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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2407745

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2407745

mardi 7 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2407745
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantKORNMAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juin 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 12 décembre 2024, M. E A B, représenté par Me Kornman, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions du 5 juin 2024 par lesquelles le préfet de la Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans lui octroyer de délai de départ volontaire, a fixé la Tunisie comme pays à destination duquel il sera renvoyé, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-et-Marne ou au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire sont entachées d'incompétence ;

- elles méconnaissent son droit d'être entendu et le principe du contradictoire ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision portant refus de délai de départ volontaire et la décision portant interdiction de retour sur le territoire français sont entachées d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation tirée de la méconnaissance des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale dès lors qu'elle se fonde sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 novembre 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gauchard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure, alors en vigueur, prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gauchard ;

- les observations de Me Kornman représentant M. A B.

Le préfet de la Seine-et-Marne n'était pas présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée après que la partie présente a formulé ses observations orales en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien, né le 7 avril 2003 à Jerba (Tunisie), demande l'annulation des décisions du 5 juin 2024 par lesquelles le préfet de la Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans lui octroyer de délai de départ volontaire, a fixé la Tunisie comme pays à destination duquel il sera renvoyé, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

2. Par un arrêté n°24/BC/021 du 26 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet de la Seine-et-Marne a donné délégation à Mme D C, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, signataire des décisions attaquées, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions du bureau auquel elle appartient. Par suite, le moyen tiré du vice d'incompétence doit être écarté.

3. Si M. A B soutient que son droit d'être entendu et le principe du contradictoire ont été méconnus, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal établi par les services de police le 5 juin 2024, qu'il a été auditionné sur sa situation administrative et personnelle. Par suite, le moyen doit être écarté.

4. L'arrêté du 5 juin 2024 vise notamment le 1°) de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, les articles L. 612-1 à L. 612-3 du même code, fondements de la décision portant refus de délai de départ volontaire, l'article L. 612-12 de ce code, fondement de la décision fixant le pays à destination duquel le requérant sera renvoyé, les articles L. 612-6 et L. 612-10 de ce code, fondements de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, les décisions attaquées sont suffisamment motivées en droit. L'arrêté attaqué, qui ne doit pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de M. A B, précise, en fait, que l'intéressé, qui indique être entré sur le territoire français le 19 octobre 2022, sans visa, est dépourvu de tout document d'identité ou de voyage. Il précise que l'intéressé, qui ne justifie d'aucune circonstance particulière, déclare être célibataire, sans enfant à charge, est sans domicile personnel et certain, ne peut justifier de l'adresse déclarée sur le territoire français, est sans ressources légales et régulières et est dépourvu de liens personnels et familiaux intenses et stables en France. Enfin, l'arrêté relève que l'intéressé, qui ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans le pays dont il est ressortissant, de telle sorte qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et à sa vie familiale. Les décisions litigieuses comportent ainsi l'énoncé des circonstances de fait en considération desquelles elles ont été prises. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-et-Marne se serait abstenu de se livrer à un examen particulier de la situation personnelle du requérant. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si M. A B produit une déclaration préalable à l'embauche du 6 février 2023, dix bulletins de salaires perçus entre février 2023 et septembre 2024, une attestation d'hébergement et trois attestations de témoins, ces pièces ne permettent pas de justifier, au regard de sa date alléguée d'entrée en France, récente et non établie, de l'intensité et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux sur le territoire français. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ".

9. Si M. A B soutient que le risque de fuite n'est pas établi, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait entré régulièrement sur le territoire français, ni qu'il aurait effectué des démarches afin de régulariser sa situation administrative, alors qu'il soutient sans l'établir être entré sur le territoire français le 19 octobre 2022. Il se trouve ainsi dans le cas, prévu au 1°) de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lequel le risque, mentionné au 3°) de l'article L. 612-2 du même code peut être regardé comme établi. Ainsi, le préfet de la Seine-et-Marne pouvait légalement, sans méconnaitre les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, considérer que le risque de fuite est caractérisé. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation à ses dispositions doit donc être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français.

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () "

12. Si M. A B soutient qu'il justifie de circonstances humanitaires au regard de sa situation personnelle et familiale, il n'apporte aucune précision ni aucune pièce au soutien de ses dires. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne a commis une erreur manifeste d'appréciation tirée de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A B et au préfet de la Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

L. Gauchard La greffière,

Y. Boudekak-Bouanani

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2407745

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