lundi 3 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2407198 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Pôle Urgences (J.U) |
| Avocat requérant | LEVY-DRUON |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n°2405740, du 31 mai 2024, le vice-président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Montreuil, en application de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, le dossier de la requête présentée par M. A D.
Par cette requête, enregistrée le 9 mai 2024, M. D, alors retenu au centre de rétention administrative n°3 du Mesnil-Amelot, représenté par Me Levy-Druon, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 mai 2024, notifié le 7 mai 2024, par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, et a édicté à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.
Il soutient que :
L'arrêté attaqué :
- est entaché d'incompétence ;
- est entaché de plusieurs erreurs de fait : sa détention d'un passeport, sa durée de séjour sur le territoire français ainsi que les actes de violence qui lui sont reprochés ;
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
La décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation quant aux conséquences en résultant sur sa situation ;
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est illégale par voie d'exception d'illégalité ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juin 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Nguër pour statuer sur les requêtes relevant des procédures mentionnées aux articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Nguër, magistrate désignée,
- et les observations de M. D, assisté de M. F, interprète en langue roumaine, qui précise que son épouse est arrivée en France en 2022, qu'il est père d'un troisième enfant qui réside en Moldavie avec ses grands-parents et qu'il était en état d'ébriété lorsque ses voisins l'ont exagérément accusé d'actes de violence sur l'un de ses enfants.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant moldave, né le 3 avril 1985 à Chisinau (Moldavie), déclare être entré sur le territoire français en juillet 2020. Le 5 mai 2024, il a été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de violence à l'égard de son épouse et de leur fille mineure âgée de 12 ans. Par un arrêté du 6 mai 2024, le préfet de Seine-et-Marne a prononcé son placement en centre de rétention administrative, et par un second arrêté du même jour, dont M. D demande l'annulation, le préfet l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.
Sur les moyens communs à l'arrêté attaqué :
2. En premier lieu, par un arrêté du 26 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation à Mme E C, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
3. En second lieu, d'une part, en ce qui concerne les actes de violence reprochés à M. D, à l'égard de son épouse et de leur fille mineure dans la nuit du 6 mai 2024, deux mains-courantes ont été déposées à son encontre le 7 mai 2024. Au cours de l'audience publique du 3 juin 2024 l'intéressé a davantage minimisé les faits de violence tout en reconnaissant avoir été en état d'ébriété ce soir-là. En outre, sa comparution devant le tribunal correctionnel de Melun a été fixée le 16 septembre 2024. Dans ces conditions, en opposant à M. D les faits de violence précités le préfet de Seine-et-Marne n'a pas commis d'erreur de fait.
4. D'autre part, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, la circonstance selon laquelle le préfet de Seine-et-Marne a indiqué, dans l'arrêté attaqué, que M. D ne justifiait pas de la détention d'un passeport lors de son entrée sur le territoire français est sans incidence sur la légalité de l'acte attaqué. Enfin, le préfet n'a commis aucune erreur de fait s'agissant de la durée du séjour de l'intéressé sur le territoire français.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / () ".
6. En l'espèce, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui vise les textes dont elle fait application et présente la situation administrative et personnelle de M. D, comporte les motifs de droit et les considérations de fait qui en constituent le fondement. Par suite la décision est suffisamment motivée.
7. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
8. Il ressort des pièces du dossier que M. D, qui déclare être entré sur le territoire français en 2020, réside avec son épouse et deux de leurs enfants depuis leur arrivée en France en 2022. Cette dernière, qui est également ressortissante moldave, est dépourvue de titre de séjour. Il ressort également des pièces du dossier que M. D a commis des violences à l'encontre de son épouse et de leur fille mineure. En outre, le troisième enfant mineur du couple réside en Moldavie avec ses grands-parents. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'aux circonstances propres à sa vie familiale, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par cette mesure. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations précitées.
9. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".
10. Pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 7. du présent jugement, en édictant une mesure d'éloignement à l'encontre de M. D, le préfet de Seine-et-Marne n'a pas méconnu l'intérêt supérieur des enfants du requérant, garanti par les stipulations précitées de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :
11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".
12. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que pour refuser un délai de départ volontaire à M. D, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé, à juste titre eu égard à ce qui a été dit précédemment, sur la circonstance que le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public, et que ce dernier est susceptible de se soustraire à la mesure d'éloignement prononcée dès lors qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour depuis son entrée sur le territoire. Par suite, la décision attaquée, qui est suffisamment motivée, n'est entachée d'aucun défaut d'examen de la situation du requérant ni d'aucune erreur d'appréciation quant aux conséquences en résultant sur celle-ci.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".
14. D'une part, la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé d'octroyer un délai de départ volontaire à M. D n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité dirigé contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté.
15. D'autre part, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la décision par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a édicté une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans à l'encontre de M. D est entachée d'une erreur d'appréciation.
16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juin 2024.
La magistrate désignée,
M. Nguër
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, ou à tout préfet territorialement compétent, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026