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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2408741

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2408741

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2408741
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre (J.U)
Avocat requérantCABINET ARLAUD AUCHER FAGBEMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juin 2024, et un mémoire, enregistré le 17 janvier 2025, M. B D, représenté par Me Aucher, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2024 par lequel le préfet du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de sa situation personnelle dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et de le munir dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travail dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

En ce qui concerne l'arrêté pris en toutes ses dispositions :

- il est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été pris consécutivement à un examen complet et sérieux de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

- elle méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 janvier 2025, et des pièces, enregistrées le 18 janvier 2025, le préfet du Val-de-Marne, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête, soutenant que les moyens qu'elle comporte ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. A pour statuer sur les requêtes relevant de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. A.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, après appel de leur affaire à l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant congolais (République démocratique du Congo) né le 20 novembre 1987 et soutenant être entré en France en janvier 2019 demande l'annulation de l'arrêté du 20 juin 2024 par lequel le préfet du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

En ce qui concerne l'arrêté pris en toutes ses dispositions :

2. En premier lieu, aux termes de termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée ".

3. En l'arrêté comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En second lieu, il ne ressort ni de la motivation de cet arrêté, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. D avant d'édicter la décision attaquée. Par ailleurs, le préfet n'était pas tenu, dans son arrêté, de mentionner l'ensemble des circonstances propres à la situation de l'intéressée, dont ce dernier se prévaut à l'occasion de la présente instance. Aussi, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation de l'intéressé doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si M. D soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaitrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dans la mesure où sa femme et ses enfants résideraient en France et où il serait intégré professionnellement, il ne verse aux débats aucun élément permettant d'établir la réalité de ses attaches sur le territoire français et des liens personnels, familiaux ou professionnels qu'il entretiendrait en France. Dès lors, en prononçant la mesure d'éloignement contestée et en fixant le pays à destination duquel M. D pourra être éloigné, le préfet du Val-de-Marne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En deuxième lieu, aux termes l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Il appartient à l'autorité administrative chargée de prendre la décision fixant le pays de renvoi d'un étranger obligé de quitter le territoire, de s'assurer, sous le contrôle du juge, que les mesures qu'elle prend n'exposent pas l'étranger à des traitements contraires aux dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Si M. D soutient qu'il encoure des risques à retourner dans son pays d'origine, la République Démocratique du Congo, il ne verse à l'instance aucun élément probant permettant d'établir la réalité de ses allégations. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir qu'en fixant le pays à destination duquel il serait éloigné, le préfet du Val-de-Marne aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

10. Si M. D soutient que le préfet du Val-de-Marne a méconnu les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que le préfet s'est fondé sur la circonstance selon laquelle il existe un risque que M. D se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dans la mesure où il n'établit pas être entré régulièrement sur le territoire ou y avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour, et d'autre part, sur le motif surabondant, que la présence en France du requérant serait constitutive d'une menace à l'ordre public dans la mesure où il a été interpellé pour des faits de d'exploitation de voiture de transport avec chauffeur sans inscription au registre. Dès lors, la circonstance que le préfet aurait retenu à tort, par un motif surabondant, que le comportement du requérant constituait une menace pour l'ordre public est, en l'espèce, sans incidence sur la légalité de la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

12. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

13. Pour édicter une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans à l'encontre du requérant, le préfet du Val-de-Marne s'est fondé sur la circonstance que M. D ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire particulière et que se présence en France était constitutive d'une menace à l'ordre public dans la mesure où il a été interpellé et place en garde à vue le 19 juin 2024 pour des faits d'exploitation de voiture de transport avec chauffeur sans inscription au registre. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les faits reprochés à M. D sont isolés et n'ont donné lieu à aucune poursuite pénale ultérieure. Dans ces conditions, le préfet du Val-de-Marne ne peut sérieusement soutenir que la présence en France du requérant serait constitutive d'une menace à l'ordre public et a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. D est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 20 juin 2024 par laquelle le préfet du Val-de-Marne a prononcé à son encontre une interdiction de retour le territoire français pour une durée de trois ans.

15. Le présent jugement n'implique pas que le préfet du Val-de-Marne procède au réexamen de la situation de M. D, ni davantage qu'il lui délivre, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour. Dès lors, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées, à cet effet, par le requérant ne peuvent qu'être rejetées.

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le requérant tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E

Article 1er : La décision du 20 juin 2024 par laquelle le préfet du Val-de-Marne a prononcé à l'encontre de M. D une interdiction de retour le territoire français pour une durée de trois ans est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et au préfet du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

Le magistrat désigné,

A. A La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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