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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2407227

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2407227

mardi 9 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2407227
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre (J.U)
Avocat requérantBONFILS FILAINE SANDRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2401044 du 29 mai 2024, le président du tribunal administratif de Melun a transmis au tribunal administratif de Montreuil, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. A.

Par cette requête, enregistrée le 25 janvier 2024, M. D A, représenté par Me Bonfils-Filaine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 janvier 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays d'éloignement et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée d'une année ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. A soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée d'incompétence ;

- est insuffisamment motivée ;

- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

La décision fixant le pays de destination :

- a été prise sur le fondement d'une décision illégale l'obligeant à quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens exposés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Montreuil a désigné Mme Ribeiro-Mengoli, vice-présidente, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-1 à L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ribeiro-Mengoli

- les observations de Me Bonfils-Filaine, pour M. A, présent, qui reprend les moyens et conclusions développés dans les écritures et produit un acte de reconnaissance prénatale établi le 2 avril 2024.

La clôture de l'instruction a été prononcée après que les parties présentes ont formulé leurs observations orales en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 23 janvier 2024, le préfet de Seine-et-Marne a obligé M. A, ressortissant malien, à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'une année. M. A demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

2. Par un arrêté n° 2023/BC/129 du 26 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné à Mme C B, adjointe au chef du bureau de l'éloignement, délégation de signature aux fins de signer notamment les mesures d'éloignement. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision en litige doit être écarté.

3. La décision en litige mentionne, au visa du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le requérant, qui a déclaré être entré en France en mai 2014, n'a pas été en mesure de présenter de document transfrontière au moment de son interpellation, qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il n'est titulaire d'aucun titre de séjour en cours de validité. Elle comporte ainsi l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par ailleurs, le préfet n'était pas tenu de mentionner l'ensemble de la situation de l'intéressé. Cette décision satisfait donc à l'exigence de motivation prévue par l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la mesure d'éloignement qui n'a pas pour objet de fixer le pays de renvoi. En tout état de cause, en se bornant à alléguer qu'il serait menacé par sa belle-famille demeurant au Mali, M. A ne justifie pas être exposé à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'une mesure d'éloignement en juin 2021 à laquelle il n'a pas déféré, qu'il ne justifie pas résider en France depuis 2014 ainsi qu'il le soutient, que sa compagne, dont il a reconnu l'enfant à naitre et avec laquelle il indique avoir un enfant âgé d'un an, est également en situation irrégulière sur le territoire français et qu'il s'est vu accorder la garde de son autre enfant, qui vit avec lui, né au Mali en 2014 d'une autre relation. Dans ces conditions et alors qu'il ne justifie d'aucune insertion quelconque en France, il n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi en raison de celle de la mesure d'éloignement ne peut être qu'écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 23 janvier 2024. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'annulation et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Bonfils-Filaine et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera transmise au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 juillet 2024.

La magistrate désignée,

N. Ribeiro-MengoliLa greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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