mardi 7 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2408357 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre (J.U) |
| Avocat requérant | FAUVEAU IVANOVIC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 juin 2024, Mme A B, représentée par Me Fauveau Ivanovic, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 13 mai 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de mettre fin à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays à destination duquel elle sera éloignée ont été prises en méconnaissance de son droit d'être entendu ;
- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elles emportent sur sa vie privée et familiale et méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays à destination duquel elle sera éloignée méconnaît le principe de non-refoulement ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale dès lors qu'elle se fonde sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 décembre 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny du 31 décembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure alors en vigueur prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E ;
- les observations de Me Fauveau Ivanovic, pour Mme B, présente, assistée par M. C, interprète en soninké.
Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était pas présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée après que la partie présente a formulé ses observations orales en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante mauritanienne, née le 4 août 1982 à Ould M'Bonny (Mauritanie), demande l'annulation des décisions du 13 mai 2024 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 12 mois.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Bobigny du 31 décembre 2024. Dans ces circonstances, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. L'arrêté du 13 mai 2024 vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquelles les décisions litigieuses ont été prises ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, ces décisions sont suffisamment motivées en droit. L'arrêté litigieux, qui ne doit pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de Mme B, précise, en fait, que la demande d'asile présentée par l'intéressée a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 16 octobre 2023, et que la Cour nationale du droit d'asile a rejeté son recours le 14 mars 2024. Cette décision précise encore que Mme B, qui n'a pas déposé de demande de titre de séjour dans le délai qui lui était imparti, ne peut solliciter son admission au séjour et que l'intéressée n'établit pas être exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ou tout autre pays où elle est effectivement admissible. Ainsi, les décisions litigieuses sont suffisamment motivées en droit. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. Mme B soutient qu'elle n'a pas eu la possibilité de formuler des observations auprès de l'autorité préfectorale et que son droit d'être entendue a ainsi été méconnu. Toutefois, alors qu'il lui était loisible de faire valoir auprès des services préfectoraux tout élément pertinent sur sa situation personnelle, la requérante n'établit ni même n'allègue avoir sollicité en vain un entretien avec ces services avant que ne soient édictées la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays à destination duquel elle sera renvoyée. Par suite, elle n'est pas fondée à soutenir que ces décisions auraient été prises en méconnaissance de son droit d'être entendue.
6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Saint-Denis se serait abstenu de se livrer à un examen particulier de la situation personnelle de la requérante. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.
7. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de Mme B a été rejetée par l'OFPRA par une décision du 16 octobre 2023, notifiée le 25 octobre 2023, et que son recours a été rejeté par la CNDA par une décision du 14 mars 2024, notifiée le 27 mars 2024. Dans ces conditions, Mme B ne peut se prévaloir du principe de non-refoulement, et le moyen tiré de sa méconnaissance ne peut qu'être rejeté.
8. Si, pour demander l'annulation de la décision fixant son pays de renvoi, Mme B soutient qu'en cas de retour en Mauritanie, elle craint d'être victime de violences de la part des membres de sa famille, notamment en raison de la naissance de son fils hors mariage, elle ne verse au dossier aucune pièce de nature à établir la réalité de ses dires, et n'établit donc pas la réalité du risque pesant sur elle. Il en résulte que Mme B n'est pas fondée à soutenir qu'en fixant la Mauritanie, pays dont elle a la nationalité, comme pays de renvoi, le préfet de la Seine-Saint-Denis aurait méconnu les stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. Mme B soutient que, compte tenu des risques qu'elle court dans son pays d'origine, les décisions attaquées méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elles emportent sur sa vie privée et familiale. Compte tenu de ce qui a été dit au point 8, ces allégations de la requérante ne sont, en tout état de cause, pas de nature à faire considérer que ces décisions porteraient une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de la requérante ou seraient entachées d'erreur manifeste d'appréciation.
10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () ". Aux termes de l'article L. 612-8 du même code : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. () ".
11. En l'espèce, le préfet de la Seine-Saint-Denis a accordé à Mme B un délai de départ volontaire de trente jours. Il en résulte que, en se fondant sur l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour édicter une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de Mme B, le préfet de la Seine-Saint-Denis a entaché ladite décision d'une erreur de droit. Il suit de là que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens soulevés à son encontre, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B est seulement fondée à demander l'annulation de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français édictée à son encontre.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, n'implique aucune mesure d'exécution sollicitée par la requérante. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par la requérante doivent être rejetées.
14. En revanche, le présent jugement, qui annule la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, implique nécessairement l'effacement de la requérante du système d'information Schengen. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de Mme B dans le système d'information Schengen, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais d'instance :
15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme demandée par la requérante au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'arrêté du 13 mai 2024 est annulé en tant seulement qu'il porte interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de douze mois.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de Mme B dans le système d'information Schengen, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 janvier 2025.
Le magistrat désigné,
L. E La greffière,
Y. Boudekak-Bouanani
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2408357
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026