mardi 9 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2408180 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | Samy DJEMAOUN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 juin 2024 et le 26 juin 2024, M. A D, représenté par Me Djemaoun, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 22 mars 2024 par laquelle le Conseil national des activités privées de sécurité lui a retiré sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée ;
2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) de lui restituer sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée et à tout le moins de réexaminer son dossier dans un délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, et dans l'attente d'une nouvelle décision de lui délivrer une autorisation provisoire d'exercer dans un délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.
3°) de mettre à la charge du CNAPS une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il s'agit d'un retrait de carte professionnelle, que la présomption d'urgence est établie, que son contrat de travail est suspendu, qu'il est empêché d'exercer son emploi, que son père est actuellement hospitalisé dans le coma et en arrêt maladie, que sa mère est également en arrêt maladie, qu'il ne perçoit plus de revenus et qu'il encourt un risque de licenciement ;
-il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, dès lors qu'elle est entachée d'une insuffisance de motivation, d'une méconnaissance de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, d'une erreur de droit, d'une erreur de fait, d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure et d'une disproportion.
Par un mémoire en défense, enregistrés le 20 juin 2024, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors qu'il ne démontre pas que son contrat serait rompu mais qu'il risque seulement de ne pas être prolongé, qu'il pourra percevoir des allocations chômage ; qu'il est en outre embauché sur un emploi ne nécessitant pas l'obtention d'une carte professionnelle et que la décision contestée ne l'empêche donc pas de travailler. Aucun des moyens invoqués n'est propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 4 avril 2024 sous le numéro 2404491 par laquelle M. D demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Cayla, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 26 juin 2024, tenue en présence de Mme Le Ber, greffière d'audience :
- le rapport de Mme Cayla, juge des référés ;
- les observations de Me Djemaoun, représentant M. D présent, qui reprend ses conclusions et ses moyens, et fait en outre valoir qu'il est actuellement le seul soutient familial étant l'aîné de sa fratrie, son père étant hospitalisé et dans le coma et sa mère également en arrêt maladie, qu'il ne peut pas bénéficier d'allocation chômage car il est étudiant,; qu'il est étudiant en 3ème année de licence STAPS, qu'il n'a pas d'autre emploi ; que la note blanche produite en défense n'est aucunement circonstanciée, n'est motivée par aucun élément tangible ni postérieur à 2020 ; qu'il comprend que la note blanche est en lien avec une randonnée effectuée dans les Alpes en 2020 avec des amis de son lycée au cours de laquelle l'un d'eux a été secouru par des gendarmes qui les ont questionnés ; qu'après deux demandes de carte professionnelle refusées, sa carte lui a été délivrée en décembre 2023.
-les observations de Mme B C, mère du requérant, qui fait valoir que depuis l'accident de son concubin père de ses enfants, la famille est dans une situation très difficile étant elle-même en arrêt maladie ; que son fils est le seul soutien de la famille.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D a sollicité auprès du directeur du CNAPS la délivrance d'une carte professionnelle le 4 avril 2023. Par une décision du 11 décembre 2023, le directeur du CNAPS a fait droit à sa demande. M. D a par la suite été embauché par la société Fireservice sous couvert d'un contrat de travail à durée déterminée à partir du 14 mars 2024 et jusqu'au 15 juillet 2024, en tant qu'agent d'exploitation et de sûreté. Par une décision du 22 mars 2024, le directeur du CNAPS a retiré à M. D sa carte professionnelle. M. D demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 22 mars 2024.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ".
3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le demandeur, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence s'apprécie objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de chaque espèce.
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision litigieuse, M. D fait valoir qu'il est dans l'impossibilité d'exercer son activité professionnelle, que son contrat a été suspendu et qu'il ne pourra pas être prolongé, qu'il est le seul soutien de sa famille, alors que son père, en arrêt de travail depuis plusieurs mois, est hospitalisé et dans le coma et que sa mère est également en arrêt de travail depuis plusieurs mois. Il résulte de l'instruction que M. D, né le 6 juillet 2020, étudiant en L3 STAPS s'est vu délivrer le 11 décembre 2023 la carte professionnelle d'agent de sécurité et a été embauché en contrat à durée déterminé du 14 mars 2024 au 15 juillet 2024 en qualité d'agent d'exploitation et de sureté. S'il réside au domicile de sa mère, il résulte des pièces produites pour la première fois dans le cadre de la présente instance, que le père et la mère de M. D sont en arrêt de travail depuis plusieurs mois, suite à la grave pathologie du père de M. D et que ce dernier justifie d'une attestation de son employeur indiquant qu'il envisage de prolonger son contrat de travail si M. D se trouve à nouveau muni d'une carte professionnelle d'agent de sécurité. Contrairement à ce que fait valoir le CNAPS en défense, le contrat de travail de M. D exige la détention d'une carte professionnelle d'agent de sécurité pour exercer les fonctions qu'il occupe et M. D dont le contrat est suspendu justifie, en raison de son statut d'étudiant, de l'impossibilité de percevoir des allocations chômage en cas de perte de son emploi. Dans ces conditions, quand bien même M. D ne justifierait pas des revenus de ses parents chez lesquels il est hébergé, compte tenu de la situation de ces derniers en arrêt de travail depuis plusieurs mois et du soutien que constitue M. A D auprès de sa famille composée de ses parents et de sa fratrie, ainsi que de la perte de chance pour l'intéressé de voir son contrat de travail à durée déterminée prolongé jusqu'à la fin de l'été, la condition d'urgence, dans les circonstances particulières de l'espèce, doit être regardée comme remplie au regard des dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, sans que le CNAPS ne justifie, en l'espèce, d'un intérêt public rendant nécessaire l'exécution immédiate du retrait contesté, en l'absence de tout élément circonstancié ou de changement dans le comportement de l'intéressé depuis la délivrance de sa carte professionnelle le 11 décembre 2023 caractérisant l'incompatibilité du comportement de M. D avec l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité.
En ce qui concerne la condition du moyen propre à créer un doute sérieux :
5. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'État territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'État et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; / () / La carte professionnelle peut être retirée lorsque son titulaire cesse de remplir l'une des conditions prévues aux 1°, 2°, 3°, 4° et 5° du présent article. / () / En cas d'urgence, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité peut retirer la carte professionnelle. En outre, le représentant de l'État peut retirer la carte professionnelle en cas de nécessité tenant à l'ordre public ".
6. Les moyens invoqués par M. D à l'appui de sa demande de suspension et tirés de ce que la décision contestée, fondée sur le fait que son comportement serait de nature à commettre ou faciliter des actes de violence lors de l'exercice de ses fonctions représentant un risque sécuritaire, incompatible avec la poursuite de l'exercice de ses fonctions d'agent privé de sécurité, est entachée d'erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dans la mise en œuvre des dispositions du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure sont, en l'état de l'instruction, de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les deux conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont satisfaites. Par suite, il y a lieu de suspendre l'exécution de la décision du directeur du CNAPS du 22 mars 2024 portant retrait de la carte professionnelle de M. D, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Au regard du motif de la suspension prononcée, il y a lieu d'enjoindre au CNAPS de restituer, à titre provisoire, à M. D sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité, dans le délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CNAPS, une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. D et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du directeur du CNAPS du 22 mars 2024 portant retrait de la carte professionnelle de M. D est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au CNAPS de restituer, à titre provisoire, à M. D sa carte professionnelle d'agent privé de sécurité, dans un délai de 5 jours à compter de la notification de cette ordonnance.
Article 3 : Le CNAPS versera à M. D la somme de 1 000 euros (mille euros) au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A D et au directeur du Conseil national des activités privées de sécurité.
Fait à Montreuil, le 9 juillet 2024.
La juge des référés,
F. Cayla
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026