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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2407212

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2407212

vendredi 7 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2407212
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationPôle Urgences (J.U)
Avocat requérantSIDIBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 mai 2024 et 6 juin 2024,

M. B C, représenté par Me Sidibé, placé au centre de rétention n° 3 du Mesnil-Amelot, demande au président du tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 24 mai 2024 par lequel le préfet de la

Seine-Saint-Denis l'a maintenu en rétention ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile, et de lui fournir les droits prévus par la directive 2013/33/UE, un lieu susceptible de l'accueillir et une indemnité journalière, sans délai et sous astreinte.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il a méconnu le principe du contradictoire ;

- il a méconnu son droit à un recours effectif dès lors que le recours devant la Cour nationale du droit d'asile n'est pas suspensif ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

Ont été entendus à l'audience du tribunal :

- le rapport de M. F ;

- les observations de Me Sidibé, pour le requérant,

- les observations de Me Doucet, pour le préfet de la Seine-Saint-Denis.

Vu :

- l'arrêté attaqué ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président du tribunal administratif de Montreuil a délégué M. F pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en application de l'article

R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F ;

- les observations de Me Sidibe au nom du requérant ;

- les observations de Me Doucet, pour le préfet de la Seine-Saint-Denis.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté en date du 24 mai 2024, dont l'annulation est demandée, le préfet de la Seine-Saint-Denis a maintenu M. C en rétention administrative.

2. Par arrêté n° 2024-1329 du 3 mai 2024, régulièrement publié, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à Mme I H, directrice des étrangers et des naturalisations, ainsi qu'à Mme D G, chef du bureau de l'éloignement, et, en cas d'absence ou d'empêchement à M. A E, chef du pôle instruction et mise en œuvre des mesures d'éloignement, à l'effet de signer notamment les décisions portant assignation à résidence.

3. Cet arrêté mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde et est, ainsi, suffisamment motivé.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C a fait l'objet d'une interdiction définitive du territoire par jugement du tribunal judiciaire de Pontoise du 12 avril 2021 notifié le 12 avril 2021, qui l'a en outre condamné à six mois d'emprisonnement pour des faits d'agression sexuelle imposée à un mineur de moins de 15 ans. Ce n'est que lors de son placement en rétention qu'il a déposé une demande d'asile, qui a été rejetée par l'OFPRA suivant la procédure accélérée. En tout état de cause, lors de son audition par les services de police le 12 mars 2024 dans une procédure de détention de produits stupéfiants (détention qu'il a reconnue) il n'a fait état d'aucun risque ou menace grave en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance du principe du contradictoire doit être écarté.

5. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte par les autorités compétentes doit être écarté comme inopérant. Si le requérant invoque également le droit d'être entendu comme partie intégrante du principe de bonne administration, principe général du droit de l'Union, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Au cas particulier, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé, qui allègue des " craintes " en cas de retour dans son pays sans apporter la moindre justification en ce sens, n'aurait pas été mis à même de présenter des observations sur ce point, alors que, lors de son audition, il n'a pas fait valoir une telle circonstance. S'il soutient à l'audience du tribunal qu'il risque des persécutions dans son pays d'origine du fait de son orientation sexuelle, il n'apporte aucun élément de nature à corroborer ses allégations. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ce principe général du droit de l'Union doit être écarté.

6. Les dispositions de l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatifs à l'information et à la remise de documents au demandeur d'asile sont sans incidence sur la légalité de la décision de maintien en rétention. Il ressort en tout état de cause des pièces du dossier que le requérant a été informé, d'abord le 12 mars 2024, lors de la notification de son placement en rétention, de ses droits en rétention, notamment de la possibilité de présenter une demande d'asile, des conditions de recevabilité de cette demande et de l'accès à des organisations non gouvernementales de son choix, dont les coordonnées lui sont données, ensuite, lors de la notification du rejet de sa demande d'asile par l'OFPRA le 29 mai 2024, des conditions dans lesquelles il pouvait exercer un recours devant la CNDA contre cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.

7. M. C est célibataire sans charge de famille, il ne travaille pas et a fait l'objet pour le motif exposé au point 4 d'une interdiction définitive du territoire qu'il n'a pas exécutée. Le juge de la liberté et de la détention, saisi le 11 mai 2024 , a relevé que " l'impossibilité d'exécuter la mesure d'éloignement résulte de l'obstruction de l'étranger à l'exécution d'office de la mesure d'éloignement dans les quinze derniers jours, en ce que, présenté à l'embarquement de son vol le 28 avril 2024 accompagné de trois escorteurs, l'intéressé n'a pas été admis à voyager par le commandement de bord suite à ses cris et hurlements dans l'habitacle ", qu'il a " ainsi volontairement en échec l'embarquement sur le vol programmé ", l'échec de l'éloignement devant " lui être exclusivement imputé en raison de son comportement ". Enfin, les allégations selon lesquelles il risque d'être exposé en cas de retour au Pakistan à des traitements inhumains ou dégradants sont inopérantes à l'encontre du maintien en rétention Par suite, l'arrêté de placement en rétention n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

8. La décision de maintien en rétention contestée ne fait pas obstacle à la saisine de la Cour nationale du droit d'asile par le requérant et n'a pas en elle-même pour objet ni pour effet l'éloignement de l'intéressé et son retour dans son pays d'origine. Par suite, la circonstance que la saisine de la Cour nationale du droit d'asile ne soit pas suspensive de l'exécution de la mesure d'éloignement prise à l'encontre de l'intéressé n'est pas de nature à faire regarder la décision de maintien en rétention comme portant atteinte au droit de celui-ci à un recours effectif. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ce droit doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.

DECIDE :

Article 1 : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Sidibé et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Jugement rendu en audience publique le 7 juin 2024.

Le magistrat désigné par le président du tribunal,

H. F

La greffière,

C. Goossens

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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