-1 à L. 753-4 et L. 754-1 à L. 754-8, lorsque l'étranger sollicitant l'enregistrement d'une demande d'asile a fait l'objet, préalablement à la présentation de sa demande, d'une décision d'éloignement prise en application du livre VI, cette dernière ne peut être mise à exécution tant que l'étranger bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français, dans les conditions prévues aux articles L. 542-1 et L. 542-2. ". Aux termes de l'article L. 542-1 de ce code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance ". Enfin, l'article L. 542-2 de ce code énumère les cas dans lesquels le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris sa décision.

5. M. B fait valoir qu'il ne peut être éloigné du territoire français, au regard des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la Cour nationale du droit d'asile ne s'est pas prononcée sur son recours. Au soutien de ses allégations il produit une correspondance du 17 avril 2024 par laquelle le greffe de cette juridiction a accusé réception de son recours enregistré le 15 avril 2024. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la Cour nationale du droit d'asile aurait statué sur ce recours, ni que la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dont le requérant a fait l'objet aurait mis fin à son droit au séjour dans les conditions prévues par l'article L. 542-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. B est fondé à soutenir que le préfet ne justifie pas que son éloignement demeure une perspective raisonnable, ni, par voie de conséquence, qu'il pouvait prendre à son égard la décision d'assignation en litige.

6. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté attaqué en date du 17 mai 2024 doit être annulé, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. M. B a été provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Thominette renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette avocate de la somme de 800 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, ladite somme sera versée à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 17 mai 2024 est annulé.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Thominette renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à cet avocat une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée par le bureau d'aide juridictionnelle, ladite somme sera versée à M. B.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Lu en audience publique le 5 juin 2024.

Le magistrat désigné,

D. Charageat

La greffière,

C. Le Ber

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision

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