mardi 25 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2408084 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Pôle Urgences (J.U) |
| Avocat requérant | ZIANE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 11 juin, 21 et 25 juin 2024, M. D B, actuellement retenu au centre de rétention administrative n° 3 du Mesnil-Amelot, représenté par Me Ziane, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 juin 2024 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a maintenu son placement en rétention administrative.
2°) d'enjoindre à l'autorité administrative de lui délivrer, sans délai une attestation de demande d'asile au titre de l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'une procédure irrégulière tirée de la contrariété des dispositions des articles R. 754-3 et suivantes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à celles du droit de l'Union européenne tel qu'il a été interprété par l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne 25 juin 2020, Aff. C-36-20 PPU ;
- il est illégal du fait de la contrariété des dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à celles de l'article 8 de la directive 2013/32/UE en raison de l'absence de définition en droit interne du risque de fuite.
Des pièces complémentaires ont été produites par le préfet de Seine-et-Marne les 21 et 25 juin 2024 et communiquées.
Vu :
- l'arrêté attaqué ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal administratif de Montreuil a désigné Mme Caro, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 754-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des articles R. 777-2-3 et R. 777-2-4 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 25 juin 2024 :
- le rapport de Mme Caro,
- les observations de Me Ziane, représentant M. B, présent à l'audience, reprenant les conclusions et moyens de la requête, et en faisant également valoir que l'arrêté est entaché d'un vice de procédure, le préfet ayant pris sa décision avant le dépôt de la demande d'asile du requérant et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique du 25 juin 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant congolais, né le 18 juin 1998 à Brazzaville (Congo), a fait l'objet le 16 mai 2024 d'une obligation de quitter le territoire français, sans délai, assortie d'une interdiction de retour de cinq ans, notifiée le 17 mai 2024. Le requérant a fait l'objet d'un placement en rétention le 5 juin 2024. Alors qu'il était en rétention administrative, le requérant a déposé une demande d'asile. Estimant que cette demande n'avait été introduite qu'en vue de faire échec à son éloignement, le préfet de Seine-et-Marne a décidé, par un arrêté du 10 juin 2024, de maintenir en rétention administrative le requérant, sur le fondement de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, le requérant demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, par un arrêté n° 24/BC/021 du 26 avril 2024 régulièrement publié au bulletin des informations administratives de la préfecture, le préfet de la Seine-et-Marne a donné délégation à Mme A C, directrice de l'immigration et de l'intégration, pour signer la mesure contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger placé ou maintenu en rétention administrative qui souhaite demander l'asile remet sa demande sous pli fermé à l'autorité dépositaire. / Au sens du présent chapitre, les autorités dépositaires des demandes d'asile dans les lieux de rétention sont, dans un centre de rétention, le chef du centre, son adjoint ou le cas échéant le responsable de la gestion des dossiers administratifs et, dans un local de rétention, le responsable du local et son adjoint. ". Aux termes de l'article R. 754-6 du même code : " Lorsque l'étranger remet sa demande d'asile à l'autorité dépositaire, celle-ci enregistre la date et l'heure de la remise sur le registre mentionné à l'article L. 744-2. ". Enfin, l'article L. 754-7 de ce code précise que : " Lorsque l'étranger remet sa demande d'asile à l'autorité dépositaire, conformément à l'article R. 754-6, celle-ci en informe sans délai le préfet qui a ordonné le placement en rétention afin qu'il se prononce sur le maintien en rétention conformément au premier alinéa de l'article L. 754-3. ".
4. Le requérant soutient à l'audience que le préfet a édicté l'arrêté en litige après qu'il a remis sa demande d'asile le10 juin 2024, à 14h51 au greffe du centre de rétention. Toutefois, il ressort de pièces du dossier que cet arrêté lui a été notifié le 10 juin 2024 à 17h32. En tout état de cause, à supposer que l'arrêté litigieux aurait été édicté avant qu'il remette sa demande d'asile aux autorités du centre de rétention administrative, cette circonstance serait, compte tenu de ce que la demande d'asile est remise " sous pli fermé " et que l'autorité préfectorale n'est pas compétente pour en apprécier le bien-fondé, sans incidence sur le sens de la décision de maintien de l'intéressé en rétention le temps nécessaire à l'examen de sa demande par l'OFPRA et ne l'a privé d'aucune garantie. Informé dès le 10 juin 2024 de l'intention du requérant de demander l'asile, le préfet, qui disposait des éléments de la situation personnelle du requérant lui permettant d'exercer son contrôle, pouvait en tout état de cause examiner si la demande d'asile que l'intéressé envisageait de déposer était présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.
5. En troisième lieu, en se bornant à soutenir que les dispositions règlementaires citées au point 3 prévoient de retarder le prononcé de la décision contestée après la remise du formulaire de demande d'asile c'est-à-dire l'introduction de la demande au sens de l'article 6§3 de la directive 2013/32/UE susvisée, le requérant n'explicite pas en quoi celles-ci seraient manifestement contraires au droit de l'Union européenne, tel qu'il a été interprété par l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne du 25 juin 2020, Aff. C-36-20 PPU. Par suite, le moyen soulevé ne peut qu'être écarté.
6. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. / A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7 ".
7. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 visée ci-dessus : " 1. Les États membres ne peuvent placer une personne en rétention au seul motif qu'elle est un demandeur conformément à la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale. 2. Lorsque cela s'avère nécessaire et sur la base d'une appréciation au cas par cas, les États membres peuvent placer un demandeur en rétention, si d'autres mesures moins coercitives ne peuvent être efficacement appliquées. 3. Un demandeur ne peut être placé en rétention que : () ; d) lorsque le demandeur est placé en rétention dans le cadre d'une procédure de retour au titre de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, pour préparer le retour et/ou procéder à l'éloignement, et lorsque l'État membre concerné peut justifier sur la base de critères objectifs, tels que le fait que le demandeur a déjà eu la possibilité d'accéder à la procédure d'asile, qu'il existe des motifs raisonnables de penser que le demandeur a présenté la demande de protection internationale à seule fin de retarder ou d'empêcher l'exécution de la décision de retour ; (). / 4. Les motifs du placement en rétention sont définis par le droit national ".
8. S'il incombe aux Etats membres, en vertu du paragraphe 4 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, de définir en droit interne les motifs susceptibles de justifier le placement ou le maintien en rétention d'un demandeur d'asile, parmi ceux énumérés de manière exhaustive par les dispositions du 3 de cet article, aucune disposition de la directive n'impose, s'agissant du motif prévu par le d) du 3 de l'article 8, que les critères objectifs, sur la base desquels est établie l'existence de motifs raisonnables de penser que la demande de protection internationale d'un étranger déjà placé en rétention a été présentée à seule fin de retarder ou d'empêcher l'exécution de la décision de retour, soient définis par la loi.
9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, serait incompatible avec les stipulations du d) du paragraphe 3 de l'article 8 de la directive 2013/33/UE, en tant qu'il ne définit pas le risque non négligeable de fuite ne peut qu'être écarté, dès lors que le maintien en rétention administrative n'est pas conditionné par l'absence de risque de fuite mais est prononcé lorsque l'étranger placé en rétention administrative présente une demande d'asile dans le seul but de faire échec à une mesure d'éloignement. Par suite, ce moyen doit être écarté.
10. En dernier lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui est entré irrégulièrement en France en 2007 selon ses déclarations, n'a manifesté son intention de demander l'asile ni lors de son entrée sur le territoire, ni suite à son incarcération au centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin depuis le 19 juin 2021 ou à ses différentes condamnations par un jugement du 14 mars 2023 du tribunal correctionnel de Bobigny à quatre ans d'emprisonnement dont six mois avec sursis probatoire pendant deux ans pour des faits de " traite d'être humain commise à l'égard d'un mineur, récidive et proxénétisme aggravé : pluralité de victimes, récidive " et par un par jugement du 30 août 2023 du tribunal correctionnel de Nanterre à deux mois d'emprisonnement pour des faits de " violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité ". D'autre part, si le requérant soutient, qu'il souhaite introduire une demande d'asile compte tenu de ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine, il ne justifie d'aucune circonstance ayant fait obstacle à ce qu'il présente sa demande d'asile avant d'être placé en rétention, et il n'apporte aucun élément circonstancié à l'appui de ses affirmations succinctes de nature à établir la réalité des risques de tortures ou traitements inhumains et dégradants auxquels il serait personnellement exposé en cas de retour dans son pays d'origine. A cet égard, sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 17 juin 2024. Enfin, s'il indique désormais à l'audience, de manière contradictoire par rapport à ses déclarations précédentes et sans le justifier par les pièces produites, vivre en concubinage et avoir un enfant, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dans ces conditions, la demande d'asile du requérant doit être regardée comme ayant été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement et revêt un caractère dilatoire. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 juin 2024, par lequel le préfet de la Seine-et-Marne l'a maintenu en rétention administrative. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sont rejetées.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet de Seine-et-Marne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
La magistrate désignée,
N. Caro La greffière,
C. Le Ber
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tout préfet territorialement compétent, et à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026