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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2408219

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2408219

jeudi 5 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2408219
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantCABINET CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a rejeté la requête de M. A, ressortissant algérien, qui contestait un arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 13 juin 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, le défaut de motivation et la violation des articles 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et 6-5 de l'accord franco-algérien. Il a jugé que les décisions étaient suffisamment motivées et fondées sur un examen particulier de la situation de l'intéressé. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une même requête enregistrée le 13 juin 2024 sous les numéros 2408219 et 2409975, et un mémoire enregistré le 29 août 2024, M. B A, représenté par Me Namigohar, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays vers lequel il pourra être renvoyé d'office et lui interdisant de retourner sur le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer immédiatement sa situation, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen et de procéder sans délai à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son avocat en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour, entachée d'incompétence de son auteur, insuffisamment motivée ; elle méconnait l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, est entachée d'incompétence de son auteur et d'insuffisance de motivation, viole l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'administration n'établit pas le risque de fuite, et procède d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation particulière ;

- la décision fixant le pays de renvoi est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, est entachée d'incompétence de son auteur, insuffisamment motivée et viole l'article 3 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision interdisant son retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français entachée d'incompétence, est entachée d'un vice de procédure par défaut d'information sur les modalités de son exécution, viole l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 juillet 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis fait valoir qu'il ne dispose d'aucun dossier au nom de M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord Franco-Algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Baffray, vice-président, dans les fonctions de magistrat désigné chargé du contentieux des mesures d'éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baffray été lu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle la clôture de l'instruction a été prononcée.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Il y a lieu, en application du premier alinéa de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 et eu égard à l'urgence à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, d'admettre ce dernier au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

2. M. A, ressortissant algérien, demande l'annulation de l'arrêté du 13 juin 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui interdisant de retourner sur le territoire français. Si le préfet de la Seine-Saint-Denis fait valoir qu'il n'a aucun dossier au nom de M. A, l'arrêté attaqué est joint à l'avis de placement de M. A en rétention administrative - auquel il a été ensuite mis fin - produit par ce même préfet le 12 juillet 2021.

3. Toutefois, en premier lieu, cet arrêté a été signé par M. C D, attaché d'administration de l'Etat, adjoint au chef du bureau de l'éloignement, disposant d'une délégation pour ce faire accordée par un arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis n° 2023-0538 du 10 mars 2023, régulièrement publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis du même jour. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions qu'il prononce doit être écarté.

4. En deuxième lieu, chacune des décisions contestées est assortie des éléments de fait et de droit précis et circonstanciés qui les fondent et attestent d'un examen particulier de la situation du requérant. Ainsi, les moyens tirés de leur insuffisante motivation et d'un défaut d'examen personnel manquent en fait.

5. En troisième lieu, contrairement à ce que soutient M. A, le dispositif de l'arrêté en cause précise que l'interdiction de retour sur le territoire français sera exécutoire et que sa durée courra à compter de la date à laquelle il aura satisfait à son obligation de quitter le territoire français, conformément aux dispositions de l'article R. 511-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'est en tout état de cause pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé d'une garantie de procédure pour le défaut d'indication de ces informations.

6. En quatrième lieu, les moyens tirés d'erreurs de droit et d'appréciation sommairement soutenus par M. A, qui ne dément pas que, comme l'indique l'arrêté en litige, son comportement représente une menace pour l'ordre public, et qui ne fournit aucun élément sur la durée, les conditions de son séjour et ses attaches en France, ne sont assortis d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ils ne peuvent qu'être écartés pour ce motif.

7. Enfin, le moyen tiré de ce que l'obligation de quitter le territoire français serait illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour est lui aussi dépourvu de précision pour en apprécier le bien-fondé et, à défaut de démontrer l'illégalité de cette obligation, les moyens d'illégalité des décisions qui l'assortissent par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ne peuvent qu'être écartés.

8. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation de M. A sont infondées et doivent être rejetées de même, par conséquent, que celles aux fins d'injonction et celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative

DÉCIDE :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Namigohar et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

J.-F. BaffrayLa greffière de l'audience,

A. Macaronus

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis et à tout autre préfet compétent en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Nos 2408912

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